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21 janvier 2013

"Partage de Midi" de Paul Claudel / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

 "Une chose inestimable, en effet"

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Mickaël Pinelli et Mila Savic
Photo : Antonia Bozzi

Pour démarrer 2013, le metteur en scène Philippe Adrien met à l'honneur au Théâtre de la Tempête - dont il est également le directeur - l'oeuvre de Paul Claudel. Deux pièces sont à l'affiche jusqu'au 24 février 2013 Protée et Partage de Midi. Et s'il est possible de voir les deux pièces à la suite*, je me suis pour ma part limitée à la seconde.

Partage de Midi c'est la célébration de la passion. Non pas la passion qui rend heureux mais plutôt la passion interdite, celle qui dévore les âmes. Sur un bateau qui la conduit vers la Chine, la belle Ysé est entourée de trois hommes. Il y a De Ciz, son mari, Amalric, son ancien amant, et Mesa qui vient de renoncer à une vie monastique pour devenir commissaire des douanes. Mesa est tombé éperdument amoureux d'Ysé mais il tente de contenir, de dissimuler cette passion. En vain. Quelques jours après le débarquement, à Hong-Kong, Ysé cède finalement à Mesa. Ensemble, ils intriguent pour envoyer au loin de Ciz, entrepreneur audacieux.

Un an plus tard, sans que l'on ne sache trop comment, Ysé a quitté Mesa. On la retrouve dans les bras d'Amalric, enfermée dans une maison en état de siège. Dehors, c'est l'émeute. La population locale s'insurge contre les Européens. Mesa surgit alors avec un sauf-conduit. Il vient aussi annoncer que De Ciz est mort. Désormais plus rien ne vient entraver leur histoire. Il supplie Ysé de partir avec lui mais elle reste sourde à ses déclarations. Amalric, blessant mortellement Mesa, s'empare du sauf-conduit pour prendre la fuite avec Ysé...

La pièce est inspirée de la vie de Claudel. Comme Mesa, Claudel faillit devenir moine. Comme Mesa, il est tombé amoureux d'une femme mariée, il a vécu une relation passionnée avec elle avant qu'elle ne se détourne de lui. La pièce fut écrite juste après cette rupture, en 1906, mais il faudra attendre 1948 pour qu'elle soit créée sur scène. Jean-Louis Barrault dut en effet lourdement insister  pour obtenir l'accord de Claudel. Il incarnera finalement Mesa,  partageant l'affiche avec Edwige Feuillère, Pierre Brasseur (Amalric) et Jacques Dacqmine (De Ciz). 

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Photo : Antonia Bozzi

Sur la scène du Théâtre de la Tempête, c'est à Mila Savic et Mickaël Pinelli qu'incombe d'incarner le couple mythique, aux côtés de Mathieu Marie (De Ciz) et Ludovic Le Lez (Amalric). On vit cette passion avec eux, deux heures durant, emportés par la justesse de leur interprétation. L'acte II est magnifique, tant picturalement qu'émotionnellement. Les deux amants se déclarent leur flamme au milieu d'un cimetière sombre et noyé dans le brouillard, comme un symbole de la condamnation de cet amour adultère. 

La scène finale est elle aussi très belle, quoiqu'un peu réinterprêtée par Philippe Adrien. Dans l'oeuvre de Claudel, Ysé renonce finalement à suivre Amalric pour venir attendre la mort auprès de Mesa. Mais ici, la fin est un peu floue : est-ce bien Ysé qui revient ou tout cela n'est-il qu'un rêve ? La jeune femme apparait en arrière scène, toute de blanc vêtue, telle un spectre né du délire d'un Mesa à l'agonie se raccrochant jusqu'au bout à l'amour de sa belle. Bouleversant...

Si vous ne connaissez pas l'oeuvre de Claudel, par pitié ne vous laissez pas influencer par ceux qui grimacent lorsque l'on prononce son nom (si, si, il y en a beaucoup ! mais je ne citerai pas de nom ...) : jugez-en par vous même en allant au théâtre de la Tempête.

