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17 mai 2014

Macbeth de Shakespeare / Ariane Mnouchkine / Théâtre du Soleil - Cartoucherie de Vincennes

"De bruit et de fureur"

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Photo : Michèle Laurent

Voilà quatre ans que l'on attendait une nouvelle pièce du Théâtre du Soleil, longue attente depuis ces époustouflants Naufragés du Fol Espoir. Pour les 50 ans de la troupe, Ariane Mnouchkine profite d'un autre anniversaire - le 450e de Shakespeare - et s'attaque à Macbeth. Avant de parler de la pièce, un mot sur ce que les spectateurs découvriront en arrivant sur place : le grand hall attenant à la salle de représentation. Un lieu un peu magique où l'on se restaurera, avant la pièce ou pendant l'entracte, au milieu de nombreuses reproductions d'affiches et sous le regard du grand Will dont un immense portrait est peint au mur.  

C'est sur une lande de laine que s'ouvre la pièce. Les hommes qui mènent le combat ne sont pas des guerriers écossais du XIe siècle mais des soldats de notre époque, casques, treillis couleur sable et radio à la main. Le ton est donné : c'est un Macbeth contemporain que nous offre Ariane Mnouchkine. Et c'est entre riches tapis et fauteuils en cuir que le valeureux guerrier est célébré, à peine descendu d'un hélicoptère. Grisé par ce succès, envoûté par la prophétie des trois sorcières lui prédisant un avenir royal et poussé par sa femme, Macbeth va verser le sang pour conquérir le trône et tenter de la conserver.

macbeth,shakespeare,ariane mnouchkine,théâtre du soleil,avis,critique,blog  Photo : Michèle Laurent

Comme à son habitude, Ariane Mnouchkine nous offre un spectacle en cinémascope. Pas moins de 24 tableaux - et autant de décors - pour nous conter cette épopée. On a par moment l'impression qu'ils sont mille (en réalité quarante) à s'activer sur scène tant les changements sont rapides. On passe ainsi d'un salon de réception à une serre (où Lady Macbeth confectionne des bouquets) puis à une salle de bal, la terrasse d'un pub au bord de la Tamise ou encore les appartement privés du nouveau roi. Autant de saynètes qui impose un rythme soutenu à l'histoire. Ajoutez à cela les effets sonores créés en direct par Jean-Jacques Lemêtre et le spectacle est complet !

Quarante comédiens sur scène vous disais-je, cela fait du monde. C'est aussi une des marque de fabrique du théâtre du Soleil. Du simple rôle de figuration au rôle titre, tous jouent la partition avec une énergie et un enthousiasme communicatifs. Réservez au plus vite : la plupart des dates affichent déjà complet. 

Macbeth de William Shakespeare, traduit et dirigé par Ariane Mnouchkine, musique de Jean-Jacques Lemêtre. Au Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, mercredi, jeudi, vendredi à 19h30, samedi à 13h30 et à 19h30, dimanche à 13h30. Durée 3h50 avec entracte. Réservations au 01 43 74 24 08. 

12 mai 2014

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand / Dominique Pitoiset / Odéon - Théâtre de l'Europe

"Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,
On sent, – n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! —
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure"

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Cyrano chez les fous : est-ce à dire que le comportement de chacun des personnages apparaîtrait aujourd'hui comme une névrose ? Le panache de Cyrano, le goût de Roxane pour les beaux mots d'amour sont, il est vrai, d'un autre âge... Nous voici donc dans la salle commune d'un asile. Eclairage au néon, fauteuil en sky, carrelage blanc... et des pensionnaires vêtus de survêtements, les cheveux souvent gras et hirsutes. Tout y est fort laid. Roxane a les jambes pleines de bleus et son comportement silencieux au premier acte - regard en coin et gestes provocants - nous fait froid dans le dos.

On résista pendant quelques minutes à cette transposition, se demandant à quoi rimait tout cela ... Jusqu'à la fameuse tirade du nez et le duel qui s'en suit ("à la fin de l'envoi je touche"entre Cyrano (Philippe Torreton) et Valvert (Nicolas Chupin). Le fer à repasser a remplacé l'épée mais l'interprétation sert au mieux le texte. On se plonge alors pleinement dans l'histoire, celle de ce héros plein d'esprit mais au physique disgracieux qui, par amour pour sa cousine Roxane, va prêter ses mots au beau mais stupide Christian dont Roxane est éprise.

Quelques passages frôlent même le sublime, habilement mis en valeur par la musique débitée par un juke box. On est ému lorsque Roxane découvre les lettres d'amour suspendues à de fils au dessus de la scène sur fond de Your song d'Elton John. Magnifique aussi la traditionnelle scène du balcon, au cours de laquelle Cyrano joue au souffleur dans la pénombre, et qui devient ici une conversation sur Skype. Cyrano masque la webcam et s'adresse directement à Roxane que nous voyons, nous public, sur écran géant.  L'émotion du dialogue se retrouve alors décuplée. Philippe Torreton, méconnaissable, incarne superbement le héros d'Edmond Rostand face à Maud Wyler et Patrice Costa, couple d'amoureux torturés. N'oublions pas aussi Daniel Martin qui insuffle à De Guiche un caractère comique inattendu. 

