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24 juillet 2012

Avignon : avec "Un ennemi du peuple" d'Ibsen, Thomas Ostermeier nous donne à nouveau une leçon de théâtre.

"Don't want to be a richer man"


Quelqu'un m'a dit un jour "si la mise en scène est bonne, l'interprétation à la hauteur, qu'importe la barrière de la langue". Hier, pour la deuxième fois, Thomas Ostermeier et les comédiens du Schaubühne Berlin m'ont permis de vérifier cet adage. Un ennemi du peuple, présenté à Avignon dans le In, est une telle réussite que l'on oublie que la pièce est en allemand.

Avec Othello - vu au Théâtre des Gémeaux à Sceaux - j'avais déjà été bluffée. Sur la scène de l'Opéra-Théâtre, le metteur en scène allemand dépoussière une nouvelle fois Ibsen, son auteur de prédilection, après  Une Maison de poupée en 2003 (déjà à Avignon) et Solness le constructeur en 2004, entre autres.

Avant de parler de la "magie" opérée par Ostermeier, évoquons d'abord l'histoire. Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux sont fortement polluées et néfastes à la santé des curistes. Fort de cette découverte, il imagine devenir le héros de la cité, le sauveur. Mais les thermes sont une manne financière pour la ville. Dénoncer cette pollution, c'est mettre à mal toute l'économie. Stockmann devient, en l'espace d'une journée, un paria. Son frère, conseiller municipal, et ses amis lui tournent peu à peu le dos, le dénigrent, le discréditent publiquement.

Pour cette création, Ostermeier a d'abord travaillé le texte. Une véritable adaptation en a été faite avec Florian Borchmeyer. A l'oeuvre originale d'Henrik Ibsen - écrite en 1882 - des extraits nouveaux ont été adjoints. Certains passages, au tournure de phrase un peu désuettes, ont aussi été un peu modifiés. Il en résulte un texte totalement contemporain, résonnant pleinement à nos oreilles, surtout le passage évoquant la crise financière, la nécessaire remise en cause du système. Car le débat dépasse largement celui de la pollution des thermes et de la question de rendre cela public ou non. La question centrale c'est celle de la vérité face aux contraintes économiques, celle du bien général face aux intérêts particuliers. Le docteur Stockmann, s'adressant au public, va même jusqu'à proner la décroissance. Un véritable débat avec le public s'organise alors. Les comédiens se mèlent aux spectateurs, nous interrogent. Et cela fonctionne pleinement.

Venons en à la scénographie. Mobilier sommaire, murs noirs recouverts de dessin à la craie. Au cours du spectacle, on efface un peu, on réécrit et nous voilà dans un autre lieu. Simple et minimaliste, jusqu'à l'arrivée des comédiens avec des seaux de peinture et des rouleaux : en un clin d'oeil l'espace est - à peu près - repeint en blanc (du coup on se demande comment ils vont remettre cela en ordre pour le lendemain, d'autant que la pièce s'achève par un mitraillage en règle du docteur Stockman à la peinture multicolore. Ostermeier nous a habitués au hors norme : pour Othello, le plateau était entièrement recouvert d'eau et les comédiens pataugeaient durant tous le spectacle.

Mais ce n'est finalement pas cela qui séduit le plus dans ce spectacle. J'ai surtout apprécié la musique pop qui n'agrémente pas le récit mais le complète : les paroles sont d'ailleurs intégrées au surtitrage comme Changes de Bowie et les titres interprêtés par les comédiens eux même. Des comédiens brillantissime de bout en bout.  Stefan Stern, déjà remarquable dans le rôle de Iago dans Othello, confirme son talent dans le rôle du Docteur Stockmann. A ses côtés, Eva Meckbach (Madame Stockmann), seule femme de la distribution, David Ruland ((Aslaksen), Moritz Gottwald (Billing), Chritoph Gawenda (Hovstad), Thomas Bading (Morten Kiil) sans oublier Ingo Hülsmann qui incarne un politicien terrifiant de cynisme.

Hier soir à Avignon, la moitié de la salle était debout au moment des saluts. Une ovation amplement méritée. Seul regret : pas de grande tournée prévue en France, juste quelques dates, début 2013, au TNP à Villeurbanne. Mais cela vaut le déplacement !

Commentaires

J'avoue que malgré ma lecture attentive du programme du TNP, je ne l'avais pas remarqué... Mais voilà qui est noté ! Un article aussi élogieux donne forcément envie d'aller le voir...

Écrit par : Minyu | 24 juillet 2012

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