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16 novembre 2012

Reprise au Théâtre de Belleville de "Hernani", mise en scène Margaux Eskenazy

"Éteins-toi, coeur jeune et plein de flamme!
Laisse régner l’esprit que longtemps tu troublas.
Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas !
C’est l’Allemagne, c’est la Flandre, c’est l’Espagne."

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Voici la critique publiée en avril 2012 : 

Hugo encore ... après Quatre-vingt-treize à la Maison de la poésie, voici Hernani au Théâtre de Belleville. Le Théâtre de Belleville, c'est l'ancien Tambour-Royal, une des salles de spectacle les plus vieilles de Paris. Laurent Sroussi, financier devenu comédien, a repris les lieux voilà un an et a procédé à une rénovation complète de la salle. 

A sa création, en 1830, Hernani fit scandale : sa "bataille" a marqué l'histoire du théâtre. Dans ce drame romantique, Victor Hugo plonge dans l'Espagne du 16e siècle pour nous parler de passion. Une femme, Doña Sol, et trois prétendants, Hernani, noble déchu, le roi Don Carlos, futur Charles Quint, et le vieux Don Ruy Gomez de Silva, tuteur de la belle qui espère néanmoins l'épouser. 

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Il y a dans cette mise en scène de la jeune Margaux Eskenazy du bon et du moins bon. On ne retiendra pas la musique pop, un peu trop forte, qui vient par moment couvrir les dialogues, ni la première tenue de mariée de  Doña Sol, kitsch au possible. On préfèrera souligner l'ingéniosité de la scénographie, avec peu de moyens, et les changements à vue, rapides, faits par les comédiens eux-mêmes. 

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Du côté des comédiens, Hernani (Thomas Moreno) manque un peu de gravité (certaines répliques sont dites sur un ton des plus légers qui ne sied pas vraiment à l'image du héros romantique) mais Doña Sol (Laure Grandbesancon) parvient à nous charmer par sa grâce un peu enfantine. Dans cette distribution, un des comédiens sort vraiment du lot : Laurent Deve confère à Don Carlos un petit air narquois - qui lui va plutôt bien - et réussit brillamment la tirade de l'acte IV, celle où, attendant sa désignation comme empereur, le futur Charles Quint s'adresse à Charlemagne. Un tirade où l'on retrouve tous les accents hugoliens.

En résumé, ce spectacle vaut tout de même le coup d'oeil malgré ses imperfections. Margaux Eskenazi et sa troupe parviennent à nous séduire. Une jeune metteuse en scène sur l'avenir de laquelle on peut se permettre de parier sans gros risque !

Hernani de Victor Hugo, mise en scène de Margaux Eskenazi. Avec Sylvie Beurtheret, Laurent Deve, Thomas Moreno, Jean Pavageau, Laure Grandbesançon. Au Théâtre de Belleville, jusqu'au au dimanche 3 juin 2012 (du mercredi au samedi à 21H, le dimanche à 17H). Réservation 01 48 06 72 34.

Reprise au Théâtre de Belleville, du mercredi 14 novembre au dimanche 30 décembre 2012 (du mardi au jeudi à 21H) et du mardi 1er au dimanche 6 janvier 2013 (du mardi au samedi à 21H, dimanche à 17H). 

15 novembre 2012

Au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, reprise de Hedda Gabler dans une magnifique mise en scène de Thomas Ostermeier

"Schön"

Thomas Ostermeier a ses habitudes au Théâtre des Gémeaux à Sceaux. Après Othello en 2011, le metteur en scène allemand s'est déplacé avec ses comédiens pour une reprise de Hedda Gabler de Ibsen (mise en scène créée en 2005).  

Ibsen, c'est un peu l'auteur fétiche d'Ostermeier. Cet été, au festival d'Avignon, j'avais été éblouie par Un ennemi du peuple. Ostermeier réussit à merveille à transposer à notre époque ces histoires mettant en scène des foyers bourgeois du XIXe siècle. 

