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23 septembre 2013

Acrobates de Stéphane Ricordel et Olivier Meyrou / Le Monfort Théâtre

Au printemps dernier, j'ai été très émue par Acrobates présenté au Théâtre Silvia Monfort. Le spectacle y est repris du 24 septembre au 19 octobre 2013. Ode à la vie, l'amitié, le souvenir, cette création de Stéphane Ricordel (mise en scène) et Olivier Meyrou (dramaturgie) allie vidéos et acrobaties. Voici l'article que j'avais écrit après avoir vu ce spectacle. 

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Au coeur du projet, il y a Fabrice Champion. Membre de la compagnie les Arts Sauts, le trapéziste est devenu tétraplégique en 2004 à la suite d'un accident en répétition. Olivier Meyrou a fait de sa rééducation un documentaire intitulé Acrobate (au singulier cette fois).  De larges extraits de cette oeuvre émaillent la spectacle. On y voit Fabrice tenter de donner un nouveau sens à sa vie, de rester acrobate malgré tout, aidé de ses amis Alexandre Fournier et Matias Pilet. Fabrice est décédé depuis... Alexandre et Fabrice sont toujours acrobates. C'est l'essence même de leur vie. Sur la scène, ils expriment par leurs mouvements leurs émotions face à cette épreuve.

 

Le metteur en scène du spectacle, Stéphane Ricordel (par ailleurs co-directeur du Monfort) a bien connu Fabrice Champion puisqu'il est l'un des fondateurs des Arts Sauts avec Laurence de Magalhaes (l'autre co-directrice du Monfort). L'amitié est ainsi le thème central du spectacle. L'amitié au delà du deuil et l'amitié entre ceux qui restent. Et plus largement la notion d'entraide et de confiance, primordiale dans l'acrobatie. Se soutenir, tendre la main, compter sur l'autre : dans ce domaine, ces expressions courantes prennent une autre dimension. 

L'histoire de Fabrice nous est présentée avec pudeur, à mots couverts. Extraits visuels ou juste sonores tandis qu'Alexandre et Mathias évoluent sur le plateau. Par leurs gestes, ils illustrent la souffrance de perdre le contrôle de son corps lorsque l'on est acrobate. Ils exprimeront aussi la douleur face à la mort puis l'élan vital qui demeure le plus fort. On passe aussi de l'ombre à la lumière.

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La grâce et la fluidité de leurs mouvements  nous font  perdre de vue les exploits physiques qu'ils mettent en oeuvre pour défier la gravité. Ce ne sont pas des gymnastes qui sont sous nos yeux mais des artistes qui véhiculent des émotions. La scénographie contribue aussi à faire de ce spectacle un hymne à la vie : la nature est sans cesse célébrée sur les écrans sur lesquels les acrobates évoluent.  

En un mot, un spectacle magnifique qui nous saisit aux tripes, nous laisse à la fois chamboulés et éblouis par ce que les gestes de ces acrobates arrivent à transmettre au delà des mots.  

Acrobates, mise en scène Stéphane Ricordel, dramaturgie et film Olivier Meyrou. Avec Alexandre Fournier et Matias Pilet. Au Monfort Théâtre  du 24 septembre au 19 octobre 2013. Réservations : 01 56 08 33 88.
Durée : 1h15 

En tournée :
les 9 & 10 janvier 2014 au Théâtre La Passerelle/Scène Nationale des Alpes du Sud à Gap,
du 13 au 19 janvier 2014 au Cirque-Théâtre d’Elbeuf

18 septembre 2013

Macbeth de Shakespeare / Laurent Pelly / Théâtre des Amandiers (Nanterre)

"C'est un glas qui t’appelle au ciel ou en enfer"

L'affiche toulousaine nous avait fait saliver : Macbeth de Shakespeare, mis en scène par Laurent Pelly avec dans le rôle titre Thierry Hancisse, accompagné de Marie-Sophie Ferdane et Emmanuel Daumas. Le déplacement dans la ville rose ne fut finalement pas nécessaire : le spectacle est programmé au Théâtre des Amandiers à Nanterre jusqu'au 13 octobre 2013.

Pelly, Hancisse, Ferdane ... le trio a déjà collaboré pour l'Opéra de quat'sous à la Comédie-Française. Le metteur en scène toulousain a cette fois entraînés les deux comédiens loin de la maison de Molière. Et cette distribution est un coup de maître. Si l'on ne doutait pas un seul instant du talent de Thierry Hancisse, Marie-Sophie Ferdane, dans le rôle exigent de Lady Macbeth (l'un des plus durs du répertoire disent les anglo-saxons) se révèle comme une grande comédienne, passant de la détermination froide à la folie. 

