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18 juin 2015

Gustave de Arnaud Bedouet / Jacques Weber / Théâtre de l'Atelier

"Galactique !"

Au Théâtre de l'Atelier, Jacques Weber reprend Gustave, un long monologue tiré de la correspondance de Flaubert. Le comédien se glisse avec brio dans la peau de l'écrivain du XIXe siècle. De quoi conclure en beauté cette saison théâtrale. 

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Photo : Kim Weber

C'est un court instant de la vie de Gustave Flaubert que cette pièce nous fait entrevoir. L'écrivain est chez lui par une nuit d'orage. La lecture d'une lettre de sa maitresse lui rend le sommeil impossible : la dame lui reproche son goût pour les "filles" - comprenez les prostituées - et son refus de vivre à Paris. Des remontrances qui font sortir Flaubert de ses gonds. Face à Eugène (Philippe Dupond), serviteur peu loquace, il se lance alors dans une diatribe où tout le monde en prend pour son grade : les femmes, les bourgeois, les écrivains de son temps - Lamartine, cet "esprit eunuque", et Musset en tête - l'Académie Française et les politiciens.

Le texte est mordant et l'on rit de tant d'impertinences. Il faut entendre Flaubert/Weber décortiquer un poème jusqu'à le rendre plat et sans intérêt, conspuer les gens de son époque, donner sa vision de l'art, parler des plaisirs de la chair en des termes impudiques. Il y a dans ce personnage, quelque chose de gargantuesque, de "plus grand que la vie" comme disent les anglo-saxons. 

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Photo : Kim Weber

La gouaille, le verbe haut, la capacité à s'emporter de façon tonitruante, le côté grivois : Jacques Weber à toutes les qualités pour ce rôle. On croirait le costume taillé sur mesure pour lui. Un fois de plus, il nous démontre qu'il est un immense acteur et ravive en nous un profond regret : ne pas l'avoir vu incarner Cyrano ! Ce Gustave nous console (un peu) de cela et nous garantit en tout cas une belle soirée théâtrale. 

Gustave de Arnaud Bedouet, d'après la correspondance de Gustave Flaubert, mise en scène Christine Weber. Avec Jacques Weber et Philippe Dupont. Au Théâtre de l'Atelier, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h30 (pas de représentation le 21 juin 2015), jusqu'au 23 août 2015. Réservations au 01 46 06 49 24. Durée : 1h30

11 juin 2015

Journal de ma nouvelle oreille de Isabelle Fruchart / Zabou Breitman

"Pénétrée par les oreilles"

Raconter sa vie sur scène c'est bien si l'on a réellement des choses à dire et si on les dit bien (et ce n'est malheureusement pas souvent le cas !). Ces deux conditions sine qua none sont parfaitement réunies dans le spectacle Journal de ma nouvelle oreille, écrit et joué par Isabelle Fruchart en collaboration avec  de Zabou Breitman qui signe tout à la fois  l'adaptation, la mise en scène et la scénographie. Créé au Théâtre du Rond-Point, la pièce est reprise au Studio Hébertot jusqu'au 25 novembre 2015.

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L'expérience vécue par Isabelle et racontée ici est fascinante. A 14 ans, elle a perdu 70% de son audition. Dans son entourage, personne ne s'en rend vraiment compte : si elle n'entend pas, c'est qu'elle est peu attentive, distraite ... Ce n'est qu'à 26 ans que la jeune femme, comédienne, fera un audiogramme et découvrira l'ampleur de son mal. Pourtant, elle refusera pendant des années de s'appareiller, craignant avoue-t-elle de perdre le peu d'audition qui lui reste . A 37 ans, lasse, elle cède finalement. Commence alors une longue adaptation à ses prothèses auditives. C'est cette période qu'elle nous raconte, seule en scène.

Une adaptation qui durera neuf mois : la durée est symbolique, comme une gestation avant une renaissance. Neuf mois entre émerveillements et difficultés. Isabelle réapprend littéralement à entendre, redécouvre sa propre voix,  perçoit pour la première fois les chuchotis de sa nièce ... Les embûches parsèment aussi ce long chemin : le bruit de la rue est parfois insupportable et la frustration la saisit à maintes reprises. On découvre entre les lignes ce que fut le quotidien de la comédienne avant : la tarte qui brûle dans le four dont elle n'entend pas la minuterie, les invités qu'il faut guetter par le judas puisque la sonnette demeure imperceptible. Des "malentendus" souvent drôles, fâcheux quelquefois.

