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05 juin 2013

Boris Vian en chansons au Studio-Théâtre de la Comédie-Française

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"C'est bien plus bath
que l'foie gras en terrine"

On deviendrait presque accro à ces cabarets que nous propose régulièrement la Comédie-Française ! Cette fois, c'est Boris Vian qui est à l'honneur au Studio Théâtre

Sur la scène huit interprêtes. Serge Bagdassarian (qui signe aussi la direction artistique du spectacle), Véronique Vella,  Cécile BruneFlorence VialaFrançoise Gillard, Elsa Lepoivre et Stéphane Varupenne  sont des habitués de cet exercice ;  Jérémy Lopez, lui, se prête au jeu pour la première fois. Tous ont en commun de merveilleusement interprêter ces textes  - interprêter au sens théâtral du terme - nous faisant intensément ressentir les paroles. Laissons à d'autres les prouesses vocales désincarnées. Ici, on vit ce que l'on dit.

Il y a bien sur les tubes de Boris Vian comme La Complainte du progrès ("Mon frigidaire, mon armoire à cuillères, mon évier en fer et mon poêle à mazout...") interprêté façon bossa nova par Elsa Lepoivre et Stéphane Varupenne ; le non moins célèbre On n'est pas là pour se faire engueuler (Varupenne encore, en duo avec Jérémy Lopez) ou encore Fais moi mal Johnny (Françoise Gillard).

Il y a aussi les titres moins connu que l'on découvre avec un énorme plaisir : Mozart avec nous où il est question de chachacha sur l'air de la marche turque de Mozart (Véronique Véla) ou La Java des bombes atomiques interprêtées en coeur par la troupe. 

Le spectacle dure un peu plus d'une heure et l'on aurait envie que cela soit beaucoup plus long. Réjouissons-nous : la saison prochaine, ce n'est pas un mais deux cabarets qui nous seront proposés : reprise du cabaret Quatre femmes et un piano - joué quelques soirs seulement cette saison au Théâtre Ephémère -  mis en scène par Sylvia Bergé salle richelieu à l'automne et, au printemps 2014, au studio Théâtre, un Cabaret Brassens mis en scène par Thierry Hancisse. On a hâte !

Cabaret Boris Vian, direction artistique Serge Bagdassarian. Avec Véronique Vella, Cécile Brune, Florence Viala, Françoise Gillard, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Stéphane Varupenne, Jérémy Lopez et les musiciens : Benoit Urbain, Philippe Briegh, Florence Hennequin, Hervé Legeay. Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du mercredi au dimanche à 18h30, jusqu'au 30 juin 2013. Réservation : 0 825 10 1680.  

La Vénus au Phacochère au Théâtre de l'Atelier : Alexandra Lamy se révèle sur les planches

"Une femme qui bouge ça fait peur !"

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Reprise au Théâtre de l'Atelier du 6 juin au 6 juillet 2013. 

C'est une comédienne talentueuse que l'on découvre sur la scène du Théâtre de l'Atelier : Alexandra Lamy y incarne La Vénus au Phacochère. Révélée à la télé il y a plus de 10 ans par le programme court Un gars, Une fille, elle nous montre ici qu'elle a toute sa place sur les planches.

Seule en scène au milieu d'un enchevêtrement de chaises d'opéra, dans une mise en scène et une scénographie de Christophe Lidon (Pensées Secrêtes l'année dernière au Théâtre Montparnasse ou L'Intrus avec Claude Rich au Théâtre des Variétés en 2011), elle nous raconte un épisode de la vie de Misia Godebska (qui deviendra bien plus tard Misia Sert). La pianiste, muse de Renoir, Toulouse-Lautrec ou encore Vuillard - est alors l'épouse de Thadée Natanson, le directeur de La revue Blanche. On est en 1896 et Misia a quelques griefs contre son époux. Il a non seulement publié un texte très misogyne (De l'infériorité de la femme de Strinberg) mais il refuse en outre de suivre ses conseils et d'embaucher Bergson. Alors, pour le faire tourner en bourrique, Misia se prélasse en villégiature et refuse de revenir à Paris. Obtenant gain de cause pour Bergson, elle rentre pour assister à la première de Ubu. C'est là qu'elle rencontre Alfred Edwards. Le phacochère du titre, c'est lui. Le milliardaire est un vrai goujat qui n'hésite pas, dès leur rencontre, à lui faire la cour à la barbe de son mari.  Econduit mais persuadé d'arriver à ses fins, il va traquer la belle comme un chasseur traque sa proie.

