Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 janvier 2014

Un ennemi du peuple de Ibsen / Thomas Ostermeier / Théâtre de la Ville

"Don't want to be a richer man"

Pendant une semaine, le Théâtre de la Ville met à l'affiche Un ennemi du peuple de Ibsen dans une mise en scène de Thomas Ostermeier. Une pièce sublime que j'avais eu le plaisir de découvrir lors du festival d'Avignon en juillet 2012. 

Quelqu'un m'a dit un jour "si la mise en scène est bonne et l'interprétation à la hauteur, qu'importe la barrière de la langue". Thomas Ostermeier et les comédiens du Schaubühne Berlin nous permettent, presque à chaque fois,  de vérifier cet adage. Dans cette mise en scène d'Un ennemi du peuple - présentée en allemand surtitréle metteur en scène dépoussière une nouvelle fois Ibsen, son auteur de prédilection

Avant de parler de la "magie" opérée par Ostermeier, évoquons d'abord l'histoire de cette pièce. Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux sont fortement polluées et dangereuses pour la santé des curistes. Fort de cette découverte, il imagine devenir le héros de la cité, le sauveur. Mais les thermes sont une manne financière pour la ville. Dénoncer cette pollution, c'est mettre à mal toute l'économie. Stockmann devient, en l'espace d'une journée, un paria. Son frère, conseiller municipal, et ses amis lui tournent peu à peu le dos, le dénigrent, le discréditent publiquement. 

Pour cette création, Ostermeier a d'abord travaillé le texte. Une adaptation en a été faite avec Florian Borchmeyer. A l'oeuvre originale d'Henrik Ibsen - écrite en 1882 - des extraits nouveaux ont été adjoints. Certains passages, au tournure de phrase un peu désuettes, ont aussi été un peu modifiés. Il en résulte un texte totalement contemporain, résonnant pleinement à nos oreilles, surtout le passage évoquant la crise financière, la nécessaire remise en cause du système. Le débat dépasse largement la pollution des thermes et la question de rendre cela public ou non. Le thème central est celui de la vérité face aux contraintes économiques, du bien général face aux intérêts particuliers. Le docteur Stockmann, s'adressant au public, va même jusqu'à proner la décroissance. Un véritable débat avec le public s'organise alors. Les comédiens se mèlent aux spectateurs et les interrogent. 

La scénographie est aussi la marque de fabrique des spectacles d'Ostermeier. Pour son Othello (présenté notamment à Sceaux en 2011), le plateau était entièrement recouvert d'eau et les comédiens pataugeaient durant tous le spectacle. Ici, la pièce s'ouvre sur un décor assez épuré : mobilier sommaire, murs noirs recouverts de dessin à la craie. Des murs repeints en blanc au cours du spectacle. Le bouquet final : un mitraillage en règle du personnage principal à la peinture multicolore. A chaque fois, Ostermeier parvient à créer une atmosphère. La musique choisie y est également pour beaucoup. Les chansons pop ne sont pas juste là pour agrémenter le récit mais le complètent : les paroles sont d'ailleurs intégrées au surtitrage - comme Changes de Bowie - et les titres interprêtés par les comédiens eux même.

Des comédiens brillantissimes de bout en bout.  Stefan Stern, déjà remarquable dans le rôle de Iago dans Othello, confirme son talent dans le rôle du Docteur Stockmann. A ses côtés, Eva Meckbach (Madame Stockmann), seule femme de la distribution, David Ruland ((Aslaksen), Moritz Gottwald (Billing), Chritoph Gawenda (Hovstad), Thomas Bading (Morten Kiil) sans oublier Ingo Hülsmann qui incarne un politicien terrifiant de cynisme.

Ce soir-là, en juillet 2012 à Avignon, la moitié de la salle était debout au moment des saluts. Une ovation amplement méritée. Les spectateurs du Théâtre de la ville ne seront pas déçus.

Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen, adaptation & dramaturgie Florian Borchmeyer, mise en scène Thomas Ostermeier.  Avec Thomas Bading, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Ingo Hülsmann, Eva Meckbach, David Ruland, Stefan Stern. Au Théâtre de la Ville, jusqu'au 2 février 2014. Spectacle en allemand, surtitré en français.  Durée : 2h 

26 janvier 2014

Roméo et Juliette de Shakespeare / Nicolas Briançon / Théâtre de la Porte Saint-Martin

 "Certains seront pardonnés, d'autres châtiés"

roméo et juliette,shakespeare,nicoals briançon,theatre de la porte saint-martin,ana girardot,niels schneider,valérie mairesse,bernard malaka,dimitri storoge,cédric zimmerlin,bryan polach,charles clément,valentine varela,mas belsito,pierre dourlens,pascal elso,adrien guitton,côme lesage,geoffrey dahm,eric pucheu,ariane blaise,marthe fieschi,noémie fourdan,theatre,avis,critique,blog

On attendait beaucoup de cette mise en scène de Roméo et Juliette par Nicolas Briançon, au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Trop peut-être. On ne peut pas dire que le spectacle est raté, loin de là, mais on ne dira pas non plus que l'on fut ébloui ... 

