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20 mars 2014

Immortels de Nasser Djemaï / Théâtre 71 - Scène Nationale (Malakoff)

"C'est structuré, argumenté, y'a rien qui dépasse,
c'est simple, c'est carré, limpide,
t'apprends plein de trucs"


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Photo : Mario del Curto


Au Théâtre 71 à Malakoff, Nasser Djemaï présente sa nouvelle pièce Immortels. Après nous avoir séduit avec ses Invisibles, oeuvre où il rendait hommage aux chibanis - ces retraités maghrébins bloqués en France dans des foyers - le dramaturge et metteur en scène plonge cette fois dans le monde des adolescents. 


Joachim a 19 ans et vient de perdre son frère, un peu plus âgé que lui. Un mort sur laquelle plane beaucoup de mystères. Pour lever le voile, Joachim tente de se rapprocher des amis du défunt. Une bande de jeunes altermondialistes, exaltés et soudés comme on peut l'être à cet âge. Les six inséparables le rejettent dans un premier temps avant de voir en lui le fantôme de leur ami.


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Photo : Mario del Curto


La mise en scène et la scénographie insufflent quelques grammes d'ésotérisme et de mystique à cette histoire, grâce à la vidéo notamment, créant un sentiment de trouble, de perte d'identité pour le héros. Se couler dans les habits du défunt est si tentant, surtout lorsqu'il s'agit d'un grand frère charismatique. Le groupe lui, retrouverait dans cette "résurrection" le membre amputé ... 


Nasser Djemaï excelle à décrire le comportement des bandes. Dans Invisibles déjà, il mettait en lumière la solidarité de ces vieillards retraités mais aussi les influences et interdépendances de ce groupe. Il ne nous montre pas autre chose ici. L'âge diffère, certes, mais l'individu reste aussi fortement lié aux autres. Avec cette particularité que l'adolescence est l'âge de tous les dangers, de tous les malaises, les angoisses, les excés. Qu'un seul dérape et tous sombreront ... L'auteur n'omet pas le côté engagé du discours. En ligne de mire cette fois : le monde de la finance. Avec un petit travers tout de même : celui de se lancer par moment dans des monologues frisant le cours magistral. On se laisse tout de même entraîner par cette histoire.  


Immortels, texte et mise en scène Nasser Djemaï. Avec Clémence Azincourt, Brice Carrois, Florent Dorin, Etienne Durot, Jean-Christophe Legendre, Marion Lubat, Julie Roux. Au Théâtre 71 de Malakoff (92), juqu'au 28 mars 2014, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi, samedi à 19h30, dimanche 16 heures. Réservations au 01 55 48 91 00. Durée 1h50


En tournée : 
le 4 avril 2014 au Théâtre Liberté (Toulon) | 04 98 00 56 76
du 8 au 11 avril 2014 à L’Apostrophe - Scène Nationale (Cergy Pontoise) | 01 34 20 14 14

16 mars 2014

Protée de Paul Claudel / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête (reprise)

 "Elle vaut son pesant de sel marin."

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Photo Antonia BOZZI

De Paul Claudel, on connait surtout Partage de Midi, Le soulier de satin ou encore L'Echange. Des oeuvres où la passion est évoquée dans une langue soutenue, aux envolées lyriques. Protée est moins connu. Plus atypique aussi : en l'écrivant, Claudel a voulu donner dans la farce. Cette courte pièce, mise en scène par Philippe Adrien la saison dernière, est reprise actuellement au Théâtre de la Tempête

S'inspirant d'Homère et d'Eschyle, Claudel imagine Ménélas et Hélène après la guerre de Troie s'échouant sur l’île de Naxos où vit le vieux Protée, dieu des métamorphoses. La nymphe Brindosier, captive de celui-ci, voit dans leur naufrage un moyen de quitter l'île. Elle va pour cela tenter de convaincre Ménélas qu'elle est la vraie Hélène et que celle qui l'accompagne n'est qu'une pale copie.

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Photo Antonia BOZZI

Des nymphes, des satyres, un Ménélas très beta et une Hélène quelque peu prétentieuse : voilà les personnages imaginés par Claudel. On est loin des amours contrariés de Mesa et Ysé !  Pour renforcer l'effet comique, Philippe Adrien a conçu la pièce tel un songe, une rêverie alcoolisée de Claudel à l'issu d'un banquet trop arrosé, et a ainsi ajouté un délicieux prologue hommage au cinéma muet. La table du banquet sera le seul élément de décor, devenant un théâtre de marionnettes puis l'embarcation grecque qui ramènera Ménélas et Hélène (mais laquelle ?) à Sparte. 

Côté interprétation, Mathieu Marie joue à merveille ce Ménélas pas très futé, enchaîné à une Hélène figée dans sa posture d'icône. Quelle magnifique idée d'avoir confié le rôle à la comédienne Marie Micla à la plastique si ... irréelle ! Mais c'est Eléonore Joncquez qui nous a le plus ébloui dans le rôle de Brindosier, tantôt midinette allumeuse, tantôt froide calculatrice. 

