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03 juin 2013

Après avoir triomphé à Avignon l'année dernière, Marie Tudor (m.e.s Pascal Faber) est à l'affiche au Lucernaire jusqu'au 22 juin 2013

" Je veux qu'on ait peur, entends-tu, milord? qu'on trouve cela splendide,
ef
froyable et magnifique (...)"

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Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène de  Pascal Faber, est actuellement à l'affiche au Théâtre du Lucernaire. La pièce a été un des succès du festival Off d'Avignon 2012. Voici le billet que j'avais écrit alors : 

Une reine bafouée par son amant, une jeune fille trompée elle aussi par ce même homme avide. Un pauvre et honnête ciseleur pétri d'amour pour cette jeune fille qu'il a recueillie et élever sans savoir qui elle était. Voilà en quelques mots, l'intrigue (mal) résumée. Si vous ne connaissez pas l'histoire, tant mieux, vous ne prendrez que plus de plaisir à la découvrir au fil de la pièce. "Traiter Marie Tudor comme un véritable drame policier populaire, un thriller décomplexé" : voilà l'intention du metteur en scène Pascal Faber. Intention bien transposée : il y a un vrai suspense dans la mise en scène de ce drame passionnel.

Les décors sont sobres et l'ambiance soignée grâce aux lumières. Un lumière bleutée et du brouillard ne transportent sur les bords de la Tamise la nuit, pour le premier acte ; lumière plus rougeoyante ensuite, lorsque l'on est chez la reine. L'ensemble reste assez sombre, sombre comme ces intrigues de cour, ces luttes d'influences autour de la Reine d'Angleterre. Une parfaite fidélité au texte aussi même si le metteur en scène s'est affranchie de certaines didascalies.

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Mais ce qui fait la qualité de ce spectacle, c'est surtout le niveau de l'interprétation. Waouw ! Il y a de quoi avoir le souffle coupé. Qu'elle est belle cette Marie Tudor (Séverine Cojannot ce jour-là). Majestueuse et digne, puis passionnée et autoritaire. Il faut la voir tenir tête à son amant qui l'a trahie, lui rappeler qui elle est, lui signifier qu'elle a le pouvoir de faire se dresser l'échafaud. En gardant toujours des sanglots étouffés au fond de la voix tant cette décision est dure. Le reste de la distribution ne démérite pas, Pierre Azéma (Gilbert le ciseleur), Frédéric Jeannot (Fabiani) et Flore Vannier-Moreau (Jane) en tête.

Après ce passage à Paris, jusqu'au 22 juin 2013, la pièce sera à nouveau à Avignon dans le Off, du 6 au 28 juillet 2013 au Théâtre de l'Oulle à 12h30. 

Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène Pascal Faber. Avec Pierre Azéma, Séverine Cojannot, Stéphane Dauch, Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Flore Vannier-Moreau, Sacha Petronijevic, Christophe Borie. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17heures, jusqu'au 22 juin 2013. 

Un vent d'Orient souffle sur la Comédie-Française avec "Rituel pour une métamorphose" du Syrien Saadallah Wannous

« C’est de la magie. Je suis complètement éblouie. »

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Sensation d'être une mauvaise élève qui n'a pas fait ses devoirs : voilà deux semaines que j'ai vu Rituel pour une métamorphose à la Comédie-Française et je n'ai pas encore pris le temps de vous en parler. Pour me faire pardonner, vous trouverez dans ce billet une vidéo en prime. Après avoir vu la pièce en simple spectatrice, j'y suis retournée une seconde fois pour tourner un reportage pour France 3 Ile-de-France. 

Et ce fut plutôt un plaisir que de voir cette pièce - la première oeuvre de langue arabe à entrer au repertoire de la Comédie-Française - deux fois.  Sous des allures de conte, Rituel pour une métamorphose est un pamphlet politique. Son auteur, Saadallah Wannous utilise la société du 19e siècle pour mieux dénoncer la Syrie qu'il a connue, celle de Hafez El Assad dans les années 90 (la pièce a été écrite en 1994, Wannous est décédé en 1997). 

L'histoire en quelques mots : Abdallah (Denis Podalydes) est une figure politique de Damas. On le surprend dans une position compromettante avec Warda, la courtisane (Sylvia Bergé), ce qui lui vaut d'être directement conduit en prison. Le mufti (Thierry Hancisse), qui a dans un premier temps formenté cette arrestation, décide de sauver Abdallah. A-t-il peur que le pouvoir politique soit ébranlé par ce scandale ou veut-il profiter de la situation pour démettre le chef de la police ? Ses motivations restent obscures. Il parvient tout de même à ses fins en substituant à la courtisane l'épouse légitime, Mou'mina (Julie Sicard). Mais Mou'mina n'accepte qu'à une condition : être répudié pour retrouver sa liberté. Une liberté qu'elle entend utiliser à sa guise en devenant à son tour courtisane. Et quand la première dame de la cité devient une prostitué, c'est la société entière qui s'écroule.

