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30 octobre 2012

Sur la scène du Grand Parquet, Leïla Cukierman nous fait partager son engagement avec "Comme une isle".

"Je comprends mieux ma singularité."

Comme une isle est un récit autobiographique, raconté à la première personne par Leïla Cukierman. Un spectacle dont la mise en scène de D' de Kabal laisse une large place au rap et au slam. 

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Photo : Christophe Raynaud de Lage

Sur la scène du Grand Parquet, la directrice du Théâtre Antoine Vitez d'Ivry, revient sur son militantisme, son engagement politique ansi que sur ses origines métissées,  entourée de D' de Kabal et de la rapeuse Nina Miskina. Et si la narratrice porte un autre nom, on comprend bien que c'est d'elle même que nous parle Leïla Cukierman.

La pièce s'ouvre sur des bruits d'émeutes, deux jeunes sont en train de se couvrir le visage, pied de biche en main.  On devine le soulèvement dans la rue. Leïla Cukierman entre en scène semblant les prendre sur le fait. La sexagénaire les toise longuement. Choc des cultures pense-t-on.  C'est au contraire un pont entre les générations qu'elle va tendre, en se lançant dans un long plaidoyer. Oui, Leïla Cukierman est blanche mais avec son "patronyme ashkénaze et son prénom arabe", elle porte son métissage comme un étendard. Juive par son père, créole par sa mère mais surtout communiste : sa vie entière est un engagement, elle n'a jamais renoncé à ses idéaux.


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Photo : Christophe Raynaud de Lage

Les combats ont été nombreux dans la vie de Leïla Cukierman. A 60 ans, elle ne baisse pas les bras, ne veux pas renoncer, même si la situation est terrible. La pièce s'achève en effet sur un constat amer : au micro, D' de Kabal se lance dans un long slam sur l'état du monde ; assise au sol, les yeux écarquillés, Leïla Cukierman semble  effarée, hagarde.  "Nous sommes passés du code noir à la soumission au marché tout puissant" lache-t-elle. Alors, ouvrant son buffet, elle en sort des pavés qu'elle distribue à ses deux acolytes. Tout un symbole. Au loin, les bruits d'émeutes reprennent. 

Pas de dialogues mais une sorte de monologue à trois voix : le même discours est porté par les trois comédiens, qu'il soit simplement dit, rapé ou slammé. La forme de ce récit peut déconcerter mais on ne restera pas insensible à ce message. C'est écrit avec le coeur et ça nous prend aux trippes. A la question "L'art doit-il être engagé ?", Leïla Cukierman a trouvé sa réponse. En nous parlant d'elle, elle nous pousse aussi à nous interroger sur nos origines, notre héritage - qu'il soit génétique ou culturel - le sens que nous donnons à notre vie. 

Comme une isle de Leïla Cukierman, mise en scène D’ de Kabal. Avec Leïla Cukierman, D' de Kabal, Nina Miskina. Au Grand Parquet du 2 au 24 novembre 2012, les jeudis, vendredis, samedis à 20h, dimanche à 15h. Réservations au 01 40 05 01 50.

En tournée: 
Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue (94), le samedi 8 décembre 2012 à 18h
Théâtre Jean Vilar à Arcueil (94), le Vendredi 25 janvier 2013 à 20h30
Train Théâtre à Porte-les-Valence (26), le vendredi 15 février 2013 à 20h30
Espace Gérard Philipe à Fontenay-sous-Bois (94), samedi 23 février 2013  à 20h30 et dimanche 24 février 2013 à 17h30
Théâtre Arlequin à Morsang-sur-Orge (91), le jeudi 16 mai 2013 à 20h30

25 octobre 2012

Le Théâtre-Studio d'Alfortville lui aussi en difficulté

Sale temps pour la culture : après le Théâtre de la Villette, c'est au tour du Théâtre-Studio d'Alfortville de traverser des difficultés financières mettant en péril son avenir.

L'endroit existe depuis 1997, en lieu et place d'un ancien entrepôt de vin. Quinze années au cours desquelles Christian Benedetti et son équipe ont produit ou co-produit une cinquantaine de pièce, accueilli autant de spectacles soit au total 1900 représentations, sur place ou en tournée.

En guise de cri d'alarme, un communiqué vient d'être publié sur le site internet de l'établissement : 

"En décembre 2011, le Théâtre-Studio, lieu de création et de diffusion à Alfortville a recueilli près de 1500 signatures de soutien, contre la disparition de cette structure singulière en Ile de France.
Un an plus tard, aucun accord n'a été conclu avec nos partenaires financiers.
Aussi, nous programmons du 12 novembre au 1er décembre 2012, La Mouette et Oncle Vania, deux mises en scène de Christian Benedetti. Ce seront les deux seuls spectacles qui seront présentés au Théâtre-Studio pour cette saison 2012/2013.
La Compagnie Christian Benedetti, productrice de ces deux créations, connaît un véritable essor avec le projet Tchekhov. Le pari de monter l'intégralité de l'oeuvre de Tchekhov, rencontre un succès qui ne se dément pas. La compagnie a ouvert la saison du Théâtre de l’Athénée en Septembre 2012, et entame une tournée dans toute la France jusqu’en 2014.
Le Théâtre-Studio, lui, n'a plus les moyens de fonctionner. L'état des finances ne permet pas de continuer notre action de diffusion des oeuvres et d'accompagner les artistes selon les spécificités de leur projet.
Le Théâtre-Studio est le lieu où ont été présentées des équipes artistiques aujourd'hui reconnues comme les plus talentueuses : le collectif D'Ores et Déjà et Sylvain Creuzevault, le collectif La Concordance des temps (Foucault 71), le collectif La Vie Brève (Robert Planckett – Jeanne Candel), la compagnie Pôle Nord (Sandrine, Chacal), le Théâtre Libre de Minsk.
C'est aussi le lieu d'association avec des auteurs contemporains aujourd'hui reconnus : Edward Bond, parrain du Théâtre-Studio, entrant cette saison au répertoire de La Comédie Française, Sarah Kane, Gianina Carbunariu, Biljana Srbljanovic, Mark Ravenhill, Christophe Fiat. 
Le Théâtre-Studio compte aujourd'hui 3 salariés permanents à temps plein : une administratrice, une chargée de production et un régisseur. Deux de ces salariés accompagneront l'équipe des Tchekhov sur cette tournée. Le Théâtre-Studio n'a pas les moyens de créer de nouveaux postes, il restera donc inutilisé à compter du 1er décembre 2012 et pour une durée indéterminée. 
Peu à peu, le Théâtre-studio disparaît. "

23 octobre 2012

"Bobby Fischer vit à Pasadena" de Lars Norén au Théâtre de Sartrouville

"Ce n'est qu'haine et amour,
amour et haine."

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© JM Lobbé

On savait Philippe Baronnet excellent comédien (cf De la salive pour oxygène - Odyssées en Yvelines 2011). On le découvre bon metteur en scène avec Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén, au Théâtre de Sartrouville.  

Avant de tirer leur révérence - le théâtre change de directeur à la fin de l'année et les comédiens permanents laisseront leur place à d'autres - Baronnet et ses camarades Nine de Montal et Elya Birman, rejoints par deux autres comédiens, nous convient dans une plongée au coeur d'une famille bourgeoise suédoise. Le père, la mère, les deux enfants déjà grands : dans leur salon, de retour d'une soirée au théâtre, les voilà lancés dans une causerie banale ... mais peu à peu, tout dérape et chacun vide son sac.

Dès les premières minutes, on sent bien que le babillage incessant de la mère (Nine de Montal), sa façon de clamer son bonheur, de dire "tout va bien maintenant" cachent quelque chose. Le vernis va s'écailler, laissant apparaitre les rancoeurs de chacun. Le fils (Elya Birman), devenu psychotique à la puberté, la fille (Camille de Sablet) dont chacun veut taire le "problème", les parents, qui ne sont un couple qu'en façade ... Jusqu'au petit matin, ils vont se déchirer, livrer enfin aux autres leurs blessures, révéler les non-dits. 

Pour autant, cette parole est-elle une délivrance? Elle nous permettra en tout cas, à nous spectateur, de comprendre le rôle de chacun dans le mal-être général. La mère, qu'on aurait tendance à accabler de reproches au départ tant elle nous apparait insupportable, devient peu à peu plus humaine. Elle agit, elle au moins, pour tenter de faire tenir debout cette famille. Le père (Samuel Churin), lui, a démissionné depuis longtemps, se cachant derrière son rôle de chef d'entreprise.

 

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© JM Lobbé

Tous sont très touchants, merveilleusement interprêtés. Sans dévalorisés les deux hommes de la distribution, soulignons tout de même qu'on est fasciné par Nine de Montal dans ce rôle d'ancienne actrice devenue mère et que Camille de Sablet est éblouissante dans celui de la fille. Chacun de ses silences nous fait percevoir la violence sous-jacente de ces relations familiales.

La pièce ne se joue pas dans la grande salle mais dans une salle de répétition aménagée pour les représentations. Les comédiens ne sont donc pas devant nous mais au milieu du public. Le décor - un salon - trône au milieu de la pièce et les spectateurs prennent place le long des quatres murs, sur des banquettes. Etrange sensation provoquée par cette scénographie : on a l'impression de pénétrer dans l'intimité de cette famille, d'être un peu voyeurs.

Durant deux heures, on est comme hypnotisés, envoutés par cette histoire et on en vient (presque) à oublier la chaleur oppressante de cette salle de répétion. Il faut absolument aller à Sartrouville pour voir cela ... en prenant toutefois la précaution de ne pas trop se couvrir!

Bobby Fischer vit à Pasadena de Lors Norén, mise en scène Philippe Baronnet. Avec Elya Birman, Samuel Churin, Nine de Montal, Camille de Sablet. Au Théatre de Sartrouville et des Yvelines - Centre Dramatique National, jusqu'au 10 novembre 2012. 

Navette gratuite aller-retour depuis la gare de Sartrouville (sortie Place des Fusillés) 1 h avant et 1 h après la représentation.