Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 décembre 2014

L'Affaire de la Rue de Lourcine de Labiche / Yann Dacosta / Reprise au Théâtre 13

"Ne soyez pas prompts à nous condamner,
Et pesez bien tout dans votre justice."

 l'affaire de la rue de lourcine,eugene labiche,yann dacosta,jean-pascal abribat,pierre delmotte,pauline denize,pablo elcoq,helene francisci,benjamin guillard,guillaume marquet,top,boulogne,théâtre de l'ouest parisien,théâte,critique,avis,blog

Humour et noirceur : voilà les deux mots qui résumeraient le mieux L'Affaire de la rue de Lourcine, pièce en un acte d'Eugène Labiche. Après quelques représentations au TOP à Boulogne à l'automne, la pièce, mise en scène par Yann Dacosta, s'installe dès le 6 janvier au Théâtre 13.

C'est l'histoire d'un lendemain de fête. Un lendemain plus que difficile, de ceux où l'on a l'impression de se lever avec les cheveux qui poussent à l'intérieur du crâne et où la soirée de la veille reste floue ... très floue. Lenglumé, grand bourgeois parisien, se réveille au lendemain de cette nouba totalement déboussolé et découvre un autre homme dans son lit. Compagnon de débauche, l'intrus, un dénommé Mistingue, ne se rappelle pas plus les détails de la soirée. Un parapluie et un mouchoir perdu, quelques morceaux de charbon au fond des poches : voilà les seuls indices dont disposent nos deux pochtrons. Des indices qui, à la lecture d'un morceau de journal froissé, laissent à penser qu'ils ont commis la veille un meurtre.

l'affaire de la rue de lourcine,eugene labiche,yann dacosta,jean-pascal abribat,pierre delmotte,pauline denize,pablo elcoq,helene francisci,benjamin guillard,guillaume marquet,top,boulogne,théâtre de l'ouest parisien,théâte,critique,avis,blogPhoto :  Julie Rodenbour

Il y a beaucoup d'humour dans le texte de Labiche. Beaucoup de noirceur aussi. Même l'heureux dénouement et l'innocence de Mistingue et Lenglumé créent le malaise : ces deux-là se sont montrés sous leur vrai jour, prêts à tout pour camoufler leur crime, et ont dévoilé la laideur de leur âme. Un aspect renforcé par la mise en scène de Yann Dacosta et la scénographie de Fabien Persil et William Defresne. Loin de l'intérieur bourgeois fin 19e auquel on pouvait s'attendre, on se retrouve dans une chambre au décor étrange - des portes capitonnées de noir, un lit rond aux draps noirs - à mi-chemin entre l'esthétique porno-kitsch et le manoir de la famille Adams ... 

Guillaume Marquet(récompensé par un Molière pour son rôle dans Le Dindon mis en scène par Philippe Adrien) et Benjamin Guillard sont magistraux dans les deux rôles principaux. Il y a dans leur duo quelque chose de Laurel et Hardy. Le reste de la distribution est également d'un excellent niveau et les interludes musicaux fonctionnent à merveille. Un spectacle que l'on n'hésite donc pas à vous recommander ! Après cette création au TOP à Boulogne, la pièce fera une longue tournée avec six semaines d'étapes au Théâtre 13 à Paris (en janvier - février). Pas d'excuses donc ... 

L'Affaire de la Rue de Lourcine de Eugène Labiche, mise en scène Yann Dacosta. Avec Jean-Pascal Abribat, Pierre Delmotte, Pauline Denize, Pablo Elcoq, Helene Francisci, Benjamin Guillard et Guillaume Marquet. 
Au Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne, jusqu'au 12 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 heures. Réservations au 01 46 03 60 44.
Au Théâtre 13 (Paris 13e), du 6 janvier au 15 février  2015, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30.  Durée 1h15

En tournée :
- du 30 octobre au 2 novembre 2014 : Théâtre de l’île – Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
- 7 novembre 2014 : L’archipel 
– Granville (50)
- 14 novembre 2014 : Théâtre des Sources – Fontenay aux Roses (92)
- 27 au 29 novembre 2014 
: Le Trident – Scène Nationale de Cherbourg (50)
- 5 décembre 2014 : L’Éclat Pont – Audemer (27)
-  9 décembre 2014 : : Quai des Arts - Argentan (61)  
- 12 décembre 2014 : Théâtre Municipal de Fontainebleau (77)
- 17 au 20 dé
cembre 2014: TAPS Scala – Strasbourg (67)
- 2 avril 2015
: Théâtre Roger Barat – Herblay (95)
- 9 et 10 avril 2015 : La Gallia Théâtre – Saintes (17)
- 21 avril 2015: Le Rive Gauche 
– Saint-Etienne du Rouvray (76)
- 19 mai 2015 : Théâtre des Chalands – Val-de-Rueil (27)

26 décembre 2014

Il était une fois ... Le Petit Poucet / Emmanuel Besnault / Théâtre du Lucernaire

"Rallume les étoiles"

Il était une fois ... Le Petit poucet, mon coup de coeur du OFF à Avignon en 2013 débarque à Paris. Un spectacle musical pour enfants - mais pas seulement - mis en scène par le talentueux Emmanuel Besnault. A voir au Lucernaire, du mardi au samedi pendant les vacances de Noël puis les mercredi, samedi et dimanche jusqu'au 8 mars 2015.

Retrouvez ci-dessous la critique écrite alors.

pp.jpg

Tout a commencé par une invitation via Twitter. L'auteur de la missive en moins de 140 signes : Emmanuel Besnault, metteur en scène de 21 ans à peine. A Avignon, il présente Il était une fois ... Le Petit Poucet au Théâtre au Coin de Lune, une petite salle à deux pas de La Luna.

La pièce, inspiré du fameux conte de Perrault, s'appuie sur un texte de Gérard Gelas, le patron du Théâtre du Chêne noir, institution avignonaise. La Compagnie de l'éternel été - quel joli nom ! - a un peu arrangé cela, y rajoutant quelques chansons fort entraînantes, reprises en chœur avec guitare, djembé et accordéon. On y retrouve le Petit poucet, devenu adulte et marquis, tentant de se remémorer son enfance. A ses cotes, des valets facétieux l'aident au mieux avec la complicité du public. 

pp2.jpg

La jeunesse de cette troupe, la fraîcheur de leur jeu est ce qu'il y a de mieux pour affronter la chaleur de plomb des après-midi avignonais. Un boite en bois sur roulette, théâtre dans le théâtre, permet une mise en scène pleine de facéties. Rarement un spectacle pour enfant m'aura autant fait rire. C'est régressif à souhait et la nouvelle fin trouvée à cette histoire vous régalera au sens propre.


Encore un mot sur ce tout jeune metteur en scène. Emmanuel Besnault n'a donc que 21 ans mais déjà pas mal d'année de théâtre derrière lui. Pur Avignonais, il évolue sur les planches depuis l'age de 15 ans. Il y a quelques semaines, il a réussi le concours d'entrée au Conservatoire National Supérieur d'art dramatique. Trois années d'études qui le force à repousser quelques projets de mise en scène m'a-t-il expliqué autour d'un coca après la représentation (une si gentille invitation en impliquait forcément une autre de ma part). Ses metteurs en scène préférés ? Ostermeier et Laurent Pelly... une réponse qui ne pouvait me rendre le personnage que plus sympathique. 

Alors si vous êtes à Avignon - avec ou sans enfant - allez découvrir cette fabuleuse histoire. Quant à moi, je garde un œil sur cet autre petit poucet qu'est Emmanuel Besnault. Deviendra-t'il marquis, comédien, metteur en scène ? Qui sait, s'il trouve des bottes de 7 lieues, directeur du festival In dans 20 ans ? Gageons en tout cas que cette pièce n'est que l'un des premiers cailloux qu'il sèmera sur le chemin qui conduit au succès.

