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18 septembre 2013

Macbeth de Shakespeare / Laurent Pelly / Théâtre des Amandiers (Nanterre)

"C'est un glas qui t’appelle au ciel ou en enfer"

L'affiche toulousaine nous avait fait saliver : Macbeth de Shakespeare, mis en scène par Laurent Pelly avec dans le rôle titre Thierry Hancisse, accompagné de Marie-Sophie Ferdane et Emmanuel Daumas. Le déplacement dans la ville rose ne fut finalement pas nécessaire : le spectacle est programmé au Théâtre des Amandiers à Nanterre jusqu'au 13 octobre 2013.

Pelly, Hancisse, Ferdane ... le trio a déjà collaboré pour l'Opéra de quat'sous à la Comédie-Française. Le metteur en scène toulousain a cette fois entraînés les deux comédiens loin de la maison de Molière. Et cette distribution est un coup de maître. Si l'on ne doutait pas un seul instant du talent de Thierry Hancisse, Marie-Sophie Ferdane, dans le rôle exigent de Lady Macbeth (l'un des plus durs du répertoire disent les anglo-saxons) se révèle comme une grande comédienne, passant de la détermination froide à la folie. 

Choix de costumes contemporains pour cette intrigue qui se déroule, rappelons-le, au XIe siècle. Macbeth, guerrier triomphant, est le thane - comprenez le seigneur - de Glamis. De retour du combat, il rencontre trois sorcières qui l'interpellent sous le titre de thane de Cawdor et de roi. Or, quelques instants plus tard, il se voit effectivement récompensé de ses efforts au combat par le titre de thane de Cawdor ... Il n'aura de cesse alors que de faire se réaliser le reste de la prophétie, poussé en cela par son épouse, l'impitoyable Lady Macbeth.

La soif du pouvoir et la folie qui en découle : les thèmes centraux de cette pièce se retrouvent dans la scénographie. Un trône bien trop grand, des murs qui se déplacent au fil des scènes comme un labyrinthe ... Les lumières sont extrêmement travaillées, jouant souvent le contre-jour et transformant ainsi les comédiens en ombres sur l'avant-scène. C'est graphiquement très beau mais aussi très oppressant. Au loin, le tonnerre gronde. 

Pas toujours évident de maintenir le public en haleine pendant 3h20. Laurent Pelly réussit à nous captiver jusqu'au bout faisant presque de cette histoire un thriller. Hypnotisant.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène, scénographie et costumes Laurent Pelly. Avec Thierry Hancisse de la Comédie-Française, Marie-Sophie Ferdane, Pierre Aussedat, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Eddy Letexier, Régis Lux, Laurent Meininger, Ronan Rivière, Fabienne Rocaboy, Jean-Benoît Terral,Damien Vigouroux. Au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu'au 13 octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le jeudi à 19h30 et le dimanche à 15h30 (relâche lundi). Réservations au 01 46 14 70 00 

17 septembre 2013

L'Ecole des femmes de Molière / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Oui mais qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche
on rie aussi de lui."

Il y a de nombreuses façons de monter L'Ecole des Femmes. On peut en faire une pièce sombre façon fait divers sordide où Arnolphe serait un tortionnaire qui séquestre une enfant. On peut aussi faire rire avec cette histoire : c'est le choix de Philippe Adrien qui met en valeur la farce dans la pièce de Molière. A voir au Théâtre de la Tempête jusqu'au 27 octobre 2013.

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Photo Laura Mariani

La scénographie est des plus élégantes. Sur l'avant-scène, un chemin de gravier. Un parquet en bois clair et un petit champ planté de choux occupent le milieu du plateau. C'est la demeure d'Arnolphe, séparée de la rue par un mur invisible. Pour y accéder, on emprunte au choix une porte à jardin ou une autre à cour. Tout au fond, dissimulée derrière un tulle qui devient opaque lorsque la lumière décroit, il y a la chambre d'Agnès, cellule de couvent ou la jeune fille est recluse comme une novice.

Tout cela est très lumineux, à l'image de cette mise en scène. Loin d'être effrayant, Arnolphe (Patrick Paroux) devient ici le dindon de la farce, personnage ridicule aux dépens de qui on rit. Agnès, elle, est lumineuse d'intelligence. Valentine Galey qui incarne la jeune fille est la révélation de cette pièce. Elle esquive avec merveille le piège de la mièvrerie pour nous livrer une Agnès, pleine de bon sens et d'aplomb malgré son éducation.

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Photo Laura Mariani

Mimiques, portes qui claquent, personnages caricaturaux  comme ce notaire bourré de tics nerveux ou Enrique et Oronte, les pères d'Agnès et Horace, relookés en Quakers (ou peut-être s'agit-il d'Amish, je ne sais pas exactement) : tout est fait - et bien fait - pour que l'on rit. 

Le rire, c'est ce qui a guidé Philippe Adrien dans cette mise en scène, comme dans celle du Dindon de Feydeau il y a deux ans. Le directeur du Théâtre de la Tempête explique son travail dans la vidéo suivante (réalisée par Visioscène). 

