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18 septembre 2012

Antigone d'Anouilh / Marc Paquien / Comédie-Française

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«On ne sait jamais
pourquoi on meurt.»

C'est une mise en scène épurée d'Antigone d'Anouilh que nous propose Marc Paquien et la troupe de la Comédie-Française au Théâtre du Vieux-Colombier

Rappelons en quelques mots l'intrigue : Polynice et Eteocle se sont entretués pour régner sur Thèbes. Leur oncle, Créon, nouveau souverain de la ville, fait de l'un un héros et interdit l'ensevelissement de l'autre, déchéance suprême. Antigone brave cet interdit et parvient à jeter quelques poignées de terre sur le corps de son frère. Elle est jeune, fille et soeur de roi, fiancée au fils de Créon: autant de raisons qui poussent le nouveau roi à vouloir passer cet acte sous silence. Mais Antigone refuse tout compromis. Elle revendique cet acte haut et fort mettant ainsi Créon fasse à son devoir: faire appliquer la loi. 

La scénographie est sobre : le plateau est presque nu avec seulement quatre chaises et un mur, au fond, doté de trois portes, respectant parfaitement les consignes d'Anouilh ("Un décor neutre.Trois portes semblables.")

La réussite de la pièce repose surtout sur la distribution: Françoise Gillard est faite pour le rôle d'Antigone. On a souvent apprécié la comédienne dans ces rôles de filles en rebellion (elle fut une magnifique Mégère apprivoisée dans la mise en scène d'Oskaras Korsunovas), elle nous convainc une fois de plus ici. Des cheveux courts, une chemise et un pantalon d'homme un peu trop grands la font paraitre frêle et chétive mais il y a en elle une telle puissance lorsqu'elle se met à hurler sa haine, une telle violence ! Face à elle, Créon est incarné par Bruno Raffaelli. Sa stature, sa voix grave symbolisent parfaitement la toute puissance du monarque.  Lorsqu'il s'approche d'elle, assise sur une chaise, sa masse vient voiler le projecteur comme une éclipse. Et lorsqu'il la saisit par les poignets, on a l'impression qu'il pourrait la briser en un seul mouvement. Effets saisissants.  Mais Antigone est forte : même si son destin est scellé, ses convictions, elles, son plus puissantes.

Deux autres personnages sont particulièrement intéressants et mis en valeur dans cette distribution. Le garde interprêté par Stéphane Varupenne symbolise parfaitement le fonctionnaire qui applique les ordres sans réfléchir, cherchant par dessus tout à éviter les problèmes. A Antigone enfermée et condamnée à mort, il résume d'un ton monocorde les avantages et les inconvénients d'être garde et non soldat. La pièce d'Anouilh, rappelons-le, a été écrite pendant l'occupation... Clothilde de Bayser incarne  quant à elle merveilleusement le choeur. De longs monologues dans lesquels elle souligne que tout est écrit, inéluctable dans cette tragédie. 

Au delà de la tragédie antique, c'est bien de la relation au pouvoir dont il est question. L'idéalisme d'Antigone s'impose ainsi à la vision de la politique de Créon. Pour autant, le monarque n'a rien de caricatural : on ressent dans le personnage interprété par Bruno Raffaelli une certaine résignation. Faire le bien du peuple, maintenir la paix sociale implique des décisions difficiles. 

La pièce n'a absolument pas vieilli. Chaque mot, chaque phrase prête à réflexion. Il y a quelques semaines, je vous avez signalé ce spectacle dans la sélection de la rentrée. Après l'avoir vue, je confirme : une pièce à ne pas rater !

Antigone de Jean Anouilh, mise en scène de Marc Paquien. Avec Véronique Vella, Bruno Raffaelli, Françoise Gillard, Clotilde De Bayser, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Marion Malenfant et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Laurent Cogez, Carine Goron et Maxime Taffanel. A la Comédie-Française, au Théâtre du Vieux-Colombier, jusqu'au 24 octobre 2012.  

