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12 janvier 2014

Le Jeux des 1000 euros / Bertrand Bossard / Théâtre de la Commune - Aubervilliers

 "Il parait qu'on lisait des livres,
allongés sur des transats au soleil"

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© Marc Daniau

Imaginez un monde où la culture serait inexistante, pire totalement prohibée ... Voilà l'univers dans lequel nous entraîne Bertrand Bossard avec Le Jeu des 1000 euros, présenté au Théâtre de la Commune à Aubervilliers.

La pièce est bien évidemment un hommage au jeu du même nom, diffusé chaque jour sur France Inter depuis 1958. Un hommage, que dis-je un panégyrique ! Car le point de départ du monde chaotique qu'imagine Bertrand Bossard, c'est la disparition du jeu. Pour rétablir l'harmonie et l'équilibre, la seule solution est donc d'organiser, clandestinement, un enregistrement de cette émission ... Et pour cela, il faut d'abord retrouver le xylophone, véritable signature sonore de l'émission mythique. Deux cosmonautes s'y emploient en lever de rideau, hommage appuyé à 2001, l'Odyssée de l'espace de Kubrick. L'enregistrement peut alors commencer, avec l'aide du public. 

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© Christophe Raynaud de Lage

Vous l'imaginez : cet enregistrement là, ne va pas vraiment se dérouler comme prévu. Avec leur question, ces deux archéologues révolutionnaires vont remettre en route les cerveaux trop longtemps endormis et provoquer ainsi des réactions en chaine ... pour nous conduire jusqu'à l'intérieur du cerveau du philosophe Gilles Deleuze.

Avec humour, Bertrand Bossard et ses comparses nous interrogent sur la place de la culture dans notre société et tirent le signal d'alarme avec ce scénario cauchemardesque. L'émission de France Inter devient ainsi un étendard, une tradition que l'on espère immuable à l'heure où l'appauvrissement intellectuel règne partout. Alors s'il vous arrive parfois, un peu avant 13 heures, seul dans votre cuisine ou au volant de votre voiture, d'exhorter des inconnus à poursuivre le jeu en hurlant "Banco, banco, banco...", ce spectacle vous charmera à coup sûr. 

Le Jeu des 1000 euros d’après l’émission de France Inter, texte et mise en scène Bertrand Bossard. Avec Louise Belmas, Vincent Berger, Bertrand Bossard et Benjamin Farfallini. Au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, jusqu'au 1er février 2014, mardi et jeudi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, samedi à 18h, dimanche à 16h. Réservations au 01.48.33.16.16. Durée environ 1h20

En tournée : 
11 et 12 février 2014 au Quartz – Scène nationale de Brest 
25 février 2014 au Carré Magique, Lannion Trégor 
27 et 28 février 2014 au Théâtre du Pays de Morlaix 
16 mai 2014 à Le Théâtre – Scène nationale de Macon, Val de Saône 

11 janvier 2014

Seul dans Berlin? de René Fix / Claudia Morin / Le Lucernaire

" La lutte commence ..."

Un même roman pour deux adaptations théâtrales, à quelques jours d'intervalles : Seul dans Berlin de Hans Fallada sera proposé au Lucernaire et au Théâtre des Amandiers* de Nanterre en ce mois de janvier 2014. Au Lucernaire, c'est René Fix qui signe l'adaptation de ce roman allemand de l'après-guerre, choisissant d'ajouter un "?" au titre. Une adaptation pour trois comédiens, mise en scène par Claudia Morin. 

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L'histoire est belle, émouvante mais cette adaptation, resserrée autour de trois personnages et expédiée en 1h10, nous laisse un peu sur notre fin. Les scènes s’enchaînent dans la cuisine des Quangel et les ellipses sont très (trop ?) nombreuses. La personnalité de chacun est à peine esquissée et le tout prend une dimension anecdotique plus que véritablement tragique. Seul le personnage du commissaire de police (Jean-Paul Dubois) apporte un peu de relief à cette histoire. Petite déception donc malgré la belle prestation des trois comédiens...

Seul dans Berlin ? de René Fix, librement adapté du roman Seul dans Berlin de Hans Fallada, mise en scène Claudia Morin. Avec Marc-Henri Boisse, Jean-Paul Dubois, Claudia Morin. Au Théâtre du Lucernaire, jusqu'au 1er mars 2014, du mardi au samedi à 18h30. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée : 1h10. 

