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25 février 2013

Avec "Acrobates", le Monfort célèbre la vie et l'amitié

"Etre ébloui par l'obscurité"

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Ce spectacle n'est pas un hommage, même si par bien des aspects cela y ressemble. Ses deux concepteurs - Stéphane Ricordel à la mise en scène et Olivier Meyrou pour la dramaturgie - s'en défendent : Acrobates est un questionnement plus profond sur la vie, l'amitié, le souvenir. Présenté au Théâtre Silvia Monfort, le spectacle allie vidéos et acrobaties. 

Au coeur du projet, il y a Fabrice Champion. Membre de la compagnie les Arts Sauts, le trapéziste est devenu tétraplégique en 2004 à la suite d'un accident en répétition. Olivier Meyrou a fait de sa rééducation un documentaire intitulé Acrobate (au singulier cette fois).  De larges extraits de cette oeuvre émaillent la spectacle. On y voit Fabrice tenter de donner un nouveau sens à sa vie, de rester acrobate malgré tout, aidé de ses amis Alexandre Fournier et Matias Pilet. Fabrice est décédé depuis... Alexandre et Fabrice sont toujours acrobates. C'est l'essence même de leur vie. Sur la scène, ils expriment par leurs mouvements leurs émotions face à cette épreuve.

 

Le metteur en scène du spectacle, Stéphane Ricordel (par ailleurs co-directeur du Monfort) a bien connu Fabrice Champion puisqu'il est l'un des fondateurs des Arts Sauts avec Laurence de Magalhaes (l'autre co-directrice du Monfort).

L'amitié est ainsi le thème central du spectacle. L'amitié au delà du deuil et l'amitié entre ceux qui restent. Et plus largement la notion d'entraide et de confiance, primordiale dans l'acrobatie. Se soutenir, tendre la main, compter sur l'autre : dans ce domaine, ces expressions courantes prennent une autre dimension. 

L'histoire de Fabrice nous est présentée avec pudeur, à mots couverts. Extraits visuels ou juste sonores tandis qu'Alexandre et Mathias évoluent sur le plateau. Par leurs gestes, ils illustrent la souffrance de perdre le contrôle de son corps lorsque l'on est acrobate. Ils exprimeront aussi la douleur face à la mort puis l'élan vital qui demeure le plus fort. On passe aussi de l'ombre à la lumière.

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La grâce et la fluidité de leurs mouvements  nous font  perdre de vue les exploits physiques qu'ils mettent en oeuvre pour défier la gravité. Ce ne sont pas des gymnastes qui sont sous nos yeux mais des artistes qui véhiculent des émotions. La scénographie contribue aussi à faire de ce spectacle un hymne à la vie : la nature est sans cesse célébrée sur les écrans sur lesquels les acrobates évoluent.  

En un mot, un spectacle magnifique qui nous saisit aux tripes, nous laisse à la fois chamboulés et éblouis par ce que les gestes de ces acrobates arrivent à transmettre au delà des mots.  

Acrobates, mise en scène Stéphane Ricordel, dramaturgie et film Olivier Meyrou. Avec Alexandre Fournier et Matias Pilet. Au Monfort Théâtre jusqu'au 2 mars 2013 puis du 24 septembre au 19 octobre 2013. Réservations : 01 56 08 33 88.
Durée : 1h15 

En tournée :
les 9 & 10 janvier 2014 au Théâtre La Passerelle/Scène Nationale des Alpes du Sud à Gap,
du 13 au 19 janvier 2014 au Cirque-Théâtre d’Elbeuf

22 février 2013

Lost in the supermarket : une comédie musicale sur le blues des caissières

In Articulum mortis 

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Photos (ci-dessus et en bas) : Christophe Raynaud de Lage

Une comédie musicale certes mais avant tout une critique sociale : avec Lost in the Supermarket, on est loin des mièvreries que peut receler le genre. Le spectacle, créé par Philippe Malone et mis en scène par Laurent Vacher, tourne actuellement en France : après la Lorraine puis Cergy, on pourra le voir du côté de Gap ou d'Anemasse.

