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14 mai 2012

Comédie-Française : Eric Ruf nous émerveille avec "Peer Gynt" au Grand Palais

"Jusqu'au plus intime de l'intime,
tout n'est que pelures - 
et de plus en plus minces."

peer gynt,grand palais,comédie française,eric ruf,hervé pierre,florence viala,serge bagdassarian,christian lacroixDémésuré, époustouflant ... les superlatifs manquent pour qualifier le Peer Gynt proposé par la Comédie-Française au Grand Palais. "Monumental" pourrait-on dire en référence à l'exposition accueillie juste à côté.

Eric Ruf a vu grand et ne s'est pas planté. Le metteur en scène arborait un sourire ému samedi soir, pour la première, au moment des saluts, aux côtés de Christian Lacroix dont les costumes nous ont éblouis, au propre comme au figuré.

La scénographie est originale. Plus conforme à un défilé de mode qu'à une pièce de théâtre, la scène est un long ruban  - façon catwalk - de par et d'autre duquel sont placés les spectateurs. Aux deux extrémités de ce chemