Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 novembre 2012

Richard III de Shakespeare, mise en scène Jérémie Le Louët au Théâtre 13 / Côté Seine

 "Serais-je donc tentée par le diable ?"

C'est une des premières pièces écrites par Shakespeare : Richard III  conclut une tétralogie historique dédiée à la guerre des Deux Roses en Angleterre. Au Théâtre 13/Côté Seine,  Jérémie Le Louët nous en propose une adaptation expurgée des nombreuses références historiques pour conserver l'essentiel : l'ascension d'un tyran mégalo. 

richard iii,shakespeare,théâtre 13,jérémie le louët
Photos (ci-dessus et en bas) : Jean-Louis Fernandez

Sur un plateau dépouillé, l'ambitieux Richard de Gloucester vient nous susurrer, dans un micro en bord de scène, ses horribles plans, tel un serpent cherchant à envouter son auditoire. Son but : conquérir le trône d'Angleterre. Mais Richard n'est pas le premier dans l'ordre de succession. Pour se saisir de la couronne, il n'est rebuté par aucun crime, assassinant ses frères, ses neveux, son épouse et ses alliés. Un chemin vers le pouvoir au bout duquel il trouvera finalement la mort lui aussi, sur le champ de bataille.

Jérémie Le Louët - qui en plus de l'adaptation signe la mise en scène et incarne le rôle titre - a volontairement "coupé les motifs historiques de la pièce" comme il le dit lui-même. On perd un peu le fil dans cette généalogie, certes, mais le coeur de l'intrigue s'en retrouve renforcé: les autres rois sont relégués au rang de figurants à éliminer sans états d'âme.

richard iii,shakespeare,théâtre 13,jérémie le louët

Le metteur en scène s'est également affranchi de tout décor, limitant la scénographie à des jeux de lumières. Une simple ampoule allumée au milieu de la scène, un mur de néons ou encore des lumières par en dessous qui transforment les comédiens en spectre. Et cette merveilleuse scène où Richard brandit une lampe de chantier sous son menton pour déclamer son monologue - comme quand on veut faire peur à quelqu'un dans l'obscurité - exacerbant ainsi la monstruosité du personnage.

Une sobriété qui met en valeur le jeu des acteurs. Jérémie Le Louët est un Richard  calculateur mais ayant des accents désinvoltes par moment. Dominique Massat est poignante dans le rôle d'Elisabeth, reine déchue à la mort de son mari. Le dialogue qui s'engage entre les deux est un temps fort de cette pièce. Un petit bémol : malgré leur belle prestation, je reste peu convaincue par le choix de Stéphane Mercoyrol  et Julien Buchy pour interpréter respectivement Marguerite et la duchesse, sans autre artifice que des robes. C'est un peu déconcertant et cela entraine même la confusion (les lycéens assis à côté de moi n'ont pas compris tout de suite). Il est vrai qu'au temps de Shakespeare, les rôles de femme étaient  confiés aux hommes mais on a un peu évolué depuis, non ? 

Le spectacle n'en demeure pas moins plaisant. L'adaptation permet de resserrer la pièce qui ainsi ne dépasse pas les deux heures et l'on ne "décroche" pas un seul instant. A voir donc.

Voici la bande annonce du spectacle :

richard iii,shakespeare,théâtre 13,jérémie le louëtRichard III de William Shakespeare, mise en scène Jérémie Le Louët.
Avec Julien Buchy, Jonathan Frajenberg, Noémie Guedj, Jérémie Le Louët, Davied Maison, Dominique Massat, Stéphane Mercoyrol. Au Théâtre 13 / Seine, jusqu'au 23 décembre 2012 (les mardi, jeudi et samedi à 19h30, les mercredi et vendredi à 20h30, le dimanche à 15h30). Réservations : 01 45 88 62 22. 
En tournée ensuite : Le 8 janvier 2013 au Théâtre de Cachan, le 15 janvier 2013 à Dijon, le 25 janvier 2013 à Chevilly-Larue, le 29 janvier 2013 à Rungis, les 1er et 2 février 2013 à Alfortville, le 7 février 2013 à Troyes, le 9 février 2013 à Juvisy, le 12 février à Poitiers, le 15 février  2013 à Herblay, le 16 février 2013 à Suresnes, les 19 et 20 février 2013 à Nogent-sur-Marne,   les 22 et 23 février 2013 à Chatillon, le 28 février 2013 au Kremlin-Bicetre, le 12 mars 2013 à Chartres et le 21 mars 2013 à Lattes. 