Briançon a opté pour une mise en scène assez conventionnelle (de cela, on ne lui fera pas le reproche tant nous fûmes échaudés par celle d'Olivier Py il y a trois ans à l'Odéon). L'intrigue est transposée dans l'Italie des années 1950. Costumes trois pièces, chapeaux noirs, robes sous le genou, un orchestre sur scène... Visuellement, c'est très beau ! La scène de bal, notamment, est plutôt réussie. L'ambiance festive est comme suspendue lorsque les regards de Roméo et Juliette se croisent pour la première fois. 

Cela ne suffit malheureusement pas à faire de la pièce un moment inoubliable. Ana Girardot et Niels Schneider échouent à nous faire ressentir la passion du couple mythique. Elle, pleine d'énergie, est un peu trop appliquée par moment ; lui pas toujours très audible. Quel dommage ! Heureusement, les seconds rôles sauvent un peu l'interprétation. Mentionnons surtout Valérie Mairesse dans le rôle de la nourrice et Bernard Malaka dans celui de Frère Laurent. 

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mise en scène de Nicolas Briançon, adaptation de Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon. Avec Ana Girardot, Niels Schneider, Valérie Mairesse, Bernard Malaka, Dimitri Storoge, Cédric Zimmerlin, Bryan Polach, Charles Clément, Valentine Varela, Mas Belsito, Pierre Dourlens, Pascal Elso, Adrien Guitton, Côme Lesage, Geoffrey Dahm, Eric Pucheu, Ariane Blaise, Marthe Fieschi, Noémie Fourdan et cinq musiciens. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin,  du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 15h. Réservations au  01 42 08 00 32. Durée : 2h15 

22 janvier 2014

Le Prince d'après Machiavel / Laurent Gutmann / Théâtre 71

"Tout se remplit de désordre et de confusion"

 Le Prince@Pierre Grosbois - ok  388.jpg
Photo : Pierre Grosbois

Et si Machiavel vivait de nos jours, à qui dispenserait-il ses conseils ? Au Théâtre 71 à Malakoff, Laurent Gutmann imagine l'auteur du Prince au cœur d'un stage de formation en entreprise.

Nous voici donc dans une salle impersonnelle, aux cloisons vitrées avec chaises pliantes et machine à café ... très, très loin de la cour des Médicis à Florence au XVIe siècle. L'organisatrice, au look de working girl, accueille trois stagiaires. On partage une galette des rois pour bien débuter la journée et l'un des participants se voit couronner. "Vous êtes notre prince, à vous de jouer !" Oui mais voilà, gouverner même au cours d'un exercice dans un séminaire ce n'est pas si aisé ! Le peuple c'est le public à qui l'on distribue des bonbons pour assurer sa place sur le trône (ou plutôt à l'arrière d'une berline, symbole moderne du pouvoir). Le moindre faux pas est fatal : une erreur de gouvernance et la couronne passe sur la tête d'un autre candidat.

le prince,machiavel,laurent gutmann,thomas blanchard,luc-antoine diquéro,maud le grévellec,shady nafar,pitt simon,théâtre 71,avis,critique,blog,théâtre
Photo : Pierre Grosbois

Au coin de la scène, le formateur en costume Renaissance alias Nicolas (comme Machiavel) énonce des maximes et des conseils ... extraits tout droit du Prince. Un langage châtié qui tranche avec le reste des dialogues mais, sur le fond, ces stratagèmes pour conquérir et conserver le pouvoir semblent toujours valables. 

Entre quizz et mise en situation, la pratique illustre la théorie façon "philo pour les nuls" . L'interactivité est au cœur de la mise en scène. On rit beaucoup - plus qu'en lisant le livre - mais on retient tout de même les théories de Machiavel. 

Le Prince d'après Nicolas Machiavel, adaptation, mise en scène et scénographie Laurent Gutmann. Avec Thomas Blanchard, Luc-Antoine Diquéro, Maud le Grévellec, Shady Nafar, Pitt Simon. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 25 janvier 2014, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, vendredi à 20h30. Réservations au 01 55 48 91 00. Durée : 1h30. 

En tournée :
- Le 28 janvier 2014 à La Passerelle, scène nationale de St-Brieuc (réservations au 02 96 68 18 40)
- Les 25 et 26 mars 2014 au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes (réservations au 02 97 01 62 00)