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27 juillet 2012

Avignon 2012 : l'heure des saluts

Voilà c'est (presque) fini : demain le festival d'Avignon (In et Off) tire le rideau jusqu'à l'année prochaine. J'avoue : je n'ai pas été très assidue pour cette édition. La faute au beau soleil et à l'appel de la mer à proximité. Bilan pour le blog : deux pièces dans le In (Nouveau Roman et Un ennemi du peuple), sept dans le Off (pour les visualiser en un clin d'oeil, reportez-vous à ma google map) et une exposition à la Maison Jean Vilar.


Pour les organisateurs du Festival Off, l'heure est aussi au bilan. La conférence de presse de clotûre se tenait ce matin. Le communiqué publié après cette conférence livre quelques chiffres intéressants : 

 
104 lieux.
975 compagnies (représentant
26 régions de France et 25 pays étrangers)
1161 spectacles soit environ 25 000 représentations.
143 compagnies étrangères.
100 spectacles jeune public.
243 spectacles d’humour de café théâtres et de boulevards. Près de 1 000 auteurs du 20ème siècle.

46 561 cartes adhérents public vendues (au 26 juillet)

De quoi prendre réellement l'ampleur de ce festival ! On aurait tout de même aimer connaître le nombre de kilos de flyers distribués dans les rues ...

Bye bye le Sud et les cigales, retour à Paris prévu en milieu de semaine prochaine. Je vous proposerai une petite sélection des (rares) pièces proposées en août dans la capitale en attendant avec impatience la rentrée (et surtout Dom Juan à la Comédie-Française dès le 18 septembre !). D'ici là, bonnes vacances à tous si vous en prenez.

24 juillet 2012

Avignon : avec "Un ennemi du peuple" d'Ibsen, Thomas Ostermeier nous donne à nouveau une leçon de théâtre.

"Don't want to be a richer man"


Quelqu'un m'a dit un jour "si la mise en scène est bonne, l'interprétation à la hauteur, qu'importe la barrière de la langue". Hier, pour la deuxième fois, Thomas Ostermeier et les comédiens du Schaubühne Berlin m'ont permis de vérifier cet adage. Un ennemi du peuple, présenté à Avignon dans le In, est une telle réussite que l'on oublie que la pièce est en allemand.

Avec Othello - vu au Théâtre des Gémeaux à Sceaux - j'avais déjà été bluffée. Sur la scène de l'Opéra-Théâtre, le metteur en scène allemand dépoussière une nouvelle fois Ibsen, son auteur de prédilection, après  Une Maison de poupée en 2003 (déjà à Avignon) et Solness le constructeur en 2004, entre autres.

Avant de parler de la "magie" opérée par Ostermeier, évoquons d'abord l'histoire. Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux sont fortement polluées et néfastes à la santé des curistes. Fort de cette découverte, il imagine devenir le héros de la cité, le sauveur. Mais les thermes sont une manne financière pour la ville. Dénoncer cette pollution, c'est mettre à mal toute l'économie. Stockmann devient, en l'espace d'une journée, un paria. Son frère, conseiller municipal, et ses amis lui tournent peu à peu le dos, le dénigrent, le discréditent publiquement.

Pour cette création, Ostermeier a d'abord travaillé le texte. Une véritable adaptation en a été faite avec Florian Borchmeyer. A l'oeuvre originale d'Henrik Ibsen - écrite en 1882 - des extraits nouveaux ont été adjoints. Certains passages, au tournure de phrase un peu désuettes, ont aussi été un peu modifiés. Il en résulte un texte totalement contemporain, résonnant pleinement à nos oreilles, surtout le passage évoquant la crise financière, la nécessaire remise en cause du système. Car le débat dépasse largement celui de la pollution des thermes et de la question de rendre cela public ou non. La question centrale c'est celle de la vérité face aux contraintes économiques, celle du bien général face aux intérêts particuliers. Le docteur Stockmann, s'adressant au public, va même jusqu'à proner la décroissance. Un véritable débat avec le public s'organise alors. Les comédiens se mèlent aux spectateurs, nous interrogent. Et cela fonctionne pleinement.

Venons en à la scénographie. Mobilier sommaire, murs noirs recouverts de dessin à la craie. Au cours du spectacle, on efface un peu, on réécrit et nous voilà dans un autre lieu. Simple et minimaliste, jusqu'à l'arrivée des comédiens avec des seaux de peinture et des rouleaux : en un clin d'oeil l'espace est - à peu près - repeint en blanc (du coup on se demande comment ils vont remettre cela en ordre pour le lendemain, d'autant que la pièce s'achève par un mitraillage en règle du docteur Stockman à la peinture multicolore. Ostermeier nous a habitués au hors norme : pour Othello, le plateau était entièrement recouvert d'eau et les comédiens pataugeaient durant tous le spectacle.