On découvre cette histoire au travers des lettres échangées entre Misia, son mari, sa meilleure amie Geai et le répugnant Edwards. Alexandra Lamy nous en fait la lecture, interprêtant chacun des personnages. Une grosse voix pour Thadée, des accents snobs pour l'excentrique Geai ... l'actrice alterne les tons et les styles. Enjouée et malicieuse au début de la pièce, elle aborde ensuite un registre plus dramatique au fur et à mesure que le piège d'Alfred Edwards se referme sur Misia.

C'est là que la comédienne nous surprend le plus, prouvant qu'elle peut jouer autre chose que de la comédie. Une belle révélation qu'il serait dommage de manquer. Dépêchez-vous : les réprésentations s'achèvent le 16 février !

La Vénus au Phacochère de Christian Siméon, mise en scène Chrisophe Lidon. Avec Alexandra Lamy. Au Théâtre de l'Atelier jusqu'au 16 février 2013. Reprise du 6 juin au 6 juillet 2013.
Réservations : 01 46 06 49 24. 

04 juin 2013

"Le Dindon" de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien : reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin

"On a pas idée d'un pareil charivari !"

Article mis à jour le 4 juin 2013 (version initiale du 17 septembre 2011)
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Florence Müller, Guillaume Marquet et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

Après avoir triomphé au Théâtre de la Tempête et en tournée, Le Dindon de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien, est à l'affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Passage du public au privé donc pour ce spectacle nommé quatre fois aux Molières en 2011.

Des portes qui claquent : c'est un grand classique. Mais des portes qui se déplacent sur scène et tournoient à vous en donner le vertige,  j'avoue : c'est surprenant (bravo à Jean Haas pour le décor). Dès la scène d'exposition le ton est donné : une femme fuit, un homme la poursuit  et tourne, tourne, tourne le manège .... Pas juste un gadget technique mais un vrai ressort de mise en scène pour symboliser ce charivari : on perd pied en même temps que les personnages.

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Vous vous en doutez, dans l'hôtel où se retrouvent fortuitement l'ensemble des protagonistes, tout ne se passe pas comme prévu. Un zeste d'accent anglais, une provinciale sourde, une fille aux moeurs légères et bien sûr quelques commissaires pour constater les adultères... autant d'ingrédients qui renforcent encore plus ce méli-mélo.

Voilà pour l'intrigue dans les grandes lignes. Pour le reste, j'aurais bien dit qu'il y a dans cette mise en scène "une précision d'horlogerie" mais comme, pour Philippe Adrien, "il n'y a rien de plus chiant qu'une montre", je vais m'abstenir et plutôt citer à nouveau le metteur en scène pour qui "mettre en scène consiste aussi bien à mettre en ordre qu'en désordre". Une bien belle confusion sur scène donc, mais une confusion millimétrée et parfaitement rythmée. Quelques libertés avec les didascalies originelles, toutefois, mais cela tombe plutôt juste : les corps disent ce que les mots nous cachent, par des postures plus que suggestives. Je reste cependant un peu plus réservée sur le haka incongru au milieu de la pièce (mais on peut aussi considérer que cela illustre assez bien le combat de coqs auquel se livrent les mâles dans cette intrigue !)

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Pierre-Alain Chapuis et Mila Savic
Photo précédente : Eddie Chignara et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

 

Côté interprétation : du grand art. Douze comédiens sur scène avec en tête Eddie Chignara (Pontagnac), Pierre-Alain Chapuis (Vatelin) et Guillaume Marquet (Rédillon), Molière du jeune talent masculin pour ce rôle (et on comprend pourquoi !). Mais ce sont les demoiselles qui, à mon sens, brillent le plus : Alix Poisson en Lucienne Vatelin et Mila Savic, campant une Maggy Soldignac folle à souhait !

Un spectacle des plus réussis, vous l'aurez compris, que l'on ne saurait que vivement vous conseiller. 

Le Dindon de Feydeau, mise en scène de Philippe Adrien. Avec Vladimir Ant, Pierre-Alain Chapuis, Eddie Chignara, Bernadette Le Saché, Pierre Lefebvre, Guillaume Marquet, Florence Müller , Patrick Paroux, Alix Poisson, Juliette Poissonnier, Mila Savic et Dominique Gould. Au Théâtre de la Tempête, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservation au 01 43 28 36 36.

NB : la distribution semble avoir été légèrement modifiée pour cette reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin.