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30 mai 2012

"L'art de la fugue" : légèreté et de poésie sur la scène du Théâtre Silvia Monfort

"La syntaxe des songes"

l'art de la fugue,yoann bourgeois,marie fonte,célimènedaudet,théâtre silvia monfort,paris"La danse c'est pas trop ma tasse de thé" tentais-je d'expliquer à un interlocuteur me proposant d'aller voir L'art de la fugue la semaine dernière. Je me suis finalement laissée convaincre (je ne sais pas dire non !) et bien m'en a pris. Ne pas y aller aurait été passer à côté d'un magnifique spectacle.

Sur la scène du Théâtre Silvia Monfort, un piano et un énorme cube de bois. Au piano, Célimène Daudet interprête les fugues de Bach tandis qu'autour du cube en bois Yoann Bourgeois, circassien, et Marie Fonte, danseuse, développent leur art.

Dis - ou lu - comme ça, cela reste assez abscon, il est vrai. Mais croyez-moi sur paroles, ce spectacle est d'une beauté à couper le souffle. D'abord parce que Yoann Bourgeois et Marie Fonte réalisent de vraies prouesses physiques sur le plateau. La scénographie est très travaillée. Cet énorme cube de bois éclate au fil du spectacle. Ou plutôt se disloque - en dés, en lamelles - dévoile des trappes, des escaliers ... Un fabuleux terrains de jeu pour les deux virtuoses. Vous dévoiler plus de détails sur leur gestuelle serait un peu gacher votre plaisir de spectateur. 

Mais au-delà de cet aspect athlétique, c'est l'émotion et la grâce qu'ils insufflent à leur prestation qui fascinent le plus. Il y a dans leurs déplacements, une légéreté et une aisance qui vous font, vous aussi, vous envoler de votre fauteuil. Sur le plateau, ils ne sont plus deux êtres humains mais deux plumes qui flottent. Avec, pour couronner le tout, une intensité dans les échanges de regards qui nous bouleverse au plus profond.

Il est parfois bon de ne pas savoir dire non et de se laisser convaincre ...

L'art de la fugue avec Yoann Bourgeois, Marie Fonte et Célimène Daudet. Au Théâtre Silvia Monfort, jusqu'au 09 juin, du mardi au samedi à 20h30. Réservations au 01 56 08 33 88.

26 mai 2012

Clément Poirée et la troupe de "Beaucoup de Bruit pour rien" en route pour Londres et le festival "Globe to Globe"

Je vous en avais déjà parlé cet hiver dans mon billet sur Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre de la Tempête : la pièce, mise en scène par Clément Poirée, a été retenue pour réprésenter la France dans le cadre du festival Globe to Globe.

Le principe de ce festival exceptionnel - cela devrait être la seule et unique édition - est de représenter les 37 pièces de Shakespeare en 37 langues, au Théâtre du Globe à Londres. La semaine prochaine, les Français monteront sur la scène de ce théâtre mythique pour deux représentations. A quelques jours de cette grande échéance, entre deux répétitions, Clément Poirée a eu la gentillesse de m'accorder une interview. 

Sur la terrasse -  ce jour-là très ensoleillée  - du Théâtre de la Tempête, le metteur en scène a déjà les yeux plein d'étoiles lorsqu'il me décrit le Théâtre du Globe, ses 1500 spectateurs - dont certains debouts dans la fosse - et sa physionomie si particulière :  "c'est un lieu tout en bois, à ciel ouvert. Un théâtre circulaire avec une scène qui avance sur la foule. Tout y est modifié par rapport à ce que l'on peut imaginer dans un théâtre classique : les acteurs auront à intéresser un public tout autour d'eux.  C'est très différent mais très excitant aussi, il va falloir trouver nos repères dans cette perspective là."

Des contraintes qui impliquent des modifications de la mise en scène initiale. D'autant que le rythme auquel s'enchaineront les spectacles interdit tout montage de décors. Autre composante à prendre à compte : la lumière. "C'est une pièce sur les faux-semblants, les apparences. On avait beaucoup travaillé sur les reflets, le jeu de lumière... Tout cela avait pris une importance capitale pour raconter l'histoire." Au Globe, il faudra faire avec la lumière du jour en matinée. En soirée, la tradition veut qu'on joue pleins feux pour rester dans l'esprit du théâtre élisabétain.

A cela, il faudra ajouter des modifications dans la distribution : trois comédiens présents sur la scène du Théâtre de la Tempête sont à présent engagés sur d'autres projets. C'est Aurélie Toucas qui reprend le rôle de Marguerite, en remplacement de Manon Combes. Les deux watchmen seront, eux, interprétés par Raphaël Almosni et Nicolas Chupin (que l'on avait vu dans La meilleure part des hommes, à La Tempête aussi).

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Benedict/Bruno Blairet et Béatrice/Alix Poisson sur la scène du Théâtre de la Tempête en novembre dernier.
Photo : Antonia Bozzi

Mais qu'importe la difficulté, Clément Poirée y voit seulement "un défi très intéressant". "Qu'est-ce qu'il reste d'une mise en scène quand on lui enlève sa coquille et que l'on repart de rien dans un autre lieu ? " s'interroge-t-il. "Cela a un effet très libératoire. C'est une sorte de retour aux sources, si ce n'est qu'on ne repart pas de zéro en réalité : il reste des traces de ce travail fait précédemment, même en son absence."