Parallèlement à l'histoire de Mou'mina, les personnages secondaires en disent aussi beaucoup sur l'hypocrisie de cette société. Il y a Soumsom (Louis Arene), le travesti que tout le monde raille et désapprouve même si nombreux sont ceux qui l'on mis dans leur lit. Il y a aussi Afsah (Nazim Boudjenah) et Abbas (Eliot Jenicot), les deux fiers à bras, un peu plus que de simples compagnons d'armes ... Une pièce chorale donc qui trouve dans la troupe de la Comédie-Française les ressources nécessaires à sa pleine mise en valeur.

La mise en scène de Sulayman Al-Bassam nous entraine dans un conte des mille et une nuits sans toutefois tomber dans les clichés orientalistes. La "métamorphose" de Mou'mina / Almâssa est visuellement très forte : la jeune femme devient de plus en plus scintillante au fil de sa progression jusqu'à devenir un être métallique et immobile, véritable icône.

On est envoutés, hypnotisés par cette fable. Après avoir vu deux représentations, je pense qu'il y a encore des détails qui m'ont échappé tant la pièce est riche en symboles. Alors, si vous suivez mes conseils, n'hésitez pas : allez-y  mais surtout donnez-moi votre point de vue ensuite !

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, mise en scène et version scénique de Sulayman Al-Bassam, traduction et collaboration à la version scénique Rania Samara. Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arene. 
A la Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu'au 11 juillet 2013 .  Réservation : 0 825 10 1680. Durée  2h15 sans entracte.

22 mai 2013

Mises en capsules au Ciné XIII Théâtre : à la découverte des succès de demain ?

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Depuis lundi 20 mai, et pour trois semaines, les formes théâtrales très courtes sont à l'honneur au Ciné XIII Théâtre pour la 7e édition du Festival Mises en Capsules

Des formes courtes théâtrales ? Le principe du festival, c'est de présenter de très courtes pièces - une demi-heure chacune - écrites par de jeunes auteurs. Chaque soir, cinq pièces s'enchainent ainsi. A la fin du festival, l'une d'entre elles se verra offrir les moyens d'aller un peu plus loin, de se développer sous un format plus long. 

L'expérience a plutôt bien marché lors des éditions précédentes : Le Porteur d'histoire dont je vous ai déjà parlé et qui cartonne en ce moment au Studio des Champs-Elysées a été créé lors de ce festival.

Je ne vais pas vous faire de fausses promesses : toutes les pièces présentées ne sont pas de ce niveau là. Faire court, c'est compliqué : il faut réussir à présenter les personnages, créer une atmosphère, nouer et dénouer l'intrigue ...  en une demi-heure seulement, ça ne laisse pas la place aux approximations ! On sent bien que ces oeuvres auraient besoin de plus de temps pour réellement embarquer le spectateur. Pourtant au milieu de toutes ces pièces - 15 au total sont présentées en alternance pendant le festival - quelques unes suscitent un peu plus l'enthousiasme. Parmi les quatre pièces que j'ai pu voir, deux ont véritablement retenu mon attention.

Un jour quelqu'un que j'aime m'a dit tu me frappes avec tes yeux, pièce écrite par Anaïs Allais et Guillaume Gouix autour du personnage de Lester Bangs (un critique musical américain des années 70), nous interroge sur ce que c'est qu'être rock ou punk aujourd'hui. La forme de cette création peut un peu surprendre mais le texte est bien écrit et impeccablement interprêté par Guillaume Gouix, Fanny Touron et Benjamin Le Souef.  

Plus classique par la forme Un Boulevard dans la tête pourrait aisément, sous un format lon, tenir l'affiche. Ses trois auteurs et metteurs en scène, Martin Darondeau, Julien Labigne et Jordi Le Bolloc'h, nous entrainent dans l'imaginaire d'un auteur de théâtre qui n'ose pas se lancer. Et lorsque l'on a une pièce de boulevard en tête, qu'on réécrit sans cesse le début de l'intrigue, imaginez ce que cela peut donner si les personnages se matérialisent sous nos yeux. On rit beaucoup au cours de cette demi-heure qui a un goût de trop peu.

Quinze pièces en alternance, ça laisse pas mal de possibilités de découvrir une pépite ! Côté tarif, la formule pass à 36 euros (22 euros en tarif réduit) permet de tout voir sans casser sa tirelire. Voilà de quoi satisfaire les boulimiques de théâtre!

Festival Mises en Capsules au Ciné XIII Théâtre (Paris 18e), jusqu'au 8 juin 2013 du lundi au samedi, de 19h à 22h30. Réservations au 01 42 54 15 12.