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06 octobre 2012

Que faire de Mister Sloane ? Gaspard Ulliel fait ses premiers pas au théâtre avec Charlotte de Turckheim et Michel Fau

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Que faire de Mr Sloane ? - actuellement à la Comédie des Champs Elysées - est l'adaptation de la pièce du dramaturge britannique Joe Orton Entertaining Mister Sloane

Michel Fau reprend cette histoire écrite dans les années 1960 et déjà connue en France sous le  titre Le Locataire. Une pièce qui à l'époque évoquait plusieurs tabou. Au coeur de cette intrigue : le sexe, d'une part, et l'homosexualité, d'autre part. Deux sujets rentrés dans les moeurs aujourd'hui.

Kath (Charlotte de Turckheim), une femme entre deux âges, accueille sous son toit Mister Sloane (Gaspard Ulliel), un nouveau locataire. Le jeune homme éveille rapidement en elle des sentiments maternels mais aussi une certaine attirance sexuelle. Son frère (Michel Fau) n'est pas non plus insensible au charme de ce Mister Sloane. Tous deux se disputent alors les faveurs du jeune homme, sous les yeux de leur vieux père (Jean-Claude Jay), persuadé de reconnaitre en Sloane le meurtrier de son patron.

L'interprétation, la mise en scène de Michel Fau, la scénographie : tout est réuni pour faire de cette pièce un bon spectacle. Oui mais voilà, le texte a, à mes yeux, mal vieilli. L'histoire n'a au final pas grand intérêt et si quelques répliques sont assez mordantes et quelques scènes plutôt cocasses, cela n'est pas suffisant pour sauver l'ensemble. 

Tout au long de la pièce, on ne parvient pas à cerner le personnage de Sloane : pantin manipulé par Kath et son frère ou manipulateur lui-même, être froid et pervers, prêt à tout pour trouver un foyer ? 

On retiendra cependant la belle prestation de Gaspard Ulliel, qui fait ses premiers pas sur les planches, aux côtés d'une Charlotte de Turckheim rayonnante et d'un Michel Fau toujours fabuleux sur scène.

Que faire de Mister Sloane ? de Joe Orton (adaptation de Vanasay Khamphommala), mise en scène Michel Fau. Avec Charlotte de Turckheim, Gaspard Ulliel, Michel Fau et Jean-Claude Jay. A la Comédie des Champs-Elysées, jusqu'au 31 décembre 2012, du mardi au samedi 20h30, matinées dimanche 16h00. Réservations : 01 53 23 99 19

04 octobre 2012

Jacques Bonnaffé est "Le Roi du Bois" au Théâtre 71 à Malakoff

"Maudissez le monde,
il vous le rend bien."

Le Roi du Bois@Pascal Gély.jpgPhoto : Pascal Gély

Ce texte-là n'était pas destiné au théâtre : Le Roi du Bois, présenté au Théâtre 71 à Malakoff par la metteuse en scène Sandrine Anglade, fut publié par Pierre Michon en 1996. Un court récit dans lequel l'écrivain évoque le vie d'un garçon de ferme devenu assistant du peintre Claude Le Lorrain. 

Un texte en prose, écrit à la première personne et porté sur scène par le comédien Jacques Bonnaffé. Pâtre aux pieds nus, il parcourt le plateau devenu forêt pour nous conter les éblouissements de son personnage face au luxe et à la richesse. Tout part d'une princesse croisée dans les bois alors qu'elle urinait au milieu d'un flot de tissus et de dentelle. Anecdote des plus prosaïques qui prend alors une dimension quasi mystique.

Le spectacle est une création pluri-disciplinaire : la musique est omniprésente. Pierre-François Roussillon, à la tête du Théâtre 71 depuis deux saisons, a été, soulignons-le, concertiste pendant 20 ans. Plusieurs spectacles programmés cette saison laisseront ainsi une large place à la musique.

Pour Le Roi du Bois, c'est Michèle Reverdy qui a composé les morceaux interprêtés par le quatuor à cordes Varèse. Plus qu'un accompagnement, ces passages musicaux font partie du récit. Les musiciens sont d'ailleurs au centre de la scène. A la voix de Jacques Bonnaffé vient se juxtaposer celle d'un enfant chanteur.