A la veille de Noël, tout l'argent conservé dans un supermarché disparait mystérieusement. Les neuf caissières  du magasin sont sur la sellette, soupçonnées d'avoir commis ce casse spectaculaire, et soumises à la question par une  par une policière assez étrange, lointaine cousine de l'inspecteur Columbo. Mais ces interrogatoires deviennent surtout l'occasion pour elle de raconter leur vie, de chanter la misère de leur quotidien. Gestes répétititifs, manque de considération, avenir bouché ... la grande distribution c'est un peu la mine d'aujourd'hui.

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Des ritournelles qu'on garde en tête et que l'on a envie de ré-écouter. Alors on espère vivement que d'autres dates viendront s'ajouter à cette tournée !

Lost in the supermarket de Philippe Malone, mise en scène Laurent Vacher. Avec May Bouhada, Clara Dumond, Marie-Aude Weiss, Odja Llorca, Valentine Alaqui, Claudia Phillips, Lydia Fromont, Marlène Schaff, Mia Delmaë, Chris Dumas et Franco Mannara. Jusqu'22 février 2013 à L'Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d'Oise puis le 8 mars 2013 à la Passerelle, scène nationale de Gap et le 23 mai 2012 au Théâtre de Château Rouge à Annemasse.
Durée : 1h35 
Plus d'info sur ce spectacle : www.compagniedubredin.com 

19 février 2013

Hélène Vincent émouvante et bouleversante dans "Ita L. née Goldfeld" au Théâtre du Petit-Saint-Martin

"On est en sécurité ici" 

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Une femme seule, silhouette frêle et fragile, sur la scène du Petit Saint-Martin.  Hélène Vincent, incarne Ita L. née Goldfeld d'Eric Zanettacci. L'histoire bouleversante d'une vieille femme juive à Paris en 1942, à quelques minutes de son arrestation. 

L'auteur a voulu par ce texte rendre hommage à son arrière grand-mère morte en déportation. Née à Odessa, Ita est arrivée à Paris au début du siècle, fuyant avec son mari Salomon les pogroms d'Europe de l'Est. Trente ans plus tard, la France est devenue leur pays. Salomon s'est battu pendant la guerre 14-18 dans les rangs de la légion étrangère. Une guerre dont il est mort, à petit feu, des années plus tard. Ita est donc seule, en ce mois de décembre 1942, dans son appartement parisien, lorsque débute la pièce. Deux de ses enfants sont passés en zone libre ; l'ainé, lui, est déjà à Drancy. Des policiers viennent de passer. Ils ne l'ont pas arrêtée mais lui ont   laissé une heure pour "préparer ses affaires". Peut-être est-ce le portrait du défunt mari en uniforme qui les a rendu magnanimes, les poussant à offrir à Ita une chance de fuir. Mais pour aller où ? Nombreux sont ceux qui ont tourné le dos à Ita dans ce quartier où elle vit depuis 30 ans. A commencer par ses voisins de palier. Alors au lieu de partir, Ita déploie ses souvenirs, raconte sa vie dans cette dernière heure de liberté.  

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Hélène Vincent est magnifique dans ce rôle. Tour à tour joyeuse et légère comme une adolescente lorsque Ita raconte son mariage ou son arrivée à Paris, vulnérable et résignée en évoquant son quotidien sous l'occupation, puis terrorisée par ce qui ce qui l'attend. L'émotion est omniprésente mais à aucun moment l'on ne tombe dans la pleurnicherie ni le pathos. On sent la comédienne vraiment touchée par son personnage, les yeux humides au moment des saluts. Les nôtres le sont tout autant. Comment pourrait-il en être autrement ?

C'est un petit morceau de l'Histoire vu de l'intérieur, pour ne pas oublier  que derrière les chiffres de la déportation, il y avait des personnes, des vies, des noms. Parmi lesquels celui de Ita L. née Goldfeld. 

Ita L. née Goldfeld d'Eric Zanettacci, mise en scène Julie Lopes Curval et Hélène Vincent.  Avec Hélène Vincent. Au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu'au 14 avril 2013, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. Réservations : 01 42 08 00 32
Durée : 1h10