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10 mars 2015

En attendant Godot de Samuel Beckett / Théâtre de l'Aquarium

"- Ça fait passer le temps.
- Il serait passé sans ça.
-Oui. Mais moins vite."

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Photo : Tristan Jeanne-Vales

Une mise en scène à six mains : c'est suffisamment rare pour être remarquable ! Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet se sont alliés pour monter En attendant Godot de Samuel Beckett. La pièce, créée il y a un an à la Comédie de Caen, est à l'affiche jusqu'au 29 mars 2015 au Théâtre de l'Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes.

Un chemin de graviers, un arbre sans feuille, un fond bleuté à l'horizon :  Vladimir et Estragon errent dans un no man's land, un univers quasi post-apocalyptique. Ils attendent Godot, mystérieux personnage qui ne viendra jamais. Alors Estragon et Vladimir trompent leur ennui comme ils peuvent. Dans leur attente, ils rencontrent Pozzo et son étrange domestique Lucky. La journée s'écoule, une autre recommence, presque identique.   

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Photo : Tristan Jeanne-Vales

Pièce phare du théâtre de l'absurde, En attendant Godot suscite beaucoup d'interrogations en nous. Qui est ce Godot qu'on attend tel un sauveur sans autre alternative ? Un symbole de l'espérance d'un ailleurs, d'une vie meilleure ? Le temps lui-même semble s'écouler différemment, se dilater : l'on ne sait finalement si les événements précédents ont eu lieu la veille où il y a fort longtemps. Le vide, la vacuité de la vie sont au coeur de ce texte.

Les trois metteurs en scène ont imaginé Vladimir et Estragon comme des migrants et ont pour cela fait appel à deux comédiens ivoiriens, Michel Bohiri et Fargass Assandé. La pièce n'en devient qu'encore plus contemporaine. Ils ont également opté pour une vision clownesque de l'oeuvre de Beckett, faisant de Lucky (Jean Lambert-wild) un clown blanc et de Pozzo (Marcel Bozonnet) l'Auguste, son alter ego. Et comme au cirque, le dominé n'est pas forcément celui que l'on croit.

Le tout reste cependant très sobre, sans fioriture. Le dramaturge irlandais ne laissa, il est vrai, qu'une faible marge de manoeuvre à ceux qui s'attaqueraient à sa pièce tant les didascalies sont nombreuses et précises. Le  travail se base essentiellement sur le rythme des mots. Le monologue de Lucky (Jean Lambert-wild) par exemple, longue tirade sans ponctuation quasiment injouable, devient ici le point d'orgue de la pièce. Le rythme, l'intonation montent peu à peu jusqu'à ce que le domestique, mi-homme mi-animal, semble atteindre la transe. Les cinq comédiens livrent une interprétation parfaite donnant au mieux à entendre, à comprendre, ce texte parfois abscon. Remarquable !

A noter : on peut retrouver sur le site Culturebox, un carnet de bord de la création du spectacle.

En attendant Godot de Samuel Beckett, direction Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet. Avec Fargass Assandé, Marcel Bozonnet, Michel Bohiri, Jean Lambert-wild, Lyn Thibault. Au Théâtre de l'Aquarium (Cartoucherie de Vincennes), du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h, jusqu'au 29 mars 2015. Réservations au 01 43 74 99 61. Durée du spectacle : 1h50.

25 février 2015

Zazie dans le Métro d'après Raymond Queneau / Sarah Mesguich / Le Lucernaire

"Aussi bonne que Michèle Morgan
dans La Dame aux camélias"

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Photo : Alain RICHARD

Dans la famille Mesguich, je demande la fille. Après Daniel, le père - à la tête du Conservatoire National supérieur d'art dramatique durant de nombreuses années - et William, le fils (dont on a apprécié les adaptations des Mystères de Paris et des Fables de la Fontaine) je découvre avec plaisir le travail de Sarah qui signe au Lucernaire la mise en scène du roman de Raymond Queneau Zazie dans le métro.

La jeune Zazie débarque à Paris, confiée à son oncle Gabriel pour quelques jours tandis que sa mère file rejoindre son amant. Le rêve de la fillette : prendre le métro. Malheureusement pour elle, celui-ci est paralysé par une grève. Son séjour sera cependant parsemé de rencontres avec des personnages plus pittoresques les uns que les autres : Charles le chauffeur de taxi, Mado-Petits-Pieds la serveuse ou encore le mystérieux  Trouscaillon. Du bar de Turandot à la Tour Eiffel en passant par le cabaret où se travestit chaque soir Tonton Gabriel, la gamine culottée nous fait découvrir le Paris des années 50, façon carte postale.

