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20 janvier 2014

Corps étrangers de Stéphanie Marchais / Thibault Rossigneux / Théâtre de la Tempête

"La mue d'un homme ne dit rien de ce qu'il fut."

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Photo © Antonia Bozzi

En ce début d'année, le Théâtre de la Tempête s'interroge sur ce qu'est un homme. Question philosophique à laquelle tentent de répondre deux pièces : Homme pour homme de Brecht (nous en reparlerons plus tard) et Corps étrangers de Stéphanie Marchais, mise en scène signée Thibault Rossigneux.

Corps étrangers nous raconte l'histoire d'O'Well, le pauvre géant bossu et solitaire. Il y a bien longtemps, O'Well a perdu sa fille de 10 ans mais il continue à converser avec la défunte, sa seule confidente. Un personnage en marge qui va devenir la proie de deux hommes. Mac Moose, son voisin, voudrait bien étendre sa boutique d'apothicaire vers la maison d'O'Well. Hunter, médecin anatomiste, est lui fasciné par la carcasse mystérieuse du géant et ne rêve que d'une chose : posséder ce corps, pour le dépecer, en comprendre la construction. Une fascination qui tourne à l'obsession, la folie. L’apothicaire et l'anatomiste vont donc s'allier pour assassiner le géant. La morale finale nous apprendra qu'un homme ne se résume pas à son enveloppe charnelle, que l'anatomie n'explique rien.

La solitude est au cœur de ce texte : les personnages se croisent plus qu'ils ne se rencontrent et il n'y a que peu de dialogues entre eux. Les longs monologues nous livrent les états d'âme de chacun. Du médecin torturé à la fillette défunte décrivant par le menu détail les limbes.

Si l'intrigue s'étire un peu en longueur, l'ambiance glauque et sombre créée par Thibault Rossigneux est magistrale. Un odeur d'humus accueille le spectateur : la scène est recouverte de terre. Les nappes de brouillard, le clair obscur : on est dans un tableau de Georges de La Tour, dans un conte de Tim Burton. Un dix-neuvième siècle angoissant entre misère sociale et hommes de sciences peu scrupuleux. On se dit que Jack l'éventreur pourrait surgir au coin de la scène.

Corps étrangers de Stéphanie Marchais, mise en scène Thibault Rossigneux. Avec Laurent Charpentier, Philippe Girard, Géraldine Martineau, Daniel Blanchard, Christophe Ruetsch (création sonore). Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 16 février 2014, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30. Réservations au 01 43 28 36 36. Durée 2h.

16 janvier 2014

Deux hommes jonglaient dans leur tête / Roland Auzet et Jérôme Thomas / Le Monfort

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Deux hommes jonglaient dans leur tête : voilà un titre à la fois explicite et obscur. Roland Auzet et Jérôme Thomas - les deux hommes en question - s'installent avec leurs instruments étonnants au Monfort.

Ici et là sur la scène, d'élégants objets de bois. Ces machines pourraient être sorties de l'imagination de Léonard de Vinci. Au milieu de cette installation : Jérôme Thomas,jongleur , et Roland Auzet, virtuose de la percussion. Dans une semi-obscurité, vêtus de très chics costumes-cravates et sans échanger un seul mot, les deux hommes enchaînent les démonstrations d'une machine à l'autre. Les percussions impulsent le rythme au jonglage, le jonglage lui-même devient percussion. 

La technique est impressionnante : les deux compères parviennent même à créer des illusions d'optiques tant ils sont rapides. Des miroirs et des lumières magnifiques sont aussi là pour les y aider. Jérôme Thomas nous démontre que l'on peut jongler avec tout - des plumes comme des grelots - et Roland Auzet que tout est musique.

Le spectacle est ainsi autant visuel et sonore. Toutes ses machines en bois produisent du son : dans leurs entrailles, des tringles métalliques, des carillons ... leur corps sert de caisse de résonance. On peut être fascinés en voyant cela mais il s’exhale aussi de la scène une certaine tension et la frénésie des deux hommes vire un peu à la cacophonie: des sons de toute part qui en deviennent assourdissants lorsque, comme pris de folie, ils animent toute cette machinerie en même temps.  

Deux hommes jonglaient dans leur tête, conception et interprétation Roland Auzet et Jérôme Thomas. Au Monfort Théâtre, jusqu'au 1er février 2014, du mardi au samedi à 20h45, le jeudi 23 janvier à 14h30. Réservations au 01 56 08 33 88.  Durée : 1h. 

13 janvier 2014

Agence de Voyages imaginaires : Le Bourgeois gentilhomme d'après Molière / Philippe Car / Théâtre 13 Côté Seine

"Je rêve de voyager tout le temps"

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Photo : Elian Bachin

En ce début d'année un peu gris, le Marseillais Philippe Car et sa compagnie installent leur Agence de Voyages Imaginaires à Paris, au Théâtre 13 Côté Seine, et transposent trois grands classiques dans des contrées lointaines. Pour commencer : Le Bourgeois Gentilhomme, d'après Molière, révisé à la sauce nippone. 

Voici donc un Monsieur Jourdain (Philippe Car) en kimono qui accueille ses professeurs. Maîtres de musique, de philosophie, d'armes ... autant de marionnettes manipulées par des comédiens vêtus de noir.  Il en sera de même pour tous les personnages, à l'exception de Monsieur Jourdain donc et de Lucile et Cléonte, le couple de jeunes premiers. Des marionnettes de tous les styles et de toutes les tailles. Les domestiques, Nicole et Covielle, sont des poupées de chiffons ; Madame Jourdain, un mannequin à roulettes tout comme la marquise. Le plus exceptionnel : Dorante, incarné par un robot téléguidé. Les cinq comédiens jonglent d'une marionnette à l'autre, assurent les bruitages sous nos yeux, jouent de la musique. L'humour est omniprésent, dans les répliques, les mimiques.

Il y a quelque chose de jubilatoire à voir cela. On retombe en enfance devant ce bric-à-brac ! Le paradoxe de cette mise en scène : personnage de chair et de sang, Monsieur Jourdain, est le plus manipulé de tous, joli clin d'oeil symbolique. 

Après ce Bourgeois gentilhomme, l'Agence de Voyages Imaginaires proposera deux autres spectacles au Théâtre 13 d'ici mi-février : Sur le chemin d'Antigone et El Cid !

Le Bourgeois Gentilhomme de Philippe Car et Yves Fravega d'après Molière. Avec Philippe Car, Valérie Bournet, Nicolas Delorme, Claire Leyat, Vincent Trouble. Au Théâtre 13 Côté Seine, jusqu'au 19 janvier 2014, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30 (1h20 sans entracte). 

Les deux autres "destinations" proposées par l'Agence de Voyages Imaginaires :
Du 22 janvier au 2 février 2014 : Sur le chemin d'Antigone de Philippe Car et Valérie Bournet, d’après Sophocle (1h20 sans entracte)
 

Du 5 au 16 février 2014 : El Cid ! de Philippe Car et Yves Fravega d'après Pierre Corneille  (1h20 sans entracte)