La langue est riche, presque précieuse, et le texte de Pierre Michon constitué de phrases souvent longues. Rentrer dans le récit nécessite ainsi un réel effort. Cet effort consenti, on se laissera bercer par la poésie des mots et la musicalité de la voix de Jacques Bonnaffé. 

Le Roi du Bois, texte Pierre Michon, musique originale Michèle Reverdy, mise en scène Sandrine Anglade. Avec Jacques Bonnaffé, Le Quatuor Varèse et les enfants chanteurs Michaël Oppert et Roman Rondepierre (en alternance). Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 13 octobre 2012. Réservations au 01 55 48 91 00.

Le Quatuor  Varèse animera, par ailleurs, le brunch musical du 7 octobre 2012 au Théâtre 71.

02 octobre 2012

"L'Enfant, drame rural" au Théâtre de la Tempête : une fable sombre et réaliste

 "Quand ça s'excite la race humaine 
ça devient pire que les bêtes 
Rien ne l'arraisonne"

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© Guillaume Lavie

Il est des histoires très sombres mais d'une immense beauté. L'Enfant, drame rural, présenté actuellement au Théâtre de la Tempête, en fait partie. Carole Thibaut, auteur du texte et metteuse en scène, y décrit l'histoire d'un petit village et d'un enfant trouvé. Un récit qui tient à la fois de la fable et du fait-divers hyper-réaliste.

La découverte de ce nouveau-né, c'est le détonnateur, le révélateur du mal latent qui touche cette communauté figée et repliée. Le bébé attire bien vite les suspicions car on l'a trouvé sur le pas de la porte de l'idiote du village. Et s'il était à elle cet enfant ? Et si c'était un des hommes du village qui lui avait fait un enfant à l'idiote ? Le nouvé-né passe de mains en mains, rejeté par tous, nous permettant au passage de pénétrer dans chaque foyer. Au coeur du discours de chacun : le qu'en dira-t-on, la bienséance. La morale voudrait, au contraire, qu'on sache accueillir et prendre soin de cet être fragile. Les mauvaises actions sont souvent punies - du moins au théâtre - et c'est le village entier qui va disparaitre.

La prouesse de Carole Thibaut tient dans sa fine observation des moeurs villageoises. On parle beaucoup, on sait ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, on ne laisse pas une grande place à la différence. Les dialogues font mouche. Pas caricaturaux mais vraiment réalistes pour qui connait un peu cette ambiance de petit village.

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© Guillaume Lavie

Carole Thibaut s'est entourée d'une troupe de comédiens à la hauteur de cette  belle histoire. Sans tous les citer, soulignons la prestation de deux d'entre eux :  Eddie Chignara (que l'on pu voir dans des rôles plus comiques, notamment dans Le Didon de Philippe Adrien et Beaucoup de bruit pour rien de Clément Poirée) a la délicate tâche de faire le grand écart entre le maire du village, médecin et humaniste, et Gérard,  chasseur aux idées courtes et au final le salopard de cette intrigue. Fanny Santer, quant-à elle, est troublante dans le rôle de l'Idiote, tant dans son phrasé que dans sa gestuelle, sa façon de se craponner à l'enfant, de se balancer, de courir.  

La scénographie est au service de la noirceur du texte. Pas de décor "fixe". Les accessoires - tables, chaises, comptoir - sont apportés à chaque scène. On passe ainsi à de nombreuses reprises d'un lieu à un autre comme autant d'épisodes à ce drame. A chaque changement, l'obscurité se fait, instant de réflexion sur ce que nous venons de voir. Certains détails sont cependant génants. Pourquoi faire jouer les comédiens derrière ces résilles noires ? Ces voiles créent une distanciation : comme si eux, ce n'était pas nous, comme s'ils étaient des bêtes curieuses dans un zoo. Je pense au contraire que nous pourrions tous tomber dans de tels travers. Dommage aussi la sonorisation de certains passages et les micros qui chuintent. Effet voulu ou mauvais réglage ? On reste perplexe.

L'Enfant est tout de même au final un très beau spectacle. Un de ceux qui nous font réfléchir et analyser notre comportement, nos jugements sur autrui. 

L'Enfant, drame rural, texte et mise en scène Carole Thibaut. Avec Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull, Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer et Boris Terral. Au Théâtre de la Tempête - salle Copi, jusqu'au 27 octobre 2012, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30.

Le texte est publié aux Editions Lansman.