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12 mars 2014

A Portée de crachat de Taher Najib / Laurent Fréchuret / Théâtre du Rond-Point

"Autant mourir en martyr
sur le chemin du théâtre"

FireShot Screen Capture #037 - 'wents-users_cccommunication_biz_153539_docs_a_portee_crachat_pdf' - wents-users_cccommunication_biz_153539_docs_a_portee_crachat.jpgVue à Avignon dans le Off en 2012, la pièce A portée de crachat de Taher Najib, mise en scène de Laurent Fréchuret, est actuellement à l'affiche au Théâtre du Rond-Point. Un seul en scène interprété par Mounir Margoum qui nous plonge au cœur du conflit israelo-palestinien. 

Le héros est un comédien. Un comédien palestinien qui vit à Ramallah. Son quotidien, c'est le survol de la ville par les hélicoptères, menace permanente dans le ciel bleu,  mais aussi les crachats. Ceux des jeunes qui se regroupent chaque jour rue Roukab. Mais pourquoi crachent-ils donc ainsi ? C'est ce à quoi s'emploiera à répondre le spectacle. En nous faisant au passage toucher du doigt ce que c'est que de vivre là-bas, chaque jour sous la pression.

Sur la scène, Mounir Margoum se confond parfaitement avec le personnage. Le comédien s'adresse à nous directement, nous transmet une rage sourde devant l'injustice de cette situation, nous fait sourire aussi. La mise en scène de Laurent Fréchuret, très sobre, sans décor, joue sur les ruptures de rythme.

A portée de crachat est une pièce engagée. Légèrement, par petites touches, le message passe. Cette violence quotidienne, banalisée est-elle acceptable ? Pas pour le héros de l'histoire en tout cas. Il fuit Ramallah et s'installe à Paris. Six mois d'insouciance avant l'appel de la terre natale. Oui mais voilà, quand on est Palestinien avec un passeport israélien, mieux vaut éviter de prendre l'avion vers le 11 septembre (d'autant que l'on est en 2002!). Mieux vaut aussi éviter de parler arabe dans un café de Tel Aviv ... Malgré tout, ne pas s'énerver, garder son calme coûte que coûte et finalement cracher aussi. "Survivre, tenir bon, tel est devenu l'objectif de ceux qui crachent" confie alors le protagoniste.

A Portée de crachat de Taher Najib, mise en scène Laurent Fréchuret, traduction de l’hébreu Jacqueline Carnaud. Avec Mounir Margoum. Au Théâtre du Rond-Point, à 18h30 jusqu'au 12 avril 2014 (relâche le lundi et le 16 mars 2014). Réservations au 01 44 95 98 21. Durée : 1h15.

08 mars 2014

Anna et Martha de Dea Loher / Robert Cantarella / Théâtre 71 à Malakoff

 "Le temps, pour nous, s’est brisé."

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Photo : Jean-Louis Fernandez

Dea Loher n'est pas (encore) très connue en France. En Allemagne, son pays d'origine, elle est semble-t-il une dramaturge reconnue. Une de ses pièces, Anna et Martha, est actuellement à l'affiche du Théâtre 71 à Malakoff, dans une mise en scène de Robert Cantarella.

Et sur, scène il y a du beau monde : Catherine Hiegel, Catherine Ferran et Nicolas Maury accompagnés, pour être exaustive, de Valérie Vivier. Tous les quatre sont domestiques. "Madame", leur patronne, restera invisible tout au long de la pièce. Et pour cause : on comprendra au fil des dialogues qu'elle est morte et que son cadavre repose dans un bruyant congélateur, sur le côté de la scène. Anna et Martha, couturière et cuisinière à son service depuis des années, nous dresse son portrait au vitriol tandis que s'activent autour d'elles Meier, le chauffeur, et Xana, la femme de ménage étrangère.

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Photo : Jean-Louis Fernandez

La pièce fait penser aux Bonnes de Genet pour la haine que les domestiques entretiennent à l'égard de leur maîtresse. Mais il y a aussi un peu du Godot de Becket dans la construction. Les sujets abordés s’enchaînent sans lien logique, les deux personnages secondaires semblent parfois déconnectés de l'histoire. La forme peu surprendre mais le texte est incisif.

Catherine Hiegel et Catherine Ferran portent magnifiquement cette pièce. Assises sur deux chaises au centre de la scène, elles déversent tout le fiel et la perfidie de ces vieilles domestiques aigries, envers leur patronne défunte bien sûr, mais entre elles aussi. Dialogues acides qui font beaucoup rire, surtout lorsqu'il est question du penchant de Madame pour la chirurgie esthétique et les produits de beauté.  Nicolas Maury, lui, est fascinant dans le rôle de Meier, personnage mi-homme mi-chien dont l'interprétation repose presque exclusivement sur la gestuelle tant le texte est court. Le comédien-caméleon nous avait déjà impressionné dans Le Triomphe de l'amour de Marivaux (M.E.S Galin Stoev) au TGP à Saint-Denis : il y interprétait le rôle de la princesse Léonide. On prend plaisir à découvrir ici une autre facette de son (grand) talent.

Anna et Martha de Dea Loher, traduction Laurent Muhleisen, mise en scène Robert Cantarella. Avec Catherine Hiegel, Catherine Ferran, Nicolas Maury, Valérie Vivier. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 13 mars 2014, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h. Réservations au 01 55 48 91 00. Durée : 1h45

07 mars 2014

Les Vaisseaux du coeur de Benoîte Groult / Jean-Luc Tardieu / Petit Montparnasse

"Comment émouvoir en disant coït ?"

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C'est une histoire d'amour entre deux êtres que tout oppose - une intellectuelle parisienne et un marin breton pour le moins rustre - qui, tout au long de leur vie, vont être amants dans le plus grand secret, parcourant parfois des milliers de kilomètres pour passer quelques nuits ensemble. Sur la scène du Petit Montparnasse, Josiane Pinson adapte et joue (aux côté de Serge Riaboukine)le magnifique roman de Benoîte Groult Les Vaisseaux du cœur, dans une mise en scène de Jean-Luc Tardieu

Ce roman, publié en 1988, est peut-être celui dans lequel transparaît le plus le féminisme de Benoîte Groult. L'héroïne de cette histoire est une femme libre qui assume ses désirs et les vit pleinement. La relation entre les deux amants repose essentiellement sur le plaisir charnel. Benoîte Groult décrit la sexualité de cette femme sans fausse pudeur, nomme tout ce qui doit être nommé, quitte à parfois être assez crue. Il n'y a en outre dans cette liaison extra conjugale aucune place pour la culpabilité. 

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Pour adapter le roman sur scène, Josiane Pinson a repris la narration à la première personne du roman. George, l'héroïne, raconte ainsi directement aux spectateurs sa liaison avec Gauvain, une relation étalée sur plusieurs décennies. Les scènes entre les deux amants sont autant de souvenirs rejoués sous nos yeux. L'adaptation est parfaitement réussie, alliant fidélité au texte et fluidité nécessaire à la scène.

Le décor tout de blanc, fait d'un ponton et de voiles, évoque la mer et la liberté. Les deux comédiens y livrent une interprétation chargée d'émotion, magnifiant les mots de la romancière. On est comme emporté par cette magnifique histoire d'amour et l'on ne peut retenir une petite larme à la fin. 

Les Vaisseaux du coeur de Benoîte Groult, adaptation de Josiane Pinson, mise en scène Jean-Luc Tardieu. Avec Josiane Pinson et Serge Riaboukine. Au Petit-Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h. Réservations au 01 43 22 77 74. Durée : 1h30