Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23 mars 2013

Coup de coeur pour Médée de Corneille revue façon heroic fantasy par le metteur en scène Paulo Correia à la Tempête

"Souvent je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer 
Nous surprend, nous emporte, et nous force d'aimer
Et souvent, sans raison, les objets de nos flammes 
Frappent nos yeux ensemble et saisissent nos âmes."

 

Médée (1).jpg
Photo © Fraicher-Matthey

 

L'amoureuse de Corneille que je suis (cf le nom de ce blog) n'a pas été déçue : la mise en scène de Médée par Paulo Correia, actuellement au Théâtre de la Tempête, est tout simplement sublime.

Le metteur en scène a transposé cette tragédie dans un univers heroic fantaisy. Le texte est là, inchangé, respecté à la virgule mais porté par un dispositif technique très élaboré. La vidéo - souvent utilisée à tort et à travers au théâtre ces derniers temps - trouve ici une vraie raison d'être.

Les gravures de Gustave Doré prennent ainsi vie pour nous expliquer, en prélude, l'histoire de Médée et de Jason. La conquête de la toison d'or et la fuite des deux amants sont racontées en détails. Petit rappel des "épisodes précédents" pour mieux comprendre le point de départ de l'oeuvre de Corneille : le couple s'est réfugié à Corinthe après avoir semé la mort sur son passage mais Jason s'éprend de Créuse, la fille du roi Créon, et délaisse Médée. Les cinq actes de la pièce sont le récit de la vengeance de celle-ci. Une vengeance qui la conduira au crime suprême : l'infanticide.

Médée.jpg
Photo © Fraicher-Matthey

Voici donc Médée (Gaële Boghossian) qui apparait dans sa magnifique robe noire au milieu d'un vol de corbeaux. Ne l'oublions pas : cette héroïne n'est pas complètement humaine. Petite-fille du Soleil, c'est une magicienne et ce sont ses pouvoirs qui ont assuré ses victoire à Jason. Pour le lui rappeler, elle fait ressurgir d'un mouvement de poignet dragons et armées de squelettes . Les alexandrins deviennent images et le récit gagne en clarté.  

Et les autres personnages ? Avouons-le : Médée est si envoutante et captivante qu'on n'a d'yeux que pour elle ! Jason (Fabrice Pierre), Créon (Laurent Chouteau) et Créuse (Amandine Pudlo) font figures de seconds rôles face à cette héroïne dont on oublie même la monstruosité. 

Le merveilleux est omniprésent. Nérine, la suivante de Médée, n'est ici qu'une nuée, une volute de fumée à la voix un peu métallique, conscience sans corps à l'image du miroir dans Blanche-Neige. Le son est aussi soigneusement travaillé : souffle du vent, babillements d'enfants au loin ... Seul tout petit bémol : la scénographie oblige les comédiens a être équipés de micro, ce qui n'est jamais très agréable au théâtre (mais là, vraiment, je pinaille).

Ce spectacle m'a laissée dans un rare état d'euphorie, me rappelant que c'est pour vivre de telles sensations que l'on se presse si souvent au théâtre. Et s'il fallait trouver un argument supplémentaire pour convaincre les ado, dites-leur que c'est encore mieux que Game of thrones 

Médée de Pierre Corneille, mise en scène Paulo Correia, collaboration artistique Gaële Boghossian. Avec Gaële Boghossian, Laurent Chouteau, Stéphane Kordylas, Stéphane Naigeon, Fabrice Pierre, Amandine Pudlo. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, jusqu'au 21 avril 2013. Réservations : 01 43 28 36 36

21 mars 2013

L'effroyable "Grand Guignol" ressuscité sur la scène du Théâtre 13

"Cette atmosphère..."

Visuel 3 © Maline Cresson.jpg
Photo © Maline Cresson

Le Grand Guignol n'a rien à voir avec des marionnettes. Sous ce nom, c'est un lieux du passé qui ressurgit. Un théâtre situé rue Chaptal à Paris qui, de la fin du XIXe au milieu des années 60, proposait des pièces d'un genre très particulier. Sur la scène du Théâtre 13, Frédéric Jessua et Isabelle Siou nous font revivre cette époque en proposant trois courtes pièces jouées au Grand Guignol dans les années 20.

Elle a été "flagellée, martyrisée, coupée en tranches, recollée à la vapeur, passée au laminoir, écrasée, ébouillantée, saignée, vitriolée, empalée, désossée, pendue, enterrée vivante, bouillie au pot-au-feu, éventrée, écartelée, fusillée, hachée, lapidée, déchiquetée, asphyxiée, empoisonnée, brûlée vive, dévorée par un lion, crucifiée, scalpée, étranglée, égorgée, noyée, pulvérisée, poignardée, revolvérisée et violée" : devant le rideau, avec son élégant porte-cigarette et les cheveux enturbannés, c'est Paula Maxa qui nous parle. Elle est La femme la plus assassinée au monde, la comédienne star du Grand Guignol. Tout est dit dans ce prologue. Le Grand Guignol, c'est du théâtre qu'on qualifierait aujourd'hui de gore. Les vices de la société sont le coeur des intrigues. C'est fait pour choquer le bourgeois, pour faire peur, pour donner aux spectateurs l'impression de s'encanailler. 