Tout cela aurait pu faire de ce Cyrano un spectacle parfait... n'eussent été les coupes appliquées au texte! Exit l'arrivée du religieux envoyé par De Guiche que Roxane détourne pour épouser Christian. Dès lors, pourquoi retenir De Guiche sur un faux prétexte ? Le récit des voyages lunaires - d'ailleurs réduit à la portion congrue - n'a alors plus de raisons d'être et l'on perd un des passages les plus drôles de la pièce. Ultime omission : Roxane débarque au siège d'Arras sans Ragueneau et sans victuaille. Quel dommage de nous priver de tout cela ! On a pour ainsi dire l'impression d'avoir dégusté un repas de Noël auquel on aurait retiré quelques uns des 13 desserts ... et pour une gourmande comme moi, c'est une énorme frustration !

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, mise en scène Dominique Pitoiset. Avec Jean-Michel Balthazar, Adrien Cauchetier, Antoine Cholet, Nicolas Chupin, Patrice Costa, Gilles Fisseau, Jean-François Lapalus, Daniel Martin, Bruno Ouzeau, Philippe Torreton, Martine Vandeville, Maud Wyler. A l'Odéon - Théâtre de l'Europe, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à  15h, jusqu'au 28 juin 2014. Réservations au 01 44 85 40 40. Durée : 2h40

04 mai 2014

Tempête sous un crâne d'après Victor Hugo / Jean Bellorini / Théâtre des Quartiers d'Ivry

  "La lumière naturelle était allumée en lui."

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Bien avant Paroles gelées, bien avant qu'il ne soit nommé directeur du Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, voici la pièce qui a révélé au grand public le metteur en scène Jean Bellorini : Tempête sous un crâne est reprise jusqu'au 28 mai 2014 au Théâtre des Quartiers d'Ivry. Un spectacle époustouflant par sa mise en scène et la qualité de ses interprètes. 

Tempête sous un crâne n'est rien de moins que l'adaptation à la scène des Misérables de Victor Hugo. L'histoire est magnifique, certes, mais la transposer au théâtre aurait pu tourner au carnage. Bellorini, allié à Camille de la Guillonnière pour l'adaptation, évite l'écueil de la réécriture et procède par ellipses. Les épisodes choisis sont présentés quasiment in-extenso, respectant ainsi la splendeur des mots et le lyrisme hugoliens. Pas de dialogues mais un récit où les descriptions alternent avec des passages plus incarnés.  Le texte, pourtant dru, est dit magnifiquement par les cinq comédiens.  Trois heures trente durant, on reste suspendus à leurs lèvres.

L'histoire, on la connait pourtant tous... celle de la rédemption du bagnard Jean Valjean. Touché par la grâce d'un évêque qui lui tend la main à sa libération, l'ancien forçat n'aura de cesse de faire le bien autour de lui tout le reste de sa vie, prenant sous son aile Fantine puis sa fille Cosette. Sur ces traces, l'inflexible inspecteur Javert incarne la dureté de cette époque : la bonté de Jean Valjean n'a pas de prise sur lui, un forçat reste un forçat et l'on ne peut racheter ses fautes. 

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La première partie du spectacle laisse ainsi une large part à l'introspection, aux questionnements intérieurs. La mise en scène reste sobre et se concentre autour de deux comédiens. Dans la seconde partie, où sont narrées les journées insurrectionnelles de juin 1832, les combats sur les barricades occupent une grande place. Un souffle épique souffle alors et la mise en scène se fait plus dynamique avec cinq comédiens. L'émotion est toujours là pourtant, plus que jamais même au moment de la mort d'Eponine Thénardier. 

N'oublions pas la partie musicale ! Deux musiciens, omniprésents, ponctuent le récit d'extraits musicaux et sonores mais aussi de chansons. Des poèmes d'Hugo mis en musique et accompagnés au piano, à la guitare électrique ou encore à l'accordéon. La batterie, elle, nous fait entendre le canon. Les mots manquent un peu pour qualifier cette adaptation. On trépigne par instant devant l'enthousiasme des révolutionnaires, on pleure à d'autres devant la beauté de cette histoire si merveilleusement racontée. Ne vous laissez pas rebuter par la durée du spectacle et foncez à Ivry !

Tempête sous un crâne, d'après Les Misérables de Victor Hugo, adaptation Jean Bellorini et Camille de la Guillonnière, mise en scène Jean Bellorini. Avec Mathieu Coblentz, Karyll Elgrichi, Camille de la Guillonnière, Clara Mayer, Céline Ottria, Marc Plas, Hugo Sablic. Au Théâtre des Quartiers d'Ivry, jusqu'au 25 mai 2014, à 19h du mardi au samedi, le dimanche à 15h. Réservations au 01 43 90 11 11. Durée : 3h30 + entracte