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18 avril 2013

Le Petit Chaperon rouge revu par Joël Pommerat : reprise à la Maison des Métallos

"Les fourmis adorent qu'on leur raconte des histoires."

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Photos : Elisabeth Carecchio

Voilà déjà huit ans que Joël Pommerat a créé ce Petit Chaperon rouge. Un spectacle pour enfants (mais pas seulement), repris pour quelques semaines à la Maison des Métallos, à Paris. 

La pièce s'inspire bien sûr du conte mais Pommerat a un peu recentré le noeud de l'histoire. Plus que la peur du loup, c'est la solitude qui est au coeur de l'intrigue. La solitude de la petite fille, sans frère ni soeur et délaissée par une maman qui travaille trop ; la solitude de la grand-mère "qui est très vieille comme le sont souvent les vieux maintenant". 

le petit chaperon rouge,joël pommerat,rodolphe martin,murielle martinelli,isabelle rivoal,maison des métallos,theatre,critique,blogLa scénographie est épurée au maximum. Le plateau est vide mais les lumières ont été travaillées avec finesse. De petites touches d'éclairage, venues d'on ne sait où, qui mettent en valeur une partie ou l'autre de la scène.

Les effets sonores sont aussi très aboutis, comme le bruit des talons hauts de la maman. Cliquettis frénétiques pour mettre en avant le côté pressé du personnage. Pourtant, sur scène, la comédienne, hissée sur la pointe des pieds, ne porte pas de chaussures.   Les grognements du loup sont également très réalistes. Dans  le noir total la bête dévore ses proies et lorsque la lumière revient, on s'attend à découvrir un réel carnage !

La maman (et le loup) c'est Isabelle Rivoal. La comédienne est aussi danseuse et ce talent est pleinement exploité ici. Murielle Martinelli fait le grand écart entre la petite-fille et la grand-mère. Enfin, Rodolphe Martin  nous narre l'histoire. C'est à lui que revient la plus grande part du texte : les dialogues sont rares et une grande place est laissée aux mimiques et à la gestuelle.

La durée très courte de la pièce permet aux plus jeunes de ne pas décrocher. Les finesses dans le texte séduiront les plus grands. Alors si vous n'avez pas d'enfant, il ne vous reste plus qu'à emprunter ceux de vos voisins ... et si vous décidez d'y aller seul, promis on ne se moquera pas ! 

Le Petit Chaperon Rouge, création théâtrale de Joël Pommerat d’après le conte populaire. Avec Rodolphe Martin, Murielle Martinelli, Isabelle Rivoal. A la Maison des Métallos (Paris 11e) jusqu'au 5 mai 2013, mardi, jeudi et vendredi à 20 heures, mercredi et jeudi à 14h30, samedi 19 h et dimanche 16 heures (relâches le mardi 30 avril et le mercredi 1er mai 2013). Réservations : 01 47 00 25 20.
Tous publics à partir de 6 ans. Durée 45 min

10 avril 2013

Solness le Constructeur au Théâtre de la Colline, Les revenants au Théâtre des Amandiers : deux pièces de Henrik Ibsen à l'affiche

Le dramaturge norvégien Henrik Ibsen est doublement à l'affiche en ce mois d'avril : au Théâtre de la Colline, à Paris, Alain Françon s'attaque à Solness le constructeur tandis qu'au Théâtre des Amandiers à Nanterre, Thomas Ostermeier met en scène Les Revenants

Alain Françon connait bien le Théâtre de la Colline : à la fin des années 90, il en fut le directeur. Pour cette mise en scène de Solness, c'est à Vladimir Yordanoff qu'il a confié le rôle titre.  Mais celle sur qui se posent tous les regards, qui porte la pièce, c'est Adeline d'Hermy. Elle est Hilde, la jeune fille descendue de sa montagne pour retrouver l'architecte et lui rappeler sa promesse.

 Photo Elisabeth Carecchio

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La distribution est somptueuse : outre Vladimir Yordanoff et Adeline d'Hermy, on retrouve notamment Michel Robin et Adrien Gamba-Gontard, ex-pensionnaire de la Comédie-Française.  

Adeline d'Hermy est exceptionnelle : si la jeune comédienne avait déjà prouvé son talent sur la scène du Français (Peer Gynt ou Un Chapeau de paille d'Italie), elle explose littéralement dans cette pièce. Femme enfant, enjouée et vive, elle glisse quelque chose d'irréel dans son personnage, quelques grammes de magie, faisant de cette Hilde à la fois une fée et un lutin diabolique.

Il y a dans cette pièce beaucoup de symbolique. Ibsen fait appel à l'imagerie de l'enfance : un royaume, une tour, une princesse ... mais c'est pour mieux évoquer une condition perdue car cette pièce raconte aussi le déclin, la chute, l'échec. On ne peut devenir un autre, on ne réécrit pas le passé semble nous dire Ibsen. 