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Photo : Chantal Depagne

L'adaptation des tribulations de cette chipie se concentre sur quelques scènes clefs du livre. La langue de Queneau est bien là, argotique et savoureuse. Géniales les scènes où Zazie envoie promener son monde avec une bordée de jurons (on tremble tout de même à l'idée que sa propre progéniture s'exprime un jour de la sorte !). Fantastique aussi ce diner où la gamine, debout sur la table au milieu des assiettes, explique qu'elle veut devenir institutrice pour "faire chier les mômes". Et l'on trépigne devant son enthousiasme à lister tous les sévices que la diablesse compte infliger à ses élèves. Jubilatoire !

On se laisse avoir par la prestation de Léopoldine Serre, impeccable dans le rôle de la pré-adolescente (en alternance avec Joëlle Luthi) au point que l'on crut que la comédienne avait peu ou prou l'âge du rôle. Il fallut un coup d'œil sur le dossier de presse pour s'apercevoir de la méprise ... Remarquables aussi les prestations de Jacques Courtès dans le rôle du Tonton travesti et de Charlotte Popon (vue dans Un Bon Petit diable l'année dernière à La Folie Théâtre) incarnant à elle seule tous les autres personnages féminins. L'ensemble de la troupe livre une interprétation réjouissante.

On regrettera juste quelques passages un peu grotesques,   notamment les scènes entre la veuve Mouaque et l'agent de police. En frisant le ridicule et le burlesque, on perd de vue les thèmes de société plus sérieux abordés par le roman comme le viol, la pédophilie ou l'homosexualité. Un spectacle plaisant malgré ces quelques écueils. A découvrir jusqu'au 12 avril 2015 au Lucernaire. 

Zazie dans le métro d'après Raymond Queneau, adaptation et mise en scène Sarah Mesguich. Avec Joëlle Luthi, en alternance avec Léopoldine Serre, Jacques Courtès, Charlotte Popon, en alternance avec Amélie Saimpont, Tristan Wilmott, en alternance avec Alexis Consolato, Alexandre Levasseur, Frédéric Souterelle. Au Théâtre du Lucernaire (Paris, 6e), du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h, jusqu'au 12 avril 2015. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée 1h30.

06 février 2015

Grand Fracas issu de rien / Pierre Guillois / Théâtre 71 à Malakoff

"Je ne suis pas déçue."
 

Qu'est-ce qui relie un gymnaste, un jongleur, une soprano colorature, un percussionniste et un comédien ? Rien. Mais de ce rien peut naitre un grand fracas. Grand Fracas issu de rien, c'est le titre de la pièce actuellement à l'affiche au Théâtre 71 de Malakoff, mise en scène par Pierre Guillois.

L'idée initiale est audacieuse : mêler des numéros de jonglage et de gymnastique et des textes de Valère Novarina, le tout mis en musique par des percussions et du chant lyrique. Le résultat est hétéroclite, voire hétérogène, mais non dénué d'humour. On sourit beaucoup devant ce joyeux bazar comme lors de ce moment où le gymnaste veut récupérer son cheval d'arçon, squatté par la soprano en robe du soir. Le sportif ne s'embarrasse guère : voilà la diva chargée sur son épaule comme un sac de pommes de terre et déposée promptement sur les barres parallèles. La dame, elle, poursuit (presque) imperturbable son chant, même coincée sur l'agrès dans la position du cochon pendu.
 
On louera les prouesses techniques de chacun : habilité du jongleur, capacité physique du gymnaste, diction impeccable du comédien qui débite un texte des plus ardus à toute allure ... On appréciera aussi le recours à la vidéo : au milieu de la scène un voile permet les projections graphiques. Les protagonistes entrent alors en lutte avec des formes tombées du ciel. Instant fort poétique lorsque le comédien résiste à une pluie de lettres grace à un parapluie sur lequel les caractères rebondissent.
 
"Des numéros dont une des vertus doit être de nous impressionner" explique la note d'intention du spectacle. On peut dire que le contrat est réussi et même au delà. Plus qu'impressionnés, on est amusés et séduits. 

Grand Fracas issu de rien création collective sur un concept de Pierre Guillois. Avec Claire Bardainne (interprétation numérique), Lucas Antonellis (gymnastique), Sevan Manoukian (chant), Adrien Mondot (jonglage et informatique), Dominique Parent (jeu) et Benjamin Sanz (percussions). Au Théâtre 71 à Malakoff, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h, jusqu'au 12 février 2015. Réservations au 01 55 48 91 00.
Durée du spectacle : 1H15