Il était une fois ... Le Petit Poucet d'après le conte de Charles Perrault. Texte de Gérard Gélas, mise en scène et scénographie Emmanuel Besnault. Avec Johanna Bonnet ou Elisa Oriol, Benoît Gruel, Deniz Türkmen, Schemci Lauth, Maïa Liaudois, François Santucci et Manuel Le Velly. 
Au théâtre du Lucernaire, jusqu'au 8 mars 2015, les mercredis et samedis à 15h (du mardi au samedi pendant les vacances scolaires à 15h), les dimanches du 8 janvier au 8 mars 2015 à 15h
Relâche 25 décembre, 1er janvier et les 1er, 7 et 18 février
Dès 5 ans. Durée : 55 minutes. 

03 décembre 2014

"Le Marchand de Venise" de Shakespeare / Pascal Faber / Le Lucernaire

"Un théâtre où chacun doit jouer son rôle."

Pascal Faber nous avait enchanté avec sa mise en scène de Marie Tudor, en 2012 dans le cadre du festival Off d'Avignon. Cette fois-ci, c'est à Shakespeare qu'il s'attaque avec Le Marchand de Venise, à découvrir à Paris au théâtre du Lucernaire.

Visuel 2 © Julien Bielher.jpg
Photo © Julien Bielher

Pour sortir de la gêne son ami Bassanio et lui permettre de courtiser la femme qu'il aime, Antonio, marchand à Venise, contracte un prêt auprès de Shylock, un usurier juif. Mais Shylock exige une clause étrange pour ce contrat : en cas de non paiement de l'emprunt dans les délais, il prélèvera une livre de chair d'Antonio. Le marchand est confiant : ses bateaux seront bientôt au port, chargés de marchandises. C'est sans compter sur les naufrages ... Ruiné, Antonio ne peut régler la créance dans les délais. Pour le sauver, Bassanio qui a obtenu entre-temps la main de la belle et riche Portia, se présente devant le tribunal avec le double de la somme prêtée. Mais Shylock reste inflexible : le contrat doit être honoré.

Il n'est pas évident de monter aujourd'hui ce Marchand de Venise. Principalement parce qu'il y est question des relations entre juifs et chrétiens telles qu'on les concevait au 16e siècle. Des mots dont l'antisémitisme pourrait choquer aujourd'hui. Par l'habileté de sa mise en scène, Pascal Faber évite cet écueil. D'abord parce qu'il pose le contexte en préambule : l'action se situe à une époque où les juifs ne peuvent posséder des terres et sont obligés pour subsister de se livrer à l'usure. Une  pratique réprouvée par les chrétiens. Ils sont cantonnés dans un quartier et doivent porter un bonnet rouge lorsqu'ils se mêlent à la population. Par ces quelques mots, on comprend immédiatement la stigmatisation dont ils sont victimes. Mais Pascal Faber va encore plus loin : une première scène silencieuse dans laquelle on voit Antonio cracher sur Shylock. Dès lors, l'entêtement du juif à faire honorer le contrat s'explique par cette blessure et la rancune qu'elle engendre plus que par une propension à la haine inhérente à une quelconque appartenance religieuse. 

Visuel 3 © Julien Bielher.jpg
Photo © Julien Bielher

Style épuré et intrigue resserrée : voilà la marque de fabrique de Pascal Faber. Par manque de moyens, certes, mais les pièces ainsi présentées se révèlent sous un autre jour. Le décor se résume à quelques accessoires - des caisses en bois - et plusieurs personnages ont été supprimés. Six comédiens se partagent ainsi l'affiche. En tête Michel Papineschi, magistral dans le rôle de Shylock. Il insuffle au personnage une dignité qui renforce le propos.

La pièce oscille entre cette intrigue centrale - dans le registre dramatique - et des passages plus drôles, tirant vers la farce, où l'on voit se succéder les prétendants de Portia. De quoi conférer un peu de légèreté à la pièce, qui sans cela serait bien sombre. 

Le Marchand de Venise de William Shakespeare, mise en scène Pascal Faber, traduction Florence Le Corre-Person. Avec Michel Papineschi, Philippe Blondelle, Séverine Cojannot, Frédéric Jeannot, Régis Vlachos, Charlotte Zotto. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, dimanche à 17h, jusqu'au 4 janvier 2015. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée : 1h35