Grand Guignol, Théâtre 13, elise chièze,julien buchy,jonathan hume,jonathan frajenberg,joseph fourez,aurélien osinski,frédéric jessua,clémentine marmey,stéphanie papanian,isabelle siou,dominique massat,justine bachelet,claire guionie
Photo © Sophie Pincemaille

Les titres des pièces présentées au Théâtre 13 parlent d'eux-mêmes : L'amant de la morte, Le Baiser de sang ou encore Les Détraquées. Des pièces où il est question de fantômes, de meurtres, où les protagonistes se piquent à la morphine et où le sang coule ...

L'atmosphère est soigneusment reconstituée par les décors et les costumes mais presque cent ans plus tard, ces histoires ne suscitent pas forcément les mêmes réactions. Ces moeurs là ne sont plus si choquantes aujourd'hui, à l'heure où les films et les séries télévisées nous montrent des meurtres à toute heure et de façon beaucoup plus réaliste... 

Pourtant ce décalage ne nuit pas au spectacle, bien au contraire : il lui confère une autre valeur, un côté surrané, un peu kitsch. A l'époque, il parait que certains spectateurs s'évanouissaient lors des représentations.  Loin de nous faire hurler de terreur, Grand Guignol nous fait aujourd'hui hurler de rire. On adore ! Et comme lorsque l'on redescend du train fantôme, on a bien envie de refaire un tour.

Grand Guignol : trois courtes pièces mises en scènes par Frédéric Jessua et Isabelle Siou.  
L’amant de la Morte de Maurice Renard (1925) mise en scène Frédéric Jessua. 
Le Baiser de Sang de Jean Aragny et Francis Neilson (1929) mise en scène Isabelle Siou. 
Les Détraquées d’Olaf et Palau (1921) mise en scène Frédéric Jessua. 
Avec Elise Chièze, Julien Buchy, Jonathan Hume, Jonathan Frajenberg, Joseph Fourez, Aurélien Osinski, Frédéric Jessua, Clémentine Marmey, Stéphanie Papanian, Isabelle Siou,  Dominique Massat, Justine Bachelet et Claire Guionie. Au Théâtre 13 jusqu'au 28 avril 2013, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30. Durée 2h sans entracte.

18 mars 2013

Klaxon, trompettes ... et pétarades : un Dario Fo burlesque au Théâtre 14

"Si je racontais ça,
personne ne me croirait."

Photo 7 © Franck Treboit.jpg
Photo © Franck Treboit

Avec Dario Fo, on rit beaucoup mais la critique sociale est toujours sous-jacente. C'est une fois de plus le cas avec Klaxons, trompettes ... et pétarades, pièce inédite en France et présentée au Théâtre 14 dans une mise en scène de Marc Prin

L'histoire n'est pas simple et fait référence à une période historique mouvementée en Italie. Dans les années 1970, les brigades rouges sont en pleine activité. L'homme politique Aldo Morro vient d'être enlevé et assassiné. Dario Fo imagine comme point de départ de cette pièce, une tentative d'enlèvement similaire. La victime : Giani Agnelli, le grand patron de Fiat.

Le héros de l'histoire, Antonio, est ouvrier à la Fiat. Ouvrier et militant communiste. Témoin du rapt, qui vire en accident de voiture, il porte secours à son patron totalement méconnaissable et le dépose à l'hôpital. Mais dans la précipitation, Antonio oublie sa veste (et ses papiers) auprès de la victime.  

Vous l'aurez compris : Agnelli va être identifié comme étant Antonio. Le patron dans le rôle de l'ouvrier, voilà un parfait ressort comique. Mais dans ce cas où est Agnelli ? Enlevé forcément ! Et d'ailleurs, Antonio ne serait-il pas complice de cet enlèvement ?

Pour corser le tout, on rafistole le visage amoché d'Agnelli à l'image de celui d'Antonio. Deux personnages ayant les mêmes traits, on a déjà vu ça chez Molière avec Amphitrion mais ça paie à tout les coups ... 

klaxon, trompettes et pétarades, dario fo, marc prin, theatre 14, Céline Dupuis, Anne Dupuis, Gérald Cesbron, Gilles Ostrowsky, Milena Esturgie, critique, avis, blog
Photo © Franck Treboit

C'est donc un beau remue-ménage (et remue-méninge) qui se déroule sous nos yeux. La mise en scène fait largement appel à la farce et au burlesque. Les comédiens cumulent les rôles à grand renfort de masques et de perruques. Gilles Ostrowsky (Antonio) tout en grimace assure parfaitement le spectacle, parfaitement secondé par Céline Dupuis (Rosa, l'épouse d'Antonio). Milena Esturgie, Anna Dupuis et Gérald Cesbron complètent cette distribution avec brio.

La scénographie, composée de plusieurs portes et laissant entrevoir les coulisses, contribue à la dynamique du récit. C'est explosif ! En voici un court extrait :

La pièce vaut donc le coup d'oeil et séduira un large public. N'hésitez pas : à voir jusqu'au 27 avril 2013 au Théâtre 14.

Klaxon, trompettes ... et pétarades de Dario Fo, traduction Marie-France Sidet, mise en scène, scénographie et costumes Marc Prin. Au Théâtre 14 jusqu'au 27 avril 2013, mardi, vendredi à 20h 30, mercredi et jeudi à 19h, samedi à 16h et 20h 30. Avec Céline Dupuis, Anne Dupuis, Gérald Cesbron,  Gilles Ostrowsky, , Milena Esturgie.
Réservation : 
01 45 45 49 77. Durée : 1h50