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Les Revenants, photo Marion Del Curto

Il est aussi question du passé dans Les Revenants. Un passé qui empoisonne les vivants, paralysés par le poids du secret et le carcan imposé par cette société puritaine de la fin du XIXe siècle.

Le Capitaine Alving était un homme admiré de tous. A sa mort, sa veuve a fait construire un orphelinat en sa mémoire. L'édifice est sur le point d'être inauguré et le Pasteur Manders s'est déplacé pour l'occasion. Mais au fil des confidences de Madame Alving, on découvre que le défunt était loin d'être un homme parfait. Alving n'était qu'un être violent et dépravé. Un non-dit qui ronge son fils Osvald de l'intérieur. Le jeune homme s'est épris de Régine, la bonne. Mais celle-ci est la fille naturelle du capitaine. 

Thomas Ostermeier est un amoureux de Ibsen. Il a déjà monté plusieurs de ses pièces, Hedda Gabler ou encore le magnifique  Un ennemi du peuple,  présenté au Festival d'Avignon en 2012. Le metteur en scène allemand a fait cette fois appel à des comédiens français : Eric Caravaca (Osvald), Valérie Dréville (Madame Alving) mais surtout Mélodie Richard (Régine) et François Loriquet (le pasteur)

Des corbeaux qui volent au dessus d'une lande apparaissent en vidéo sur les murs ; un plateau tournant nous permet de voir la scène sous des axes différents : Ostermeier est un adepte des scénographies à la technique poussée. Pour autant, on ne trouve pas dans Les Revenants ce trait de génie qui le caractérise habituellement. Le metteur en scène nous avait habitués à plus de panache et de folie. On reste un peu sur notre faim. 

Solness, le constructeur de Henrik Ibsen, mise en scène Alain Françon. Avec Gérard Chaillou, Adrien Gamba-Gontard, Adeline D’Hermy de la Comédie-Française, Agathe L’Huillier, Michel Robin, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff. Au Théâtre de la Colline, jusqu'au 25 avril 2013, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Réservations : 01 44 62 52 52 Durée 2h15

Les Revenants, d'après Henrik Ibsen, mise en scène Thomas Ostermeier, traduction, adaptation Olivier Cadiot et Thomas Ostermeier.  Avec Eric Caravaca,  Valérie Dréville,  Mélodie Richard,  Jean-Pierre Gos,  François Loriquet. Au Théâtre des Amandiers à Nanterre, jusqu'au  27 avril 2013, t ous les jours à 20h sauf le dimanche à 16h et le jeudi 19h30 (relâche le lundi ).  Réservations : 01 46 14 70 00 Durée : 1h40  
En tournée : à Douai les 6 et 7 mai 2013, à Nantes du 15 au 17 mai 2013, à Thonon les 23 et 24 mai 2013, à Quimper les 29 et 30 mai 2013, à Caen du 5 au 7 juin 2013 e à Montpelleir les 11 et 12 juin 2013.  

04 avril 2013

Das war eine schöne Party : une création de la toute jeune Compagnie Planches-Contacts

"Tout cela n'est pas le plan séquence d'un film ..."

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Das war eine schöne Party : derrière ce titre - version allemande de la chanson de France Gall Poupée de cire, poupée de son - se cache la dernière création de la toute jeune Compagnie Planche-contact, texte de Simon Diard et mise en scène de Clémence Gross.  Le spectacle, vu en début de semaine au Théâtre Marcellin Berthelot à Montreuil, sera présenté le week-end du 5 au 7 avril 2013 à Paris au Théâtre La Loge.

Trois comédiennes en scène :  Maya Boquet, Léopoldine Hummel et  Lenka Luptakova. Pas vraiment d'intrigue mais une scène, racontée par le menu détail. Celle d'une femme qui traverse une piscine et qui, au cours de cette longueur, va avoir un malaise et sombrer. Le temps se dilate et cet évènement, si cours si bref, est décortiqué, plan par plan, comme dans un film.

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L'idée peut sembler surprenante. Déconcertante même. Mais il n'en n'est rien. La scénographie reste minimaliste mais la bande son est soignée. On se laisse au final prendre par  cette contruction étrange. La qualité du récit y est pour beaucoup. Les trois comédiennes parviennent à maintenir un (faux)suspense. On se demande bien où tout cela va nous conduire, mais on accepte de jouer le jeu, un heure durant. Avec en sortant l'envie de suivre ces trois-là et leur metteuse en scène dans leurs prochaines créations. 

Das war eine schöne Party par la Cie Planches-Contacts. Mise en scène Clémence Gross, texte et collaboration artistique Simon Diard. Avec Maya Boquet, Léopoldine Hummel, Lenka Luptakova. A La Loge (Paris 7e), les 5 et 6 Avril 2013 à 20H00, le 07 Avril 2013 à 18H00. Réservations : 01 40 09 70 40