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25 février 2015

Zazie dans le Métro d'après Raymond Queneau / Sarah Mesguich / Le Lucernaire

"Aussi bonne que Michèle Morgan
dans La Dame aux camélias"

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Photo : Alain RICHARD

Dans la famille Mesguich, je demande la fille. Après Daniel, le père - à la tête du Conservatoire National supérieur d'art dramatique durant de nombreuses années - et William, le fils (dont on a apprécié les adaptations des Mystères de Paris et des Fables de la Fontaine) je découvre avec plaisir le travail de Sarah qui signe au Lucernaire la mise en scène du roman de Raymond Queneau Zazie dans le métro.

La jeune Zazie débarque à Paris, confiée à son oncle Gabriel pour quelques jours tandis que sa mère file rejoindre son amant. Le rêve de la fillette : prendre le métro. Malheureusement pour elle, celui-ci est paralysé par une grève. Son séjour sera cependant parsemé de rencontres avec des personnages plus pittoresques les uns que les autres : Charles le chauffeur de taxi, Mado-Petits-Pieds la serveuse ou encore le mystérieux  Trouscaillon. Du bar de Turandot à la Tour Eiffel en passant par le cabaret où se travestit chaque soir Tonton Gabriel, la gamine culottée nous fait découvrir le Paris des années 50, façon carte postale.

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Photo : Chantal Depagne

L'adaptation des tribulations de cette chipie se concentre sur quelques scènes clefs du livre. La langue de Queneau est bien là, argotique et savoureuse. Géniales les scènes où Zazie envoie promener son monde avec une bordée de jurons (on tremble tout de même à l'idée que sa propre progéniture s'exprime un jour de la sorte !). Fantastique aussi ce diner où la gamine, debout sur la table au milieu des assiettes, explique qu'elle veut devenir institutrice pour "faire chier les mômes". Et l'on trépigne devant son enthousiasme à lister tous les sévices que la diablesse compte infliger à ses élèves. Jubilatoire !

On se laisse avoir par la prestation de Léopoldine Serre, impeccable dans le rôle de la pré-adolescente (en alternance avec Joëlle Luthi) au point que l'on crut que la comédienne avait peu ou prou l'âge du rôle. Il fallut un coup d'œil sur le dossier de presse pour s'apercevoir de la méprise ... Remarquables aussi les prestations de Jacques Courtès dans le rôle du Tonton travesti et de Charlotte Popon (vue dans Un Bon Petit diable l'année dernière à La Folie Théâtre) incarnant à elle seule tous les autres personnages féminins. L'ensemble de la troupe livre une interprétation réjouissante.

On regrettera juste quelques passages un peu grotesques,   notamment les scènes entre la veuve Mouaque et l'agent de police. En frisant le ridicule et le burlesque, on perd de vue les thèmes de société plus sérieux abordés par le roman comme le viol, la pédophilie ou l'homosexualité. Un spectacle plaisant malgré ces quelques écueils. A découvrir jusqu'au 12 avril 2015 au Lucernaire. 

Zazie dans le métro d'après Raymond Queneau, adaptation et mise en scène Sarah Mesguich. Avec Joëlle Luthi, en alternance avec Léopoldine Serre, Jacques Courtès, Charlotte Popon, en alternance avec Amélie Saimpont, Tristan Wilmott, en alternance avec Alexis Consolato, Alexandre Levasseur, Frédéric Souterelle. Au Théâtre du Lucernaire (Paris, 6e), du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h, jusqu'au 12 avril 2015. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée 1h30.

Commentaires

Bonjour, j'ai lu avec intérêt, sans économie, votre "Coup de coeur". Je partage la plupart de vos observations et remarques. Néanmoins, je défendrai davantage que vous ne le faites, la dimension burlesque, pour moi essentielle. Celle-ci à mon avis est très bien comprise et maitrisée dans l'adaptation théâtrale qu'en a fait Sarah Mesguich. De même qu'elle occupait une place de 1er choix dans le roman de Quéneau et dans l'adaptation cinématographique du roman.
Le burlesque doit être pris dans le sens d'un véritable genre populaire, dans lequel le comique et le langage passent essentiellement par la gestuelle des acteurs. Comme dans les films muets de Linder, Keaton Chaplin. C'est justement grâce aussi au burlesque - comme dimension non parlante, qui devient porteuse de sens et ce jusqu'à l'absurde - que les thèmes sérieux de Zazie dans le métro, peuvent être évoqués et mis en scène, pour ainsi dire avec sans détour ni complexe.
Le burlesque vient alors éclairer le sérieux et la gravité de l'existence, dans l'histoire de Zazie.

Écrit par : Jean-Marc | 13 mars 2015

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