A noter, au Théâtre des Amandiers, c'est une version de 4h15 avec 11 comédiens qui sera proposée par Luk Perceval et Christina Belligen (en allemand surtitré)  du 29 janvier au 2 février 2014

08 janvier 2014

L'Epreuve de Marivaux / Clément Hervieu-Léger / En tournée

 " − Vous m'aimez donc ?
− Ai−je jamais fait autre chose ? "

loïc corbery, audrey bonnet, daniel san pedro, clement hervieu-leger, marivaux, l'epreuveLoic Corbery, Audrey Bonnet et Daniel San Pedro dans "L'Epreuve" © Brigitte Enguerand

Qu'est-ce qui fait qu'une pièce est une réussite ? Sur le papier, c'est simple : il suffit d'un beau texte, de comédiens talentueux et d'une bonne mise-en-scène. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, c'est plus compliqué. Il faut aussi qu'il y ait une alchimie avec le spectateur, un ingrédient mystère,  non quantifiable, qui déclenche chez le public des émotions. Qui fait que, dans notre fauteuil, l'on souffre et l'on se réjouit avec les protagonistes, que l'on ressent des papillons dans l'estomac quand ils sont heureux et que des nœuds de stress se forment en nous quand la tension naît sur scène. Parfois - quand cette alchimie est vraiment là - on se surprend à encourager mentalement les personnages pour qu'ils déclarent leur amour, oubliant un instant que le texte a été écrit il y a fort longtemps et que l'on connaît déjà le dénouement.

L'Epreuve de Marivaux, mise en scène par Clément Hervieu-Léger, réussit parfaitement cela. J'ai vu la pièce en 2012 au Théâtre de l'Ouest-Parisien, à Boulogne. Elle est actuellement en tournée - à Versailles et à Aix-en-Provence notamment - et je ne saurais que trop vous conseiller d'y aller. 

L'Epreuve est une histoire de duperie, comme Le jeu de l'amour et du hasard. Il y est aussi question de tester la véracité de l'amour, par delà les intérêts financiers. Mais ici, on n'est plus dans la légèreté du jeu mais dans la douleur. Lucidor, jeune homme riche, est tombé amoureux d'Angélique, la fille du domaine où il est en convalescence. Avant de la demander en mariage, le jeune homme veut être sûr des motivations de la belle et met en place un cruel stratagème. Au comble de la souffrance, elle qui aime simplement, n'imagine pas une seule seconde que l'on puisse recourir à un tel artifice : qui peut avoir assez de cruauté pour agir ainsi ...

Dans ce face-à-face amoureux, la mise-en-scène de Clément Hervieu-Léger est parfaite : les silences mesurés nous font  ressentir avec justesse l'émotion ; la proximité des corps des deux comédiens clame l'amour que les mots n'avouent pas. Audrey Bonnet et Loïc Corbery sont merveilleux. Elle est à la fois douce et grave, ses émotions nous bouleversent. Lui, généralement plein de vie et de fougue (je fais soft cette fois mais vous connaissez désormais mon IMMENSE admiration pour ce comédien...), campe ici un jeune homme malade qui tient à peine sur ses jambes. Clément Hervieu-Léger va plus loin dans l'interprétation du texte, nous laissant penser que la mort est proche ...

Le reste de la distribution est également irréprochable. Stanley Weber - que le grand public a pu découvrir dans la série télé Borgia diffusée sur Canal + - nous démontre qu'il est aussi talentueux sur les planches que sur le petit écran. Sous les traits de Maître Blaise, fermier au phrasé rustique, il dévoile sa fibre comique. Nada Strancar (Madame Argante), Adeline Chagneau (Lisette) et Daniel San Pedro (Frontin) complètent cette belle équipe.

Laisser le spectateur un peu rêveur, un peu songeur lorsque le rideau tombe : c'est aussi cela une pièce réussie. Je ne vous félicite pas Monsieur Hervieu-Léger : c'est à cause de gens comme vous que le théâtre devient une vraie addiction! 

L'Epreuve de Marivaux, mise-en-scène de Clément Hervieu-Léger de la Comédie-Française. Avec Audrey Bonnet, Adeline Chagneau, Loïc Corbery de la Comédie-Française, Daniel San Pedro, Nada Strancar et Stanley Weber.  Au Théâtre Montansier à Versailles, les 14 et 15 janvier à 20h30. 
Au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence, du mardi 21 au vendredi 24 Janvier 2014 à 20H30 sauf Mercredi 22 à 19H.