Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 janvier 2015

"Anna Christie" de Eugène O'Neill / Jean-Louis Martinelli / Théâtre de l'Atelier

anna christie,eugene o'neill,theatre de l'atelier,jean-louis martinelli,mélanie thierry,stanley weber,féodor atkine,charlotte maury-sentier,theatre,critique,avis,blogPrès d'un an après son départ du théâtre des Amandiers à Nanterre - théâtre dont il assurait la direction depuis plus de dix années - Jean-Louis Martinelli signe au Théâtre de l'Atelier la mise en scène d'Anna Christie d'Eugène O'Neill. Une pièce magnifique s'appuyant sur un texte poignant (brillamment adapté par Jean-Claude Carrière) et une distribution parfaite.

L'histoire se déroule dans les années 20. Anna Christie est une jeune fille en perdition. Après la mort de sa mère, son père, marin au long cours, l'a confiée à des cousins fermiers. Cela fait 15 ans qu'il ne l'a vue et ignore la réalité de sa vie. La jeune femme a quitté la ferme, tenté de survivre par ses propres moyens, est tombée dans la prostitution. Au bord du précipice, elle vient trouver refuge auprès du vieux loup de mer qui l'embarque sur son charbonnier. Une nouvelle vie débute pour Anna jusqu'au jour où monte à bord Matt Burke, un marin irlandais, victime d'un naufrage. Le jeune homme tombe vite sous le charme d'Anna et lui fait la cour, sous le regard désapprobateur du père. Anna elle, voudrait trouver dans cet amour une rédemption mais ne peut se résoudre à raconter aux deux hommes son passé.

Immortalisée sur grand écran par Greta Garbo - ce fut d'ailleurs son premier rôle parlant - Anna Christie est ici merveilleusement incarnée par Mélanie Thierry. Une jeune femme, fragile et forte à la fois, personnage complexe et attachant au discours féministe. Face à elle, deux hommes charismatiques : Stanley Weber (Matt Burk), géant au regard d'acier qui se fait tout petit devant cette poupée qu'il pourrait pourtant briser d'une seule main, et Feodor Atkine (Chris Christofferson, le père d'Anna), parfait dans le rôle du marin bourru. N'oublions pas dans cette distribution Charlotte Maury-Sentier, tenancière au grand coeur qui sera la confidente du père puis de la fille dans les scènes de présentation.

Jean-Louis Martinelli propose une mise en scène très sobre. Un décor à peine esquissé, des nappes de brouillard pour nous entrainer en mer avec les personnages : cette épure sert au mieux le texte et l'interprétation, faisant de cette Anna Christie un spectacle que l'on vous recommande sans aucune réserve.

Anna Christie de Eugène O'Neill, adaptation Jean-Claude Carrière, mise en scène Jean-Louis Martinelli. Avec Mélanie Thierry, Stanley Weber, Féodor Atkine, Charlotte Maury-Sentier. Au Théâtre de l'Atelier, du mardi au samedi à 21h, matinées le samedi à 16h30, le dimanche à 15h30. Réservations au 01 46 06 49 24. Durée : 1H40.

21 janvier 2015

"Le Révizor" de Gogol / Paula Giusti / La Tempête

 "Des personnages inénarrables."

 Le révizor@Dominique Vallès.jpg
Photo : Dominique Vallès

La Russie du XIXe siècle, ses rouages administratifs et la folie qui en découle : voilà le coeur de l'intrigue du Révizor ou l'Inspecteur du gouvernement de Gogol, actuellement à l'affiche au Théâtre de la Tempête, dans une mise en scène de Paula Giusti.

Dans une bourgade russe reculée, le bourgmestre et les autres notables coulent une vie paisible. Mais l'annonce de l'arrivée d'un contrôleur en provenance de la  capitale les plongent tous dans une incontrôlable panique. Ce "révizor", en mettant le nez dans leurs affaires, risque de découvrir leurs petites magouilles quotidiennes. Seule solution : tenter d'amadouer le fonctionnaire mandaté par le tsar, quitte à lui verser quelques pots de vin. Dans leur précipitation, les notables du bourg se méprennent ... et vont combler de soins un voyageur sans le sou.



Le Révizor @Dominique Vallès.jpgPhoto : Dominique Vallès

Paula Giusti propose une version de la pièce tirant vers la farce. Postiches et faux nez sont de mise, poussant jusqu'à l'extrême la caricature de chaque personnage, du juge au responsable de la poste en passant par le plus caricatural de tous : le bourgmestre, magistralement interprété par Laura Pagès.

Pour redoubler l'effet de cette fable, la metteuse en scène transforme le pseudo révizor en marionnette, manipulée par le saltimbanque Ossip. La méprise des élites du village et leur attitude obséquieuse semblent ainsi encore plus grotesques. Au départ du moins car il y a dans la manipulation de ce pantin une telle habileté que l'on oublie nous aussi qu'il ne s'agit que d'un morceau de bois. Tout comme le bourgmestre et ses sbires, on se laisse duper par ses récits de grandeur. Les huit comédiens, accompagnés d'un musicien, ne ménagent pas leur énergie,  2h10 durant, pour nous narrer cette histoire rocambolesque dont on regrettera seulement quelques longueurs.

Le Révizor ou L'Inspecteur du gouvernement de Nicolas Gogol, adaptation et mise en scène Paula Giusti, texte français André Markowicz. avec Dominique Cattani, Florent Chapellière, Mathieu Coblentz, Larissa Cholomova, Sonia Enquin, Laure Pagès, André Mubarack, Florian Westerhoff. Au Théatre de la Tempête jusqu'au 15 février 2015, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36.
Durée du spectacle 2h10.

En tournée :
L’Archipel de Fouesnant le 5 mars 2015
Théâtre des Bergeries - Noisy-le-Sec le 13 mars 2015
Théâtre des Sources - Fontenay-aux-Roses le 21 mars 2015
Théâtre Romain Rolland de Villejuif du 31 mars au 4 avril 2015
Théâtre de Saumur le 9 avril 2015
Le Sémaphore - Cébazat le 12 mai 2015

07 janvier 2015

Le porteur d'Histoire d'Alexis Michalik / Studio des Champs-Elysées (reprise)

 "L'homme qui raconte bien
peut lever des armées

et embraser des nations."  

Le Porteur d'histoire joue à présent depuis près de trois ans ! La pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik ne cesse de séduire petits et grands, à Paris et en tournée. La distribution a changé mais le succès ne se dément pas. Vous pouvez la découvrir actuellement au Studio des Champs-Elysées jusqu'au 2 août 2015.

Voici la critique écrite en septembre 2012, lorsque j'ai vu la pièce au Théâtre 13.

le porteur d'histoire,alexis michalik,eric herson-macarel,amaury de crayencour,evelyne el garby,magali genoud,regis valléeMercredi 5 septembre 2012, 56e pièce vue cette année : Le Porteur d'Histoire d'Alexis Michalik au Théâtre 13. Et pour la première fois en 2012, je me suis mise debout pour applaudir au moment des saluts.

Ce texte est une merveille. De petites histoires, emboitées comme des poupées russes, qui nous laissent découvrir, en pointillés, l'Histoire. Avec un "H" ou un "h", qu'importent le vrai, le faux, le réel, l'imaginaire ...  Alexis Michalik nous rappelle que ce qui compte le plus c'est le récit et le talent du conteur.

En filigrane de cette "chasse au trésor littéraire", l'oeuvre d'Alexandre Dumas. Hommage appuyé - Dumas est un des personnages du récit - ou plus discret comme le pseudo choisi par l'héroïne, "Adelaïde Edmonde Antès".

le porteur d'histoire,alexis michalik,eric herson-macarel,amaury de crayencour,evelyne el garby,magali genoud,regis vallée
Photo : Alejandro Guerrero

Les cinq comédiens - Amaury de Crayencour, Evelyne El Garby, Magali Genoud, Eric Herson-Macarel et Régis Vallée  - nous entrainent à travers les époques et les continents : le 19ème (siècle), 1988, 2001, les Ardennes, le Canada, l'Algérie. A eux cinq, ils interprêtent une multitude de personnages. Les costumes volent sur le plateau nu. On n'en perd ni une miette ni la boussole tant il y a du génie dans la construction du récit.

Impossible de vous résumer l'intrigue. Ce serait de toute façon vous gacher le plaisir. Cette histoire se savoure par son suspens, l'impatience de savoir ce qu'il va se passer "au prochain épisode" (autre hommage au 19e siècle et aux feuilletons qui firent les beaux jours de la presse à cette époque).

En parcourant le dossier de presse, on découvre que cette formidable histoire a vu le jour en cinq semaines à peine ! Face à l'annulation d'un spectacle, Benjamin Bellecour, qui dirige le festival Mises en Capsules, a demandé à son compère Alexis Michalik (les deux comédiens ont joué dans l'excellente série de Canal + Kaboul Kitchen"Tu me ferais pas quelque chose ?".

Un "quelque chose" qui, après avoir enchanté les spectateurs du festival d'Avignon, ravira à coup sûr ceux du Théâtre 13.