Choix de costumes contemporains pour cette intrigue qui se déroule, rappelons-le, au XIe siècle. Macbeth, guerrier triomphant, est le thane - comprenez le seigneur - de Glamis. De retour du combat, il rencontre trois sorcières qui l'interpellent sous le titre de thane de Cawdor et de roi. Or, quelques instants plus tard, il se voit effectivement récompensé de ses efforts au combat par le titre de thane de Cawdor ... Il n'aura de cesse alors que de faire se réaliser le reste de la prophétie, poussé en cela par son épouse, l'impitoyable Lady Macbeth.

La soif du pouvoir et la folie qui en découle : les thèmes centraux de cette pièce se retrouvent dans la scénographie. Un trône bien trop grand, des murs qui se déplacent au fil des scènes comme un labyrinthe ... Les lumières sont extrêmement travaillées, jouant souvent le contre-jour et transformant ainsi les comédiens en ombres sur l'avant-scène. C'est graphiquement très beau mais aussi très oppressant. Au loin, le tonnerre gronde. 

Pas toujours évident de maintenir le public en haleine pendant 3h20. Laurent Pelly réussit à nous captiver jusqu'au bout faisant presque de cette histoire un thriller. Hypnotisant.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène, scénographie et costumes Laurent Pelly. Avec Thierry Hancisse de la Comédie-Française, Marie-Sophie Ferdane, Pierre Aussedat, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Eddy Letexier, Régis Lux, Laurent Meininger, Ronan Rivière, Fabienne Rocaboy, Jean-Benoît Terral,Damien Vigouroux. Au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu'au 13 octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le jeudi à 19h30 et le dimanche à 15h30 (relâche lundi). Réservations au 01 46 14 70 00 

17 septembre 2013

L'Ecole des femmes de Molière / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Oui mais qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche
on rie aussi de lui."

Il y a de nombreuses façons de monter L'Ecole des Femmes. On peut en faire une pièce sombre façon fait divers sordide où Arnolphe serait un tortionnaire qui séquestre une enfant. On peut aussi faire rire avec cette histoire : c'est le choix de Philippe Adrien qui met en valeur la farce dans la pièce de Molière. A voir au Théâtre de la Tempête jusqu'au 27 octobre 2013.

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Photo Laura Mariani

La scénographie est des plus élégantes. Sur l'avant-scène, un chemin de gravier. Un parquet en bois clair et un petit champ planté de choux occupent le milieu du plateau. C'est la demeure d'Arnolphe, séparée de la rue par un mur invisible. Pour y accéder, on emprunte au choix une porte à jardin ou une autre à cour. Tout au fond, dissimulée derrière un tulle qui devient opaque lorsque la lumière décroit, il y a la chambre d'Agnès, cellule de couvent ou la jeune fille est recluse comme une novice.

Tout cela est très lumineux, à l'image de cette mise en scène. Loin d'être effrayant, Arnolphe (Patrick Paroux) devient ici le dindon de la farce, personnage ridicule aux dépens de qui on rit. Agnès, elle, est lumineuse d'intelligence. Valentine Galey qui incarne la jeune fille est la révélation de cette pièce. Elle esquive avec merveille le piège de la mièvrerie pour nous livrer une Agnès, pleine de bon sens et d'aplomb malgré son éducation.

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Photo Laura Mariani

Mimiques, portes qui claquent, personnages caricaturaux  comme ce notaire bourré de tics nerveux ou Enrique et Oronte, les pères d'Agnès et Horace, relookés en Quakers (ou peut-être s'agit-il d'Amish, je ne sais pas exactement) : tout est fait - et bien fait - pour que l'on rit. 

Le rire, c'est ce qui a guidé Philippe Adrien dans cette mise en scène, comme dans celle du Dindon de Feydeau il y a deux ans. Le directeur du Théâtre de la Tempête explique son travail dans la vidéo suivante (réalisée par Visioscène). 

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien. Avec Raphaël Almosni, Vladimir Ant, Gilles Comode, Pierre Diot, Joanna Jianoux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre et Patrick Paroux. Au Théâtre de la Tempête, juqu'au 27 Octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36