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02 octobre 2012

"L'Enfant, drame rural" au Théâtre de la Tempête : une fable sombre et réaliste

 "Quand ça s'excite la race humaine 
ça devient pire que les bêtes 
Rien ne l'arraisonne"

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© Guillaume Lavie

Il est des histoires très sombres mais d'une immense beauté. L'Enfant, drame rural, présenté actuellement au Théâtre de la Tempête, en fait partie. Carole Thibaut, auteur du texte et metteuse en scène, y décrit l'histoire d'un petit village et d'un enfant trouvé. Un récit qui tient à la fois de la fable et du fait-divers hyper-réaliste.

La découverte de ce nouveau-né, c'est le détonnateur, le révélateur du mal latent qui touche cette communauté figée et repliée. Le bébé attire bien vite les suspicions car on l'a trouvé sur le pas de la porte de l'idiote du village. Et s'il était à elle cet enfant ? Et si c'était un des hommes du village qui lui avait fait un enfant à l'idiote ? Le nouvé-né passe de mains en mains, rejeté par tous, nous permettant au passage de pénétrer dans chaque foyer. Au coeur du discours de chacun : le qu'en dira-t-on, la bienséance. La morale voudrait, au contraire, qu'on sache accueillir et prendre soin de cet être fragile. Les mauvaises actions sont souvent punies - du moins au théâtre - et c'est le village entier qui va disparaitre.

La prouesse de Carole Thibaut tient dans sa fine observation des moeurs villageoises. On parle beaucoup, on sait ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, on ne laisse pas une grande place à la différence. Les dialogues font mouche. Pas caricaturaux mais vraiment réalistes pour qui connait un peu cette ambiance de petit village.

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© Guillaume Lavie

Carole Thibaut s'est entourée d'une troupe de comédiens à la hauteur de cette  belle histoire. Sans tous les citer, soulignons la prestation de deux d'entre eux :  Eddie Chignara (que l'on pu voir dans des rôles plus comiques, notamment dans Le Didon de Philippe Adrien et Beaucoup de bruit pour rien de Clément Poirée) a la délicate tâche de faire le grand écart entre le maire du village, médecin et humaniste, et Gérard,  chasseur aux idées courtes et au final le salopard de cette intrigue. Fanny Santer, quant-à elle, est troublante dans le rôle de l'Idiote, tant dans son phrasé que dans sa gestuelle, sa façon de se craponner à l'enfant, de se balancer, de courir.  

La scénographie est au service de la noirceur du texte. Pas de décor "fixe". Les accessoires - tables, chaises, comptoir - sont apportés à chaque scène. On passe ainsi à de nombreuses reprises d'un lieu à un autre comme autant d'épisodes à ce drame. A chaque changement, l'obscurité se fait, instant de réflexion sur ce que nous venons de voir. Certains détails sont cependant génants. Pourquoi faire jouer les comédiens derrière ces résilles noires ? Ces voiles créent une distanciation : comme si eux, ce n'était pas nous, comme s'ils étaient des bêtes curieuses dans un zoo. Je pense au contraire que nous pourrions tous tomber dans de tels travers. Dommage aussi la sonorisation de certains passages et les micros qui chuintent. Effet voulu ou mauvais réglage ? On reste perplexe.

L'Enfant est tout de même au final un très beau spectacle. Un de ceux qui nous font réfléchir et analyser notre comportement, nos jugements sur autrui. 

L'Enfant, drame rural, texte et mise en scène Carole Thibaut. Avec Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull, Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer et Boris Terral. Au Théâtre de la Tempête - salle Copi, jusqu'au 27 octobre 2012, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30.

Le texte est publié aux Editions Lansman. 

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