Reprise du 20 décembre 2013 au 2 mars 2014 Salle Richelieu
Réservations au 0 825 10 1680 

13 septembre 2012

Au Théâtre de la Madeleine, magistral Roland Bertin dans Volpone ou le Renard (m.e.s. Nicolas Briançon)

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Pour cette rentrée 2012, Nicolas Briançon récidive. Après sa fabuleuse mise en scène de Songe d'une nuit d'été la saison passée, il nous éblouit à nouveau avec Volpone ou le renard de Ben Jonson au Théâtre de la Madeleine cette fois.

Volpone est un vieux célibataire, très riche, sans héritier. Ses deux passe-temps : contempler son or et manipuler son entourage avide, avec l'aide de son valet.  Pour être couchés sur  son testament, ses proches sont prêts à tout.  Tels des vautours - leurs noms mêmes font référence aux oiseaux charognards - Voltore, Corbaccio et Corvino tournent autour du lit de Volpone, guétant son dernier soupir et le couvrant de cadeaux pour mieux le séduire.  Mais le vieil homme n'est pas dupe et s'amuse bien de ce petit cirque ... mais jusqu'où cela peut-il aller ?

Volpone, c'est Roland Bertin. Magistral, le comédien contrefait le mourant et se transforme l'instant d'après en vieillard libidineux. A ses côtés, Briançon lui-même incarne Mosca, le valet, personnage froid et calculateur. Le duo fera date, à n'en pas douter.

La mise en scène de Briançon aussi. Décor sombre pour mieux nous rappeler le tragique de cette farce : le lit de Volpone est installé au milieu d'une salle des coffres. La pièce est très rythmée, les changements de décor ponctués par quelques pas de danse de domestiques qui pourraient être ceux de la Famille Adams

Le metteur en scène signe, en outre,  avec Pierre-Alain Leleu, une nouvelle adaptation de cette pièce écrite en 1606. Jules Renard et Stefan Zweig en avaient proposé une version en 1928, transposée au cinéma avec Harry Baur dans le rôle titre, Charles Dullin et Louis Jouvet. Si la scène finale est beaucoup moins joyeuse que celle du film, c'est un texte  très moderne qui nous est présenté sur la scène de la Madeleine. L'humour est omniprésent dans les répliques, les allusions sexuelles sont clairement assumées sans jamais tomber dans la trivialité. 

La distribution est réussie. Anne Charrier est sublime dans le rôle de la prostituée qui veut se marier, Grégoire Bonnet, Pascal Elso et Yves Gasc forment une jolie brochette de prédateurs autour du mourant. Barbara Probst et Matthias Van Khache, tous deux de blanc vêtus symbolisent l'innocence et la pureté de la jeunesse. Neuf comédiens et trois danseurs sur scène : soulignons-le car cela devient rare dans le théâtre privé !

Un spectacle réussi et abouti donc, des décors à la mise en scène en passant par la distribution.  A ne pas rater !

Volpone ou le renard de Ben Jonson, mise en scène Nicolas Briançon, adaptation Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu. Avec Roland Bertin, Nicolas Briançon, Anne Charrier, Philippe Laudenbach, Grégoire Bonnet, Pascal Elso, Barbara Probst, Matthias Van Khache et Yves Gasc. Au  Théâtre de la Madeleine, à 20h30 du mardi au samedi, 17h le samedi et le dimanche. Réservations au 01 42 65 07 09.

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Ali au Pays des Merveilles : le spectacle est de retour à Paris au Théâtre de Dix-Heures

455595716.pngAprès le festival d'Avignon, Ali Bougheraba revient à Paris, au Théâtre de Dix-Heures, pour son spectacle Ali au Pays des Merveilles, immersion humoristique dans son enfance marseillaise.

Vous pouvez lire ici la critique de ce spectacle, écrite lors du festival d'Avignon 2011.

Ali au pays des merveilles au Théâtre de Dix-Heures, du jeudi au samedi à 21h30. Réservations au 01 46 06 10 17.