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24 novembre 2015

En attendant "les Rustres" à la Comédie-Française : quelques images de répétitions

Ce tournage là fut un instant de douceur dans une semaine marquée par l'actualité tragique. Jeudi 19 novembre, ma caméra et moi avons eu l'immense privilège de nous glisser dans une répétition de la pièce Les Rustres de Goldoni, à l'affiche à la Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier dès cette semaine.  

Voici le reportage diffusé sur France 3 Ile-de-France
(Rédaction : J.-N. Mirande, images : A. Natalizi, son : J. Raharison et montage : G. Fontenit)
 


"Les Rustres" de Carlo Goldoni à la Comédie Française

On n'imagine pas, dans nos fauteuils de spectateurs, les trésors de minutie qui sont déployés pour arriver à ce qui se déroule sous nos yeux. Assister à une séance où le metteur en scène, Jean-Louis Benoit, décrit aux comédiens les notes qu'il a prises le temps d'un filage est tout simplement bluffant. A une semaine de la première représentation, le travail était déjà bien avancé mais une multitude de détails restée à régler : le ton d'une réplique, la vitesse à laquelle arrive une autre mais aussi la mécanique compliquée des entrées et sorties. Mais où sera ce manteau à ce moment là ? Et qui enlèvera les chaises à cet autre instant ? Et ce collier capricieux qui ne se ferme que dans un seul sens ... 

De ce que j'ai pu en voir ensuite - quelques scènes éparses - ces Rustres s'annoncent divertissants et enjoués. Tout ce qu'il faut pour chasser la tristesse et la grisaille de cette fin d'année. A voir dès le 25 novembre ! 

18 novembre 2015

Eugénie de Côme de Bellescize / Théâtre du Rond-Point

 [...]

Les lecteurs de ce blog connaissent mon habitude de commencer mes billets par une citation de la pièce ... Les circonstances m'en empêchent : en sortant du théâtre ce soir-là, j' apprenais les événements tragiques qui avaient ensanglanté la capitale. L'émotion, le stress des minutes qui ont suivi m'ont fait oublier cette phrase mémorisée au cours du spectacle. Ils ont un peu aussi émoussé mes impressions de spectatrice devant cette - pourtant si magnifique - pièce de Côme de Bellescize : Eugénie, présentée au Théâtre du Rond-Point est une réussite de bout en bout. Texte, mise en scène et interprétation en font une création d'une qualité rare. 

Eugénie_Bérodot_Cohen_Joncquez_portrait_web ©Antoine  Melchior_2992_bis.jpg
Photo : Antoine Melchior

Sarah (Eléonore Joncquez) et Sam (Jonathan Cohen) tentent désespérément d'avoir un enfant. Leurs échecs répétés les conduisent à faire appel à la médecine. Moment de plénitude que cette grossesse qui arrive enfin ... Jusqu'à ce qu'un examen révèle que l'enfant attendu pourrait naître handicapé. Sarah et Sam doivent alors prendre rapidement une décision. 

Ce cruel dilemme est traité sur le mode fantasmagorique : toutes les pensées du couple se retrouvent matérialisées sur scène, du dialogue de Sarah avec un premier embryon qui ne parvient pas à s'accrocher au procès intérieur que le couple s'inflige, imaginant par avance ce que sera la vie d'Eugénie, cette petite fille pas encore née mais déjà nommée. Les scènes extrêmement drôles - le couple tentant de procréer dans une arrière boutique (le moment opportun n'attend pas) tandis que Sam continue à renseigner un client ou encore Sam en prise avec un flacon en plastique en vue d'une insémination artificielle - alternent avec des dialogues bouleversants, confidences d'une femme en mal d'enfant.
Eugenie_Cohen_Joncquez_Meyer_larg e_web ©Antoine  Melchior_2515.jpg

Photo : Antoine Melchior

Les quatre comédiens sont fabuleux ! Philippe Berodot et Estelle Meyer incarne tous les autres personnages autour de ce couple à la dérive : un médecin à la voix si rassurante mais aux propos qui le sont bien moins ou un inspecteur de police sirupeux, la mère de Sarah, féministe extrémiste et totalement centrée sur elle-même, ou la future Eugénie.

Côme de Bellescize livre un texte admirable. Il réussit le tour de force de révéler les tourments intérieurs de ce couple avec beaucoup de justesse. Les tergiversations et les états d'âmes de Sarah notamment sont criants de vérité, la trentenaire est coincée entre son envie de bébé, des employeurs qui présentent cette grossesse à venir et la mettent sur la touche, la pression d'une société qui impose sa norme, une mère au féminisme poussé à son paroxysme, la culpabilité de ne pas y arriver puis d'avoir "fabriqué" un enfant imparfait (la faute au téléphone portable dans sa poche ???). Enfanter est un sujet complexe mais Côme de Bellescize aborde les multiples facettes du problème sans jamais tomber dans la caricature. Bravo ! 

Eugénie, texte et mise en scène de Côme de Bellescize. Avec Philippe Bérodot, Jonathan Cohen, Eléonore Joncquez et Estelle Meyer. Au Théatre du Rond-Point, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h30, jusqu'au 13 décembre 2015. 

Puis en tournée
4 NOVEMBRE 2015 LE THÉÂTRE DE RUNGIS (94) – CRÉATION
6 NOVEMBRE 2015 THÉÂTRE PAUL ÉLUARD / CHOISY-LE-ROI (94)
26 ET 27 JANVIER 2016 THÉÂTRE DE L'EPHÉMÈRE / LE MANS (72)
29 ET 30 JANVIER 2016 THÉÂTRE GÉRARD PHILIPE / CHAMPIGNY-SUR-MARNE (94)
13 FÉVRIER 2016 ECAM / LE KREMLIN-BICÊTRE (94)
16 FÉVRIER 2016 THÉÂTRE JEAN VILAR / SURESNES (92)

14 novembre 2015

Et Demain ?

Se repasser les images de la soirée. Celles vues à la télé mais aussi celles vécues. Une soirée au théâtre comme si souvent. Un verre avec un ami avant. Rire, parler des pièces qu'on a vues, de celles qu'on ira voir. La représentation réussie, l'émotion procurée par ce si beau spectacle ...

Apprendre la nouvelle en sortant. Céder un peu à la panique, rentrer chez soi, se dire qu'on ne veut plus sortir, qu'on va quitter Paris. Envie de se blottir contre son enfant, de rester là dans sa chambre à l'abri au milieu des peluches pour toujours.

Se réveiller après quelques heures de sommeil seulement. Lancer une machine, couper les ongles de l'enfant ... Gestes du quotidien pour reprendre le cours normal de la vie. Réfléchir en se lavant les cheveux. S'être demandé si souvent quelle aurait été notre réaction face à la barbarie.

Se rendre compte que le choix est là à présent. Pas en cachant des enfants ou en prenant le maquis. Juste en continuant à aller au théâtre. Un résistance passive, un NON clair à ceux qui veulent qu'on se terre comme des cloportes.

Chercher les issues possibles des yeux au départ, peut-être, mais rester assis dans son fauteuil sans fuir. Dérisoire ? Sans doute mais la meilleure façon pour notre civilisation de rester debout, sans céder à la haine mais en préservant nos piliers que sont la culture et l'ouverture aux autres.

Alors oui, dès demain je reprendrai ma plume pour vous parler d'Eugénie au théâtre du Rond Point. Demain seulement car aujourd'hui, les sanglots sont encore trop près pour écrire.