Thomas Ostermeier Hedda Gabler, les Gémeaux, SceauxKatharina Schüttler, Jörg Hartmann, Photo : Arno Declair

Hedda Gabler est une "material girl" avant l'heure : fille de bonne famille, elle vient d'épouser un jeune homme prometteur. Tesman devrait bientôt être nommé professeur. Sûr d'avoir ce poste, il s'est déjà endetté pour acheter une somptueuse maison, richement meublée, pour satisfaire son épouse. Pour s'assurer ce confort matériel,  Hedda a repoussé un autre prétendant, Lovborg, à la vie trop dissolue. De retour de son voyage de noces, elle découvre que Lovborg a aujourd'hui une vie rangée, qu'il s'est plongé dans la recherche - dans le même domaine que Tesman -  et qu'il vient de publier un ouvrage loué par tous. Et Lovborg pourrait même se voir attribuer le poste promis à Tesman. Cela s'appelle ne pas avoir misé sur le bon cheval. Hedda est alors prête à tout pour sauver la vie dont elle a rêvé...

La peur de la déchéance sociale : voilà l'élément central de la pièce, élément qui n'a guère évolué en un siècle. Dans son intérieur chic et design, Hedda est une héroïne totalement contemporaine, enfant gâtée, déjà blasée à peine mariée, desperate housewife en devenir.

La scénographie est magnifique : un plateau tournant nous permet de voir le décor sous plusieurs angles. Derrière le sofa, une immense baie vitrée sur laquelle la pluie ruisselle. Sur une autre face, un mur blanc où sont projetées des vidéos de l'extérieur, nous faisant découvrir le quartier bourgeois dans lequel la maison est située. C'est beau, très beau. La mise en scène est sobre : pas de sol recouvert d'eau comme pour Othello ni de jet de peinture comme pour Un ennemi du peuple, juste une direction d'acteur impeccable et quelques morceaux de musique pop soigneusement choisis et savamment dosés. Ostermeier nous prouve qu'il n'a besoin d'aucun artifice pour réussir une pièce. On ne l'en aime que davantage. 

Hedda Gabler de Henrik Ibsen, mise en scène Thomas Ostermeier / Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin. Avec Annedore Bauer, Lars Eidinger, Jörg Hartmann, Katharina Schüttler, Kay Bartholomäus Schulze, Lore Stefanek. Spectacle en allemand surtitré
Au Théâtre des Gémeaux à Sceaux (92) jusqu'au  25 novembre 2012. 

14 novembre 2012

Au Théâtre 71 à Malakoff, "Sallinger" de Bernard-Marie Koltès version Amérique du Sud

"A la Sur Americana"

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Photo : Carlos Furman

Ecrite en 1977, la même année que La Nuit juste avant les forêts, Sallinger (avec deux "l") de Bernard-Marie Koltès s'inspire de Salinger et de son Attrape-coeurs pour décrire une Amérique désenchantée. Sur la scène du Théâtre 71 à Malakoff, c'est une version sud-américaine, créée à Buenos-Aires, qui nous est proposée par Paul Desvaux et Céline Bodis, avec des acteurs argentins et des dialogues en Espagnol. 

La pièce s'ouvre sur des obsèques, celles du "rouquin" qui s'est suicidé. Sa famille est réuinie pour pleurer ce fils et frère chéri. Sa compagne, en retrait, n'a visiblement pas été conviée. Le rouquin était brillant, admiré par tous. Sa mort va agir comme un détonateur : chacun va exprimer son mal-être, au travers de longs monologues, et la famille va se disloquer  peu à peu. 

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Photo : Carlos Furman

En fond de toile : la guerre du Vietnam. Leslie, hanté par son frère, a reçu sa lettre de convocation. Son ami Harry préfèrera se jeter du haut d'un pont plutôt que de partir au combat : un symbole de la détresse de la jeunesse américaine de l'époque.  

La scénographie contribue à créer cette atmosphère de déclin : une vieille voiture garée devant deux conteneurs. Même si l'un des deux, la maison de la famille du rouquin,  est meublé coquêtement, c'est un peu la zone.

Cette plongée dans un New-York très sombre s'appuie sur des comédiens tous très poignants. Par delà la barrière de la langue, ils parviennent à nous émouvoir et on lit dans leurs yeux tout le désespoir qui anime ces personnages aussi bien que dans les sur-titres. 

Sallinger de Bernard-Marie Koltès (éditions Minuits), traduction en espagnol Violeta Weinschelbaum, mise en scène et scénographie Paul Desveaux. Avec Céline Bodis, Lucrecia Capello, Roberto Castro, Luciana Lifschitz, Javier Lorenzo, Franscico Lumerman, Anita Pauls et Martín Slipack.
Au Théâtre 71 à Malakoff jusqu'au 24 novembre 2012. Réservations : 01 55 48 91 00
Puis en tournée : au Havre (Le Volcan, Scène Nationale) du 27 au 29 novembre 2012 et à Montbéliard le 4 décembre 2012.