Mais ce n'est finalement pas cela qui séduit le plus dans ce spectacle. J'ai surtout apprécié la musique pop qui n'agrémente pas le récit mais le complète : les paroles sont d'ailleurs intégrées au surtitrage comme Changes de Bowie et les titres interprêtés par les comédiens eux même. Des comédiens brillantissime de bout en bout.  Stefan Stern, déjà remarquable dans le rôle de Iago dans Othello, confirme son talent dans le rôle du Docteur Stockmann. A ses côtés, Eva Meckbach (Madame Stockmann), seule femme de la distribution, David Ruland ((Aslaksen), Moritz Gottwald (Billing), Chritoph Gawenda (Hovstad), Thomas Bading (Morten Kiil) sans oublier Ingo Hülsmann qui incarne un politicien terrifiant de cynisme.

Hier soir à Avignon, la moitié de la salle était debout au moment des saluts. Une ovation amplement méritée. Seul regret : pas de grande tournée prévue en France, juste quelques dates, début 2013, au TNP à Villeurbanne. Mais cela vaut le déplacement !

20 juillet 2012

Majestueuse "Marie Tudor" mise en scène par Pascal Faber au Théâtre de l'Oulle (Avignon Off)

" Je veux qu'on ait peur, entends-tu, milord? qu'on trouve cela splendide,
ef
froyable et magnifique (...)"

Voici l'article écrit lors de l'édition 2012 du Off. La pièce est reprise en 2013, au même endroit, à 12h30. 

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Il y a foule chaque jour, à l'entrée du Théâtre de l'Oulle à la mi-journée. Mais que joue-t-on ici ? Un énième one-man-show ? Serait-ce un humoriste cathodique qui se produit là ? Que nenni : cette file d'attente, messieurs dames, c'est pour Marie Tudor de Victor Hugo. Voir cela me donne d'emblée le sourire aux lèvres et la suite a illuminé ma journée !

Une reine bafouée par son amant, une jeune fille trompée elle aussi par ce même homme avide. Un pauvre et honnête ciseleur pétri d'amour pour cette jeune fille qu'il a recueillie et élever sans savoir qui elle était. Voilà en quelques mots, l'intrigue (mal) résumée. Si vous ne connaissez pas l'histoire, tant mieux, vous ne prendrez que plus de plaisir à la découvrir au fil de la pièce. "Traiter Marie Tudor comme un véritable drame policier populaire, un thriller décomplexé" : voilà l'intention du metteur en scène Pascal Faber. Intention bien transposée : il y a un vrai suspense dans la mise en scène de ce drame passionnel.

Les décors sont sobres et l'ambiance soignée grâce aux lumières. Un lumière bleutée et du brouillard ne transportent sur les bords de la Tamise la nuit, pour le premier acte ; lumière plus rougeoyante ensuite, lorsque l'on est chez la reine. L'ensemble reste assez sombre, sombre comme ces intrigues de cour, ces luttes d'influences autour de la Reine d'Angleterre. Une parfaite fidélité au texte aussi même si le metteur en scène s'est affranchie de certaines didascalies.

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Mais ce qui fait la qualité de ce spectacle, c'est surtout le niveau de l'interprétation. Waouw ! Il y a de quoi avoir le souffle coupé. Qu'elle est belle cette Marie Tudor (Séverine Cojannot ce jour-là). Majestueuse et digne, puis passionnée et autoritaire. Il faut la voir tenir tête à son amant qui l'a trahie, lui rappeler qui elle est, lui signifier qu'elle a le pouvoir de faire se dresser l'échafaud. En gardant toujours des sanglots étouffés au fond de la voix tant cette décision est dure. Le reste de la distribution ne démérite pas, Pierre Azéma (Gilbert le ciseleur), Frédéric Jeannot (Fabiani) et Flore Vannier-Moreau (Jane) en tête.

Un beau texte et une belle distribution : voilà de quoi garantir le succès de ce Marie Tudor. Ce très beau spectacle pourrait bien être mon coup de coeur de cette édition 2012 ... mais le festival n'est pas encore fini!


Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène Pascal Faber. Avec (en alternance) Pierre Azéma, Florence Cabaret / Séverine Cojannot, Stéphane Dauch / Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre / Flore Vannier-Moreau, Sacha Petronijevic / Jean Tom. Au Théâtre de l'Oulle (19 place Crillon à Avignon), jusqu'au 28 juillet 2013, tous les jours à 12h30. Réservations : 04 90 86 14 70.