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05 mars 2013

Phèdre à la Comédie-Française : la mise en scène de Michael Marmarinos laisse perplexe

"J'entends. De vos douleurs la cause m'est connue. 
Phèdre ici vous chagrine et blesse votre vue. "

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Rarement une pièce présentée à la Comédie-Française m'aura laissée autant partagée. Sur le plateau de la Salle Richelieu rénovée, le Grec Michael Marmarinos signe la mise en scène de Phèdre de Jean Racine.

Commençons par parler du décor. Ni trop imposant ni trop épuré. Nous voici dans une vaste salle entourée de portes fenêtres par lesquelles on aperçoit, en fond de scène, la mer et une côte découpée : pas une toile peinte ni une photo mais un film sur un écran géant. Les vagues s'éclatent par moment sur le rivage, un oiseau vient traverser le ciel. Nous voici donc en Grèce à une époque indéterminée mais plutôt contemporaine. L'idée semble bonne si ce n'est que l'ensemble ainsi constitué reste assez froid.   

Pour le reste, le perplexité prime. Pourquoi ce poste radio constamment allumé en arrière fond sonore ? On ne perçoit que des bribes de ce qu'il émet et cela n'apporte pas grand chose de plus à l'intrigue. D'autant qu'un autre fond sonore vient se juxtaposer : des violons qui jouent en continue ne nous laissant que quelques instants de répits ... Beaucoup d'éléments qui viennent parasiter les dialogues. Il doit y avoir une symbolique derrière tout cela mais elle m'a échappé !

Que dire de l'interprétation ? Ce sont surtout les rôles masculins qui s'illustrent. En premier lieu, Samuel Labarthe. Dans le rôle de Thésée, il a la froideur et la majesté qui conviennent à ce personnage de haut rang. Eric Génovèse (Théramène) parvient à nous émouvoir par le récit de la mort d'Hippolyte. Une récit fait sur le ton de la confidence, certes, mais qui nous faire vivre l'évènement. Hippolyte c'est Pierre Niney. On le connait surtout pour ses rôles comiques. Le voici dans la tragédie. Les alexandrins sont maitrisés, l'interprétation tout a fait honorable mais ce n'est pas la virtuosité à laquelle il nous avait habitués.

Enfin, on regrettera aussi ces déplacement incessants, trop nombreux, d'un bout à l'autre du plateau. Une agitation un peu fatigante : les comédiens passent par une porte, reviennent en courant par une autre ...

Tout cela est bien dommage mais peut-être n'ai-je pas su saisir le message que le metteur en scène a voulu faire passer. Si vous y voyez plus clair, n'hésitez pas à éclairer ma lanterne ! 

Phèdre de Jean Racine, mise en scène Michael Marmarinos. Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Clotile de Bayser, Elsa Lepoivre, Pierre Niney, Jennifer Decker,Samuel Labarthe, Benjamin Lavernhe, Émilie Prevosteau. A la Comédie-Française, Salle Richelieu, jusqu'au 26 juin 2013. Réservations au 0 825 10 1680.

Commentaires

J'ai eu les mêmes impressions, sauf que je n'aimais pas le récit de Théramène.

http://josephsoleary.typepad.com/my_weblog/2013/03/ph%C3%A8dre-at-the-com%C3%A9die-fran%C3%A7aise.html#comments

Écrit par : Philinte | 07 mars 2013

Je me sens proche du post, moins du commentaire sur le récit de Théramène. Pourquoi ? Parce que c'est un des moments où un des parti-pris de mise en scène parvient le mieux à “fonctionner” avec le texte de Racine.
Pour le reste, il est vrai que ces déplacements scéniques continuels et fiévreux (Hippolyte et Aricie particulièrement) évoquent plutôt le traitement habituellement accordé à Musset ou à d'autres romantiques.
Une amie soulignait sa frustration à n'avoir pas eu la sérénité nécessaire pour avoir accès à la langue racinienne.
Cela me fait penser à une représentation de Brittanicus (oui, c'est Corneille mais le principe résiste) où, vues les dimensions du plateau, les acteurs étaient plutôt statiques. Tout d'abord, j'ai vu là la perspective de m'ennuyer et j'ai été détrompé par une attention de tous les instants au texte et au déploiement de la dramaturgie. Comme quoi, il ne faut sans doute pas confondre émotion et précipitation…
Il n'en reste pas moins que, dans cette création, les acteurs maîtrisent texte et personnages, que les émotions proposées sont assumées et que l'esthétique “adriatique 1930” a un charme certain. Mais froid, c'est vrai.
Les procédés sonores sont efefctivement trop prégnants. Ils participent d'une mise en image qui finit par s'imposer au jeu et surtout au texte.
Bien à vous,

Écrit par : Luv Sdrow | 08 mars 2013

"Peut-être n'ai-je pas su saisir le message que le metteur en scène a voulu faire passer.." Là est tout le problème. Le génie de Racine se suffit à lui-même. Pourquoi nous imposer autre chose ? Je vous renvoie à Jouvet et à sa façon de mettre en scène les grands auteurs classiques. D'ailleurs en ce moment nous avons la chance de pouvoir assister à la pièce "Jouvet" au théâtre du Nord-ouest, et je la recommande vivement à tous les amateurs:

http://www.billetreduc.com/84572/evt.htm

Dans cette pièce Jouvet est lui-même représenté mettant en scène plusieurs comédiennes dans le rôle de Phèdre (belle coïncidence!). Tout y est dit.

Le texte se suffit à lui seul. Les comédiens et le metteur en scène ont le devoir de le laisser s'exprimer ; or c'est tout le contraire que le metteur en scène fait ici. Et la pièce est "massacrée"! Oui, massacrée : le désagrément de la musique de fond, la radio bruyante et incongrue, l'usage grotesque d'un micro en pleine scène (qui rend le comédien statique et sa diction improbable). Mais le pire ce sont ces apartés des comédiens se mettant à réciter la pièce avec des "il dit" ("Théramène dit...", etc.) : ridicules, inutiles tout autant que grotesques.

Qu'a voulu faire le metteur en scène ? Ce n'était peut-être pas son intention de la massacrer, mais il l'a fait ! Racine est un génie. Mr Marmarinos se permet de l'utiliser pour y faire passer... quoi ? son propre orgueil ? Mais qui est-il ? Il n'arrive même pas à la cheville de Racine et dans 20 ans (dans beaucoup moins même j'espère) on aura oublié ce "metteur en scène". J'étais venu au théâtre pour voir Racine et non les vagues idées égocentriques d'une personne que je soupçonne de ne pas apprécier suffisamment la langue française pour en apercevoir la beauté dans ses grands textes. Mais par contre il a très bien su inviter ses petits copains à "la direction artistiques" (comme ils disent !)

Heureusement les comédiens sont eux suffisamment bons pour faire ressortir le texte, quand la mise en scène le leur permet. J'ai applaudi pour ces comédiens talentueux, et je les plains d'avoir eu à endurer cette supercherie d'intello grossière.

Écrit par : stéphane | 19 mars 2013

je partage entièrement l'avis de Stéphane. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à le penser:
http://mordue-de-theatre.over-blog.com/article-phedre-pedale-dans-le-yaourt-grec-le-yaourt-116252902.html
Quel dommage pour Elsa Lepoivre, Phèdre étant le rôle d'une vie pour une actrice, d'avoir dù être dirigée par ce petit marquis.

Écrit par : anne | 19 mars 2013

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