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien. Avec Raphaël Almosni, Vladimir Ant, Gilles Comode, Pierre Diot, Joanna Jianoux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre et Patrick Paroux. Au Théâtre de la Tempête, juqu'au 27 Octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36 

 

12 septembre 2013

Invisibles de Nasser Djemaï / Au Théâtre 13 puis en tournée

"Ça te tombe sur la gueule
comme une brique"

Parler de ceux que l'on a oubliés au fond de leur foyer Sonacotra : voilà la tâche que s'est fixée Nasser Djemaï. Avec Invisibles - dont il signe le texte et la mise en scène - il nous raconte la douloureuse histoire des chibanis*, ces travailleurs immigrés, aujourd'hui retraités, coincés en France pour faire valoir leurs droits à la retraite. Après le Théâtre 13, la pièce est reprise au Théâtre des Quartiers d'Ivry du 5 au 15 mars 2014.

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Photo : Philippe Delacroix

Combien sont-ils à Belleville, en Seine-Saint-Denis ces oubliés ? Impossible à dire ... Sur la scène, ils sont cinq, dans un décor fait de meubles en formica. Autour de la table, on joue au domino, on se raconte des souvenirs. Un univers bien réglé dans lequel fait irruption Martin. Le jeune homme vient de perdre sa mère. Dans une dernière lettre, cette dernière lui a livré l'adresse de ce foyer, début de piste pour trouver des informations sur un père inconnu.

Par les yeux de ce trentenaire, on découvre le quotidien des chibanis. Comme lui, on est émus par leur sort, leur difficultés pour subsister. On est révoltés aussi par cette impasse administrative : de faibles retraites complétées par le minimum vieillesse. S'ils rentrent chez eux, ils perdront ce complément et leur couverture de santé, et ce, malgré de longues années de labeur, souvent dans des métiers pénibles. Il y a aussi ceux  dont les dossiers sont incomplets, documents perdus ou employeurs peu scrupuleux... Alors ils restent ici, dans le confort spartiate de chambres de 5 mètres-carré avec sanitaires en commun. 

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Photo : Philippe Delacroix

Pour construire ce récit poignant, Nasser Djemaï a patiemment collecté des témoignages dans les foyers. Pas facile de faire se délier les langues : à force d'être oubliés de tous, les chibanis ont appris à devenir invisibles. L'auteur - metteur en scène a su comprendre et nous transmettre leurs douleurs. Celle d'avoir laissé leur famille de l'autre côté de la Méditerranée, de ne pas avoir vu grandir leurs enfants, de ne rentrer chez eux que quelques semaines en été, d'économiser au maximum pour envoyer un mandat chaque mois. La douleur aussi d'avoir été un peu floués, de se retrouver vieux et pauvres dans un pays étranger en ayant travaillé toute sa vie. L'histoire de Martin n'est pas le cœur de la pièce, simplement une passerelle pour pénétrer ce monde clos.

Reportage réalisé pour France 3 Ile-de-France
(rédaction : Isabelle Dupont, images : Audrey Natalizi, son : Mohamed Chekoumy)

Ce récit est poignant mais pas larmoyant. En partie grâce aux comédiens Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Azize Kabouche et Kader Kada qui insufflent à ces hommes une grande dignité. Lounès Tazaïrt lui incarne Driss, personnage le plus attachant de la pièce. Loin d'être aigri, le vieil homme est un être lumineux, rempli  de bienveillance. Un personnage positif qui parvient, au milieu de ce sujet difficile, à apporter une bouffée d'optimisme. C'est là toute la force de cette pièce.

*En arabe, le mot veut dire "cheveux blancs".

Invisibles, texte et mise en scène Nasser Djemaï. Avec David Arribe, Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Azize Kabouche, Kader Kada, Lounès Tazaïrt et la participation de Chantal Mutel. 
Au Théâtre 13 / Jardin (métro Glacière) mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30, jusqu'au 20 octobre 2013. Durée 1h40

Les dates de la tournée
> Théâtre Firmin Gémier / La Piscine – Châtenay-Malabry 26 novembre 2013 
> ATP, Gare du midi – Biarritz 5 décembre 2013
> Théâtre Romain Rolland – Villejuif 13 décembre 2013
> Fontenay en scènes – Fontenay-sous-bois 5 février 2014
> Théâtre des Quartiers d’Ivry du 5 au 15 mars 2014
> Théâtre du Cormier – Cormeilles-en-Parisis 25 mars 2014
> Théâtre de Goussainville 27 mars 2014
>  Espace culturel Boris Vian – Les Ulis 6 mai 2014
> Théâtre de Rungis 16 mai 2014

hors IDF
> Théâtre Théo Argence – Saint-Priest 21 mars 2014
> Salle CO2 – La Tour de Treme, Suisse 5 avril 2014
> Théâtre Beno Besson – Yverdon-les-Bains, Suisse 8 avril 2014
> Théâtre de Vevey – Suisse 11 avril 2014
> Théâtre national – Nice 17 et 18 avril 2014
> Théâtre La Colonne – Miramas 23 mai 2014 

 

Pour aller plus loin ...

Une mission parlementaire sur les "immigrés âgés" a remis un rapport cet été. Parmi les pistes proposées : une allocation remplaçant le minimum vieillesse pour permettre à ces retraités de rentrer chez eux.