20 novembre 2012

Hasard de la programmation : le Théâtre de la Tempête met aussi à l'affiche "Un chapeau de paille d'Italie", mis en scène par Gilles Bouillon

"J’étais dans mon cabriolet…

je traversais le bois de Vincennes…"

Non pas un mais deux Chapeau(x) de paille d'Italie à l'affiche en ce moment. Au Théâtre de la Tempête, c'est Gilles Bouillon qui signe la mise en scène. Et si celle-ci est plus classique que celle proposée par la Comédie-Française, elle n'en n'est pas moins intéressante.

Rappelons - brièvement - l'intrigue : Fadinard, jeune rentier, voit son cheval dévorer un chapeau de paille accroché à un arbre. Incident sans gravité si ce n'est que ce chapeau appartient à une femme mariée, en galante compagnie dans les bois. Rentrer tête nue l'exposerait aux soupçons de son mari : Fadinard doit impérativement remplacer ce chapeau et tant pis s'il avait autre chose de prévu ce jour-là, se marier en l'occurence. 

 critique,théâtre de la tempête,un chapeau de paille d'italie,labiche,gilles bouillon©Antonia Bozzi

Cela débute par un rêve, petite liberté prise avec l'oeuvre originale : sur la scène, un centaure déguisé en mariée, un homme avec une tête en myrte et une horloge dont les aiguilles tournent à l'envers. Fadinard dort sur son lit. Instant de répit avant la course folle qui va débuter. Pour ne laisser retomber à aucun moment le soufflé, Gilles Bouillon a opté pour une mise en scène bien rythmée: les cinq actes sont présentés sans pause et, pendant les changements de décor, Fadinard et sa noce poursuivent leur  quête à travers Paris sur l'avant-scène. Une jolie façon de nous tenir en haleine.

Côté décor et costumes, on est à l'époque de Labiche sans tomber dans une reconstitution trop minitieuse qui empèserait le tout. Il faut que cela bouge, que cela aille vite et en cela le contrat est bien rempli. Les interprêtes sont à la hauteur de l'intrigue. Frédéric Cherboeuf (Fadinard) et Jean-Luc Guitton (Nonancourt) notamment, mais soulignons aussi la prestation des jeunes comédiennes : Julie Roux (Helène), Camille Blouet (Clara la modiste) et Juliette Chaigneau (Anaïs, la femme volage) sont lumineuses. Tous chantent et jouent de la musique en plus !

 

critique,théâtre de la tempête,un chapeau de paille d'italie,labiche,gilles bouillon©Antonia Bozzi

Après avoir vu les deux versions à quelques jours d'écart, une évidence s'impose : cette pièce recèle en elle tous les ingrédients du succès, au-delà des mises-en-scène que l'on peut en faire. La mécanique est bien huilée, les dialogues vraiment drôles et les situations toujours cocasses. Pour l'anecdote, lors de la création de la pièce en 1851, le directeur du Palais Royal pensait que cela ferait un bide ... l'histoire dit qu'au lendemain de la première, un spectateur fut frappé d'apoplexie, mort de rire. Peut-être n'est-ce qu'une légende mais vous voilà avertis !

Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche, mise en scène Gilles Bouillon. Avec Frédéric Cherboeuf, Jean-Luc Guitton, Cécile Bouillot, Stéphane Comby, Xavier Guittet, Denis Léger-Milhau, Léon Napias, Marc Siemiatycki et les comédiens du Jeune Théâtre en Région Centre: Clément Bertani, Camille Blouet,  Juliette  Chaigneau,  Laure Coignard,  Julie Roux, Mikael Teyssié, Charlotte Barbier ; musicien Alain Bruel.
Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 16 décembre 2012, 
du mardi au samedi 20h, dimanche 16h.
Réservations au 01 43 28 36 36. 

16 novembre 2012

Reprise au Théâtre de Belleville de "Hernani", mise en scène Margaux Eskenazy

"Éteins-toi, coeur jeune et plein de flamme!
Laisse régner l’esprit que longtemps tu troublas.
Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas !
C’est l’Allemagne, c’est la Flandre, c’est l’Espagne."

hernani,théâtre de belleville,victor hugo,margaux eskenazi,sylvie beurtheret,laurent deve,thomas moreno,jean pavageau,laure grandbesançon

Voici la critique publiée en avril 2012 : 

Hugo encore ... après Quatre-vingt-treize à la Maison de la poésie, voici Hernani au Théâtre de Belleville. Le Théâtre de Belleville, c'est l'ancien Tambour-Royal, une des salles de spectacle les plus vieilles de Paris. Laurent Sroussi, financier devenu comédien, a repris les lieux voilà un an et a procédé à une rénovation complète de la salle. 

A sa création, en 1830, Hernani fit scandale : sa "bataille" a marqué l'histoire du théâtre. Dans ce drame romantique, Victor Hugo plonge dans l'Espagne du 16e siècle pour nous parler de passion. Une femme, Doña Sol, et trois prétendants, Hernani, noble déchu, le roi Don Carlos, futur Charles Quint, et le vieux Don Ruy Gomez de Silva, tuteur de la belle qui espère néanmoins l'épouser. 

Hernani 2.JPG

Il y a dans cette mise en scène de la jeune Margaux Eskenazy du bon et du moins bon. On ne retiendra pas la musique pop, un peu trop forte, qui vient par moment couvrir les dialogues, ni la première tenue de mariée de  Doña Sol, kitsch au possible. On préfèrera souligner l'ingéniosité de la scénographie, avec peu de moyens, et les changements à vue, rapides, faits par les comédiens eux-mêmes. 

Hernani.jpg

Du côté des comédiens, Hernani (Thomas Moreno) manque un peu de gravité (certaines répliques sont dites sur un ton des plus légers qui ne sied pas vraiment à l'image du héros romantique) mais Doña Sol (Laure Grandbesancon) parvient à nous charmer par sa grâce un peu enfantine. Dans cette distribution, un des comédiens sort vraiment du lot : Laurent Deve confère à Don Carlos un petit air narquois - qui lui va plutôt bien - et réussit brillamment la tirade de l'acte IV, celle où, attendant sa désignation comme empereur, le futur Charles Quint s'adresse à Charlemagne. Un tirade où l'on retrouve tous les accents hugoliens.

En résumé, ce spectacle vaut tout de même le coup d'oeil malgré ses imperfections. Margaux Eskenazi et sa troupe parviennent à nous séduire. Une jeune metteuse en scène sur l'avenir de laquelle on peut se permettre de parier sans gros risque !

Hernani de Victor Hugo, mise en scène de Margaux Eskenazi. Avec Sylvie Beurtheret, Laurent Deve, Thomas Moreno, Jean Pavageau, Laure Grandbesançon. Au Théâtre de Belleville, jusqu'au au dimanche 3 juin 2012 (du mercredi au samedi à 21H, le dimanche à 17H). Réservation 01 48 06 72 34.

Reprise au Théâtre de Belleville, du mercredi 14 novembre au dimanche 30 décembre 2012 (du mardi au jeudi à 21H) et du mardi 1er au dimanche 6 janvier 2013 (du mardi au samedi à 21H, dimanche à 17H).