Conscient du côté exceptionnel de ces représentations, le metteur en scène se refuse pourtant à envisager cela comme un quelconque tremplin ou un moment charnière dans sa carrière. Tout juste concède-t-il, avec un énorme sourire, que jouer au Globe pour la première date de la tournée - et a fortiori alors que c'est la première fois qu'une de ses pièces part en tournée* - est un "joli clin d'oeil".

Du Shakespeare chez Shakespeare : cela fait rêver ... Et bien nous y serons ! Accrédités pour le "media call" et spectateurs de la première représentation en matinée. Promis, tous les détails seront en ligne, à condition de trouver une connexion wifi ... Au fait, comment on traduit Mes illusions comiques en anglais?

*Nous vous communiquerons les dates et lieux de la tournée française ultérieurement.

22 mai 2012

Sur la scène du Théâtre Ephémère, cinq comédiens nous content "Une Histoire de la Comédie-Française" écrite par Christophe Barbier

afiche histoire comédie française.jpg" Un tout petit Singulis
au milieu d'un grand Simul "
 
Cinq comédiens pour cinq siècles d'Histoire. A charge à chacun d'eux de narrer ce qu'il advint de la maison de Molière au cours de ce siècle, en donnant corps à une multitude de personnages. Les textes sont signés Christophe Barbier. Le journaliste politique, directeur de la rédaction de L'Express, est un passionné de théâtre. Comédien amateur, il est également membre du comité de lecture de la Comédie-Française.
 
Cela commence - forcément - par la mort de Molière. Un XVIIe siècle majestueux interprêté par Bruno Raffaelli, tour à tour La Grange, Racine, Louis XIV... 1680 : la Comédie-Française nait. Simul et Singulis, devient la devise. "Réunis mais chacun pour soi" raille l'un des personnages incarné par Raffaelli. Le siècle s'achève et laisse sa place au suivant. Un XVIIIe où les auteurs rivalisent pour s'imposer au Français : Voltaire, Diderot, Beaumarchais... Loic Corbery passe de l'un à l'autre, incarnant aussi au passage quelques comédiennes, avant de devenir Napoléon (en toute objectivité, j'ai un peu des doutes sur l'accent corse ...) signant le décrêt régissant le fonctionnement de l'institution.

Les deux passages les plus attrayants de la pièce - à mes yeux - sont les XIXe et XXe siècles. Elsa Lepoivre fait revivre les grandes comédiennes du Dix-Neuvième. Mademoiselle Georges puis Mademoiselle Mars - qui râle parce que les becs de gaz nouvellement installés font ressortir ses rides - ou l'incontournable Sarah Bernhardt. C'est en Rachel qu'Elsa Lepoivre nous impressionne le plus. La posture, le regard : tout y est. Si vous avez déjà vu le tableau représentant Rachel en Phèdre, cela ne pourra que vous frapper. Avec un débit de mitraillette, la sociétaire se glisse dans la peau de sa prédécesseuse. Ton froid et  lucidité cruelle : "j'ai l'administrateur dans ma poche parce que j'ai le ministre dans mon lit".

Le XXe  siècle, lui,  s'ouvre par l'incendie de la salle Richelieu. En quelques phrases, nous voilà en 1944. Le texte de Barbier devient alors assez critique - en évoquant même l'épuration - tout en restant dans l'humour. Le Vingtième se raconte comme un siècle où la Comédie-Française aurait tout raté. "On aime bien les nouveautés confirmées" explique Pierre Niney. Son personnage, pourtant, essaie de raccrocher les wagons, à la poursuite de Gérard Philipe à Avignon, de Jean-Louis Barrault, de Patrice Chéreau aux Amandiers ... Le texte est à mourir de rire : Peer Gynt à la Comédie-Française ? Impossible à cause de l'alternance : comment retirer 3 tonnes de sable entre matinée et soirée ? "Sinon, on fait Phèdre  la plage" explique Niney à un Patrice Chéreau imaginaire. La réussite de ce récit passe aussi par les énormes qualités de mimes du jeune pensionnaire, emporté par le Mistral à Avignon ou balayant la scène à la demande d'Ariane Mnouchkine.


Pourquoi ne pas s'être arrêté là ? D'autant que la réplique finale de Pierre Niney est pleine de panache ! Christophe Barbier s'est pourtant lancé dans la science-fiction avec un Vingt-et-unième siècle incarné par Elliot Jénicot. Je découvre pour la première fois le comédien sur scène. Fort potentiel comique, visage en caoutchouc. Un peu trop clownesque à mon goût cependant. Côté texte, quelques idées qui font sourire : des implants mémoriels raccordés à la Pléiade et à l'Ina, des  coupures pub au milieu des pièces, des représentations en 3D ... Oui mais voilà, cinq minutes de Phèdre en martien c'est beaucoup, beaucoup trop long et l'on s'en agace. Dommage de conclure ainsi un si enthousiasmant spectacle !
 
Une histoire de la Comédie-Française, textes de Christophe Barbier, mise en scène Muriel Mayette. Avec Bruno Raffaelli, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Pierre Niney et Elliot Jenicot. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, jusqu'au 25 juin 2012. Réservations : 0825101680