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Photo © Giovanni Cittadini Cesi

Avec son jeu empli de facéties et de malice, Isabelle Fruchart nous amuse et nous émeut en se racontant avec pudeur. On est complètement séduits. Zabou Breitman a su faire de ce récit une épopée pleine de fantaisie par son adaptation  et sa mise en scène. On redécouvre le plaisir simple d'entendre et les sons les plus anodins trouvent, en sortant de ce spectacle, un charme nouveau.

Journal de ma nouvelle oreille texte et interprétation Isabelle Fruchart, adapation, mise en scène et scénographie Zabou Breitman. Au Théâtre du Rond-Point, du mardi au samedi 20h30, le dimanche 15h30, jusqu'au 4 juillet 2015. Durée : 1h20. Réservations au 01 44 95 98 21.

Reprise au Théâtre Hébertot du 17 septembre au 25 novembre 2015. Du mardi au vendredi 21h, Samedi 15h et 21h. 

08 juin 2015

Oliver Twist de Charles Dickens / Olivier Mellor / Théâtre de l'Epée de bois

"J'en ai vu de son âge, et même des plus vieux que lui,
faire les mêmes simagrées, pendant une minute"

Au Théâtre de l'Epée de bois, le metteur en scène Olivier Mellor nous propose une immersion, plutôt réussie, dans les bas-fonds du Londres victorien avec Oliver Twist de Charles Dickens. Une adaptation musicale signée Eric de Dadelsen et Danièle Klein.

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Oliver Twist, rappelons le, est un orphelin élevé dans un hospice. Parce qu'il a osé demandé un peu plus de nourriture, l'enfant est placé comme apprenti chez un croque-mort d'où il s'enfuit avant d'être récupéré par une bande de voleurs. A plusieurs reprises, Oliver en échappe, recueilli par des bonnes gens chez qui il trouve le réconfort d'un foyer. Mais les bandits le retrouvent à chaque fois ... jusqu'à ce que le secret de la naissance d'Oliver Twist soit enfin révélé.

Adapter le roman de Dickens n'a pas dû être une chose aisée. Pour se faire une idée de l'épaisseur de l'ouvrage et de l'intrigue, il faut savoir qu'Oliver Twist a été publié sous forme de feuilleton dans un journal pendant deux années, entre 1837 et 1839. Alors forcément pour nous narrer cette histoire en moins de deux heures, les adaptateurs ont dû faire des choix.  L'épisode de l'orphelinat est ainsi rapidement esquissé et de nombreuses ellipses sont faites au départ. Passé ce rythme effreiné des premières minutes - où l'on peut parfois avoir du mal à suivre -  on se laisse totalement entrainer dans les péripéties que doit affronter Oliver.

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Photo © Ludo Leleu

Le brouillard londonien est là, les méchants hideux et cruels aussi. Il y a Monks alias Leeford (Adrien Michaux) et son rire machiavélique si bien réussi ; il y a aussi Fagin (François Decayeux) le maitre des voleur, vieillard répuyant. Tous deux parviennent effroyablement à réveiller nos peurs enfantines dans une atmosphère paradoxalement très réaliste. On croirait presque sentir l'odeur pestilentielle de la fange tant la reconstitution est réussie ... avec pas grand-chose pourtant : seulement deux échafaudages qui serviront de supports à tous les décors et quelques meubles au gré des scènes. Les moyens ont été mis sur la distribution avec - phénomène rare - une vingtaine de comédiens sur le plateau, musiciens et marionnettistes compris. Il n'en fallait pas moins pour incarner autant de personnages. 

Les chansons ponctuent le récit sans être omniprésentes, faisant de cette pièce un spectacle musical plutôt réussi avec un petit quelque chose qui nous rappelle L'Opéra de Quat'sous. Cet Oliver Twist vaut donc largement un petit déplacement à la Cartoucherie de Vincennes.


Oliver Twist d'après Charles Dickens, mise en scène Olivier Mellor. Avec Thomas Champlois et Léonard Jacquot (en alternance), Adrien Michaux, Stephen Szekely, François Decayeux, Rémi Pous, Marie-Béatrice Dardenne, Jean-Christophe Binet, Marie Laure Boggio, Dominique Herbet, Marie-Angèle Moreno, Boris Benezit, Séverin Jeanniard, Cyril Schmidt, Romain Dubuis, Louis Noble, Olivier Mellor, Jocelyne Durand. Au Théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes), le jeudi et le vendredi à 20h30, le samedi à 16h et 20h30, le dimanche à 16h, jusqu'au 28 juin 2015. Réservations au 01 48 08 39 74. Durée : 1h50.