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18 juillet 2013

Avignon OFF / "Bien lotis" à la Manufacture : une comédie sociale sur l'habitat par Philippe Malone et Laurent Vaucher

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Photo Christophe Raynaud de Lage

Le duo Philippe Malone - Laurent Vaucher nous avait déjà séduit par sa critique sociale du monde de la grande distribution avec Lost in the Supermarket. Ils récidivent à Avignon dans le Off avec Bien lotis, fiction périurbaine, à l'affiche à La Manufacture. Cette fois, ce sont l'urbanisme et l'habitat qui sont au coeur de leur analyse de la société. 

Cela débute comme un jeu télévisé. Une sorte d'émission de télé-réalité où un couple, placé au milieu d'un décor reconstituant leur appartement, est interrogé sur ses souvenirs. Les voilà tous deux racontant leur emménagement dans une cité dans les années 60. Le présentateur tente ostensiblement d'orienter leur réponse, de faire correspondre leurs souvenirs aux clichés attendus. En vain: on découvrira même, en déroulant les années, que leur installation en pavillon n'a finalement pas atteint la hauteur de leur rêve. La cité, c'était aussi la solidarité et la convivialité.

C'est un pan entier de l'histoire sociale de la France qui est raconté par ce couple. L'urbanisme va de pair avec l'évolution de la société. L'économie, les opinions politiques : tout est finalement imbriqué. Avec les licenciements dans les usines et la montée du chomage, les banlieues deviennent des zones de désoeuvrement, en proie au trafic et à la violence. La zone pavillonaire, elle, se replit sur elle même. 

L'oeuvre est le fruit d'une résidence et d'une collecte de témoignages dans la cité radieuse de Briey-en-Forêt en Lorraine. La scénographie, elle, reconstitue parfaitement ce qu'il peut y avoir de pire dans les émissions télévisées raccoleuses, jingle kitsch sur écran géant compris. La pièce est au final une vraie comédie sociale qui nous fait rire tout en nous faisant pas mal réfléchir.  

Bien lotis, fiction périurbaine de Philippe Malone, mise en scène de Laurent Vacher. Avec Christian Caro, Corrado Invernizzi, Martin Selze, Marie-Aude Weiss. A La Manufacture à Avignon, tous les jours à 12h45 jusqu'au 27 juillet 2013.  Réservations au 04 90 85 12 71 . Durée 1h40 (la durée prend en compte l'aller-retour en navette de La Manufacture à la Patinoire. 

17 juillet 2013

Avignon Off / Dans les pas d'Alexandre le Grand avec Le Tigre Bleu de l'Euphrate (Petit Louvre)

"Ne faire qu'un avec le galop de Bucéphale"

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C'est un récit épique que nous propose le théâtre du Petit Louvre à Avignon. Gilles Chavassieux y met en scène Le Tigre Bleu de l'Euphrate de Laurent Gaudé, un long monologue racontant l'épopée d'Alexandre le Grand vers l'Asie.

Elève d'Aristote et roi de Macédoine, Alexandre le Grand est sans doute le plus grand conquérant de l'histoire. Son expédition vers l'Est, au IVe siècle avant J.C, le conduira jusqu'au rives de l'Indus. Le tigre du titre, c'est une sorte d'animal totem, une apparition qu'Alexandre avoue avoir suivi comme un guide. Au soir de sa vie, à 32 ans à peine, le guerrier se livre, dialogue avec la Mort. Yannick Laurent incarne le monarque tandis qu'à ses côtés la percussionniste Yi-Ping Yang crée un magnifique décor sonore.

 

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Le texte de Laurent Gaudé est magnifique. Comme à son habitude, dans ses romans comme dans ses pièces, le lauréat du prix Goncourt 2004 emploie un langage très poétique. Les mots sont soigneusement choisis pour nous livrer l'ivresse de la conquête, nous donner à voir les paysages que découvre Alexandre.

Sur scène, Yannick Laurent déclame ce texte, le regard souvent perdu à l'horizon, immobile la plupart du temps. On savoure les mots mais on regrette une interprétation un peu trop désincarnée : on aurait aimé être un peu plus saisi aux tripes. Le travail de Yi-Ping Yang maniant grelots, clochettes, tambour et cymbales tout au long du spectacle est lui tout à fait hypnotisant. Il nous semble entendre les sabots de Bucéphale heurter le sol et les eaux de l'Euphrate murmurer au loin. 

Le Tigre Bleu de l'Euphrate de Laurent Gaudé, mis en scène de Gilles Chavassieux. Avec Yannick Laurent et Yi-Ping Yang. A 15h55 au Théâtre du Petit Louvre à Avignon jusqu'au 28 juillet 2013.
Réservations au 04 32 76 02 79. 
Durée 1h10
Le texte est publié aux éditions Actes Sud Papiers 

15 juillet 2013

Avignon OFF / La Carte du temps : les conflits au Moyen-Orient sous la plume de Naomi Wallace

"Comme une brulure"

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Photo Lot

Trois courts récits qui nous parlent des hommes et des femmes au coeur de la guerre : avec La Carte du Temps, Naomi Wallace replace l'Homme au centre de l'Histoire, au delà des images télévisés auxquelles nous nous sommes peu à peu habitués. Le spectacle, mis en scène par Roland Timsit, est à l'affiche du Théâtre des Halles à Avignon.

Une femme palestinienne vient en aide à un jeune soldat israélien apparemment égaré au milieu d'un zoo. Un père de famille palestinien veut absolument rencontrer une infirmière israélienne qui a subi une transplantation cardiaque. Un colombophile irakien nous raconte sa passion tout en faisant de larges digressions sur le reste de sa vie. Voilà les héros de Naomi Wallace. Des personnages inspirés de faits réels, de vrais gens en somme, broyés par un conflit qui les dépasse. Tous ont en commun de vouloir dépasser le manichéisme de la guerre. Pas de gentils ni de méchants, juste des être en souffrance qui vont par leur humanité tenter d'être plus fort que la monstruosité ambiante. Avec leurs mots, leur démarche à contre-courant, ils disent non à la haine, la vengeance. 

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Photo Lot

La dramaturge américaine nous avait déjà saisis avec Une puce, épargnez-là, pièce entrée au répertoire de la Comédie-Française au printemps 2012. Parler de ce qui dérange, avec des mots parfois très durs, choisir des personnages en rupture avec les normes sociales : on retrouve ces aspects dans La Carte du Temps

Naomi Wallace parvient une fois de plus à nous toucher.  La mise en scène de Roland Timsit est sobre, laissant le texte vivre par lui-même.  Même s'il y a une certaine douleur à entendre cela, une certaine gêne face aux souffrances endurées, une forme de poésie se dégage de ces trois récits. Le troisième en particulier, intitulé Un monde qui s'efface. Un long monologue magistralement interprété par David Ayala que l'on connaissait plutôt dans un registre comique (La Comédie des erreurs de Shakespeare, mise en scène par Dan Jemmett). Au travers de l'histoire des pigeons qu'il élevait jadis avec amour, cet habitant de Bagdad nous décrit surtout comment sa vie a basculé à cause de la guerre - celle de 1991 -  puis de l'embargo. Bouleversant, sans mièvrerie ni bons sentiments. 

La Carte du Temps de Naomi Wallace (traduction Dominique Hollier), mise en scène Roland Timsit. Avec David Ayala, Charles Gonzalès, Dominique Hollier, Daniel Martin, Thibault Mullot, Afida Tahri, Roland Timsit. Tous les jours à 16H30, jusqu'au 28 juillet 2013 (relâche le 17) au Théâtre des Halles à Avignon.  Durée 1h35