Ce qui surprend le plus au final, c'est le texte. Incroyablement moderne. Au point qu'après la pièce, on ne put s'empêcher de questionner Philippe Adrien sur l'ampleur des modifications apportées à l'oeuvre originale. Adaptation ? Qui nenni ! Quelques mots ajoutés ici et là, certes, s'empressa-t-il de nous expliquer mais l'intégralité du texte est bien signé Claudel, promis, juré! On resta alors sans voix en repensant à la scène où Brindosier et Hélène discutent tissus et bijoux telles des fashion-victims dans un rayon du Bon marché. Le spectacle vaut donc vraiment le détour : une heure de plaisir où l'on rit beaucoup et où l'on ne cesse d'être étonné.

Protée de Paul Claudel, mise en scène Philippe Adrien. Avec Dominique Gras, Eléonore Joncquez, Mathieu Marie, Marie Micla, Jean-Jacques Moreau ou Pierre-Alain Chapuis. Au Théâtre de la Tempête, du mardi au samedi 20h, le dimanche 16h, jusqu'au 13 avril 2014. Réservations au 01 43 28 36 36. Durée 1h10

A voir aussi : le site internet de la Société Paul Claudel, visant à promouvoir l'oeuvre de cet auteur. 

15 mars 2014

A la périphérie de Sedef Ecer / Thomas Bellorini / Théâtre de Suresnes - Jean Vilar

"- A Paris ? 
-Enfin pas loin. Tout près de Paris.
C'est comme Paris."

ALPériphérie-028_MDef©PierreDolzani.jpg

Passer le périphérique pour découvrir A la périphérie : la pièce de Sedef Ecer ne pouvait - fort logiquement - pas se jouer intra muros ! C'est donc au Théâtre de Suresnes - Jean Vilar qu'il faudra se rendre pour découvrir cette magnifique oeuvre, mise en scène par Thomas Bellorini.

A la périphérie nous narre l'histoire d'exclus, dans une ville turque. Là-bas comme ici, les plus pauvres vivent en marge, loin de la ville et de son confort. Sur une colline recouverte de détritus, Dilcha et Bilo ont construit un foyer. Leur seule source de revenus : les poubelles dans lesquelles ils puisent le nécessaire vital. L'installation d'une usine de désherbant est accueilli comme un progrès inespéré, apportant du travail à tous. Seuls les tziganes s'en tiennent loin, refusant ce travail, quitte à être un peu plus stigmatisés. Dilcha devient pourtant amie avec l'une d'entre eux, Kybelee dont la vie n'est que musique et magie. Les deux femmes mettront au monde deux enfants, le même jour. Tamar, la fille de Kibelee,  et Azad, le fils de Dilcha, deviennent inséparables.

20 ans plus tard, leur quotidien n'est guère plus enviable. Toujours relégués loin de la ville, les amoureux sont aussi misérables que leurs parents. Sur la colline au détritus, l'usine de jean a succédé à celle de désherbant et cause autant de dégâts sur la santé des ouvriers. L'Europe, "l'espace Schengen" comme ils disent, devient pour Azad un eldorado. Tamar, elle, les yeux rivés sur le petit écran, rêve que Sultane, l'animatrice qui exauce tous les vœux, lui apporte un avenir meilleur.

ALPériphérie-026_MDef©PierreDolzani.jpg

Au milieu d'un décor de bidonville, les deux époques nous sont contées en parallèle, mettant ainsi en avant l'immuabilité du sort de ces êtres. La musique tzigane, interprétée par Zsuzsanna Vàrkonyi alias Kibelee, agit de façon hypnotique. Les comédiens servent au mieux cette magnifique histoire. Parmi eux, Lou de Laâge et Adrien Noblet symbolisent l'espoir et la révolte de la jeunesse du monde tandis que Sedef Ecer s'offre le rôle de Sultane, égérie télévisée à la fois bonne fée et personnage cynique profitant du malheur d'autrui pour asseoir sa gloire.  

Thomas Bellorini réussit là un spectacle envoûtant, oscillant sans cesse entre hyper-réalisme et conte. Si l'action se déroule en Turquie, pays d'origine de Sedef Ecer, sa portée est universelle. Arrivés à Paris, les deux amoureux découvriront ainsi que les périphéries existent partout. 

A la périphérie de Sedef Ecer, mise en scène Thomas Bellorini. Avec Sedef Ecer, Anahita Gohari, Lou de Laâge, Adrien Noblet, Christian Pascale, Céline Ottria, Zsuzsanna Vàrkonyi. Au Théâtre de Suresnes- Jean Vilar, jusqu'au 27 mars 2014, du lundi au jeudi à 21 heures. Réservations au 01 46 97 98 10. Durée : 1h30.