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03 juin 2013

Un vent d'Orient souffle sur la Comédie-Française avec "Rituel pour une métamorphose" du Syrien Saadallah Wannous

« C’est de la magie. Je suis complètement éblouie. »

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Sensation d'être une mauvaise élève qui n'a pas fait ses devoirs : voilà deux semaines que j'ai vu Rituel pour une métamorphose à la Comédie-Française et je n'ai pas encore pris le temps de vous en parler. Pour me faire pardonner, vous trouverez dans ce billet une vidéo en prime. Après avoir vu la pièce en simple spectatrice, j'y suis retournée une seconde fois pour tourner un reportage pour France 3 Ile-de-France. 

Et ce fut plutôt un plaisir que de voir cette pièce - la première oeuvre de langue arabe à entrer au repertoire de la Comédie-Française - deux fois.  Sous des allures de conte, Rituel pour une métamorphose est un pamphlet politique. Son auteur, Saadallah Wannous utilise la société du 19e siècle pour mieux dénoncer la Syrie qu'il a connue, celle de Hafez El Assad dans les années 90 (la pièce a été écrite en 1994, Wannous est décédé en 1997). 

L'histoire en quelques mots : Abdallah (Denis Podalydes) est une figure politique de Damas. On le surprend dans une position compromettante avec Warda, la courtisane (Sylvia Bergé), ce qui lui vaut d'être directement conduit en prison. Le mufti (Thierry Hancisse), qui a dans un premier temps formenté cette arrestation, décide de sauver Abdallah. A-t-il peur que le pouvoir politique soit ébranlé par ce scandale ou veut-il profiter de la situation pour démettre le chef de la police ? Ses motivations restent obscures. Il parvient tout de même à ses fins en substituant à la courtisane l'épouse légitime, Mou'mina (Julie Sicard). Mais Mou'mina n'accepte qu'à une condition : être répudié pour retrouver sa liberté. Une liberté qu'elle entend utiliser à sa guise en devenant à son tour courtisane. Et quand la première dame de la cité devient une prostitué, c'est la société entière qui s'écroule.

Parallèlement à l'histoire de Mou'mina, les personnages secondaires en disent aussi beaucoup sur l'hypocrisie de cette société. Il y a Soumsom (Louis Arene), le travesti que tout le monde raille et désapprouve même si nombreux sont ceux qui l'on mis dans leur lit. Il y a aussi Afsah (Nazim Boudjenah) et Abbas (Eliot Jenicot), les deux fiers à bras, un peu plus que de simples compagnons d'armes ... Une pièce chorale donc qui trouve dans la troupe de la Comédie-Française les ressources nécessaires à sa pleine mise en valeur.

La mise en scène de Sulayman Al-Bassam nous entraine dans un conte des mille et une nuits sans toutefois tomber dans les clichés orientalistes. La "métamorphose" de Mou'mina / Almâssa est visuellement très forte : la jeune femme devient de plus en plus scintillante au fil de sa progression jusqu'à devenir un être métallique et immobile, véritable icône.

On est envoutés, hypnotisés par cette fable. Après avoir vu deux représentations, je pense qu'il y a encore des détails qui m'ont échappé tant la pièce est riche en symboles. Alors, si vous suivez mes conseils, n'hésitez pas : allez-y  mais surtout donnez-moi votre point de vue ensuite !

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, mise en scène et version scénique de Sulayman Al-Bassam, traduction et collaboration à la version scénique Rania Samara. Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arene. 
A la Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu'au 11 juillet 2013 .  Réservation : 0 825 10 1680. Durée  2h15 sans entracte.

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