Partage de midi de Paul Claudel, mise en scène Philippe Adrien. Avec Ludovic Le Lez, Matthieu Marie, Mickaël Pinelli et Mila Savic. Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 24 février 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 17h30. Durée : 2 heures.

* Egalement à l’affiche jusqu'au 24 février 2013 : Protée, une autre oeuvre de Paul Claudel mise en scène Philippe Adrien. Les deux spectacles peuvent être vus l'un à la suite de l'autre à partir de 18 h les mardi 22 et 29 janvier ainsi que samedi 26 janvier, 9, 16 et 23 février ou à partir de 15h30 les dimanche 27 janvier,10, 17 et 24 février.

A voir aussi : le site internet de la Société Paul Claudel, visant à promouvoir l'oeuvre de cet auteur. 

17 janvier 2013

Au Ciné XIII Théâtre, Nicolas Briançon met en scène "Sade" de et avec Pierre-Alain Leleu

 "La première des libertés est la liberté de tout dire."

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Photo : Fabien Dumas

Je vous en parlais il y a quelques jours : D.A.F Marquis de Sade est à l'affiche du Ciné XIII Théâtre. Une pièce écrite et interprêtée par Pierre-Alain Leleu et mise en scène par Nicolas Briançon

Le Marquis de Sade y est représenté incarcéré à la Bastille, coincé entre une geôlier frustre (Jacques Brunet) et une religieuse qui tente de le remettre dans le droit chemin (Michel Dussarat). Seule évasion possible : ses écrits et ses conversations avec une femme imaginaire (Dany Verissimo) à la fois confidente et voix de la raison. 

J'avoue : avant d'aller voir le spectacle, j'étais un peu sceptique . Lors d'une interview, Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu avaient eu beau m'expliquer que ce qui les intéressait c'est l'homme derrière les écrits et sa soif de liberté, la réputation sulfureuse de  Sade - dont les écrits émaillent la pièce - me faisais craindre le pire. Et bien j'avais tort : malgré quelques passages un peu difficiles à entendre (on réservera ce spectacle aux adultes) il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce texte. 

La liberté, la religion, la notion de remord sont abordés sur scène dans ce dialogue entre Sade et cette femme imaginaire. On y découvre un homme rendu vulnérable par sa détention. Les conditions de vie sont difficiles, encore plus pour une personne de son rang. Désespéré, il cherche des signes partout, se raccroche à la numérologie pour savoir de quoi l'avenir sera fait. C'est toujours en réaction que surviennent ses "dérapages", lorsqu'on l'on n'accède pas à l'une de ses demandes. Un flot d'injures sort alors de sa bouche, il décrit des fantasmes vraiment trash.

Peut-être n'est-ce là que provocation ? C'est la thèse de l'auteur de la pièce en tout cas. Le personnage de femme qu'il a créé nous permet de prendre de la distance avec ce discours réellement choquant. Elle ne cautionne pas, se bouche les oreilles, va jusqu'à dire à Sade que son emprisonnement est justifié. Dans ce rôle, Dany Verissimo se révèle être une bonne surprise. Malgré son parcours atypique et son manque d'expérience au théâtre, elle s'en sort plutôt bien.

Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon donnent ici à l'écrivain l'humanité qu'on lui accorde rarement. En cela ils ont réussi leur pari. La pièce vaut le détour mais n'est pas conseillées aux oreilles trop prudes. 

D.A.F Marquis de Sade de Pierre-Alain Leleu, mise en scène Nicolas Briançon. Avec Pierre-Alain Leleu, Dany Verissimo, Michel Dussarat et Jacques Brunet. Au  Ciné XII Théâtre (rue Junot, Paris 18e). A 21 h 30 (relâche les lundi et mardi), le dimanche à 17 h 30. Réservations au 01 42 54 15 12.  

A lire aussi : Rencontre avec Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu

16 janvier 2013

Au Théâtre 71 (Malakoff), Jacques Vincey nous hypnotise avec "La vie est un rêve" de Calderon

 "Même en rêve on ne perd rien à agir bien"

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Photo : Pierre Grosbois

La vie est un rêve ... surtout lorsque l'on voit une aussi belle pièce que celle mise en scène par Jacques Vincey au Théâtre 71 à Malakoff 

Dans cette nouvelle traduction de l'oeuvre de Pedro Calderon de la Barca, signée Denise Laroutis, le "rêve" a ainsi remplacé le "songe". Mais l'histoire est toujours la même : épouvanté par une prophétie, le roi Basile a enfermé son fils Sigismond dans une tour, loin de tous, sous la bonne garde du vieux Clothalde. C'est là que Rosaura le rencontre. La jeune fille, déguisée en homme, est venue dans cette contrée pour venger son honneur. Clothalde surprend l'intruse et, en voyant l'épée qu'elle porte, comprend instantanément qu'elle est sa fille. Sans lui dévoiler son identité, il l'installe à la cour. Au soir de sa vie, Basile décide de laisser une chance à Sigismond. Il le fait libérer et le place sur le trône une journée, lui faisant croire que tout cela n'est qu'un rêve. Il s'agit de le tester : s'il est un bon roi, la couronne lui reviendra. S'il s'avère être un tyran, il regagnera la tour et la couronne reviendra à ses cousins Etoile et Astolphe. Lequel Astolphe n'est autre que celui qui a déshonoré Rosaura


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Sigismond (Antoine Kahan) et Rosaura (Estelle Meyer)
Photo : Pierre Grosbois

Dis comme cela, cela peut paraitre un peu compliqué. Il n'en est rien. Durant deux heures trente, on est subjugués. Un peu hypnotisés par le décor d'abord. Jacques Vincey - à qui l'on doit la mise en scène d'Amphitryon l'année dernière à la Comédie-Française - a opté pour un lieu unique. Un espace neutre et clos, scénographié par Mathieu Lorry-Dupuy, qui de prison devient chateau grace aux lumières de Marie-Christine Soma. Ajoutez à cela un arrière fond musical qui accentue la rêverie et des costumes sobres mais très élégants. 

Sigismond est superbement interprêté par Antoine Kahan. Il faut le voir enchainé par la taille et couché dans une fosse emplie de sable. L'acteur, très physique, incarne parfaitement le côté bestial du personnage. A l'opposée, il y a la brillante Etoile (Noémie Dujardin) et son cousin Astolphe (Florent Dorin) avec, dans leurs manières, la délicatesse de la noblesse. C'est à Philippe Duclos que revient le rôle de Clothalde, un personnage aussi sage que celui du juge Roban d'Engrenages qui lui colle à la peau. Enfin soulignons l'interprétation pleine d'humour de Philippe Vieux (Clairon).Philippe Morier-Genoud (Basile) et Estelle Meyer (Rosaura) complètent cette belle distribution.

Belle réussite donc que ce spectacle ! Courez vite à Malakoff* voir cela.

La vie est un rêve de Pedro Calderón de la Barca (texte français Denise Laroutis), mise en scène Jacques Vincey. Avec Florent Dorin, Philippe Duclos, Noémie Dujardin, Antoine Kahan, Alexandre Lecroc, Estelle Meyer, Philippe Morier-Genoud, Renaud Triffault et Philippe Vieux. Au Théâtre 71 à Malkoff jusqu'au 2 février 2013. Réservations au 01 55 48 91 00

En tournée ensuite :
Nantes du 5 au 13 février 2013 (Grand T Scène conventionnée Loire Atlantique - 02 51 88 25 25) ;
Meylan (L’Hexagone, Scène Nationale - 04 76 90 09 80) le 21 février 2013 ;
Le Perreux sur Marne les 28 février et 1er  mars 2013 (Centre Culturel des Bords de Marne - 01 43 24 54 28) ;
Draguignan le 5 mars 2013  (Théâtre en Dracénie - 04 94 50 59 59) ;
Mulhouse les 21 et 22 mars 2013 (La Filature, Scène Nationale - 03 89 36 28 28)  

* Message personnel pour un des lecteurs du blog qui se reconnaitra : et oui, encore un spectacle en dehors de Paris mais le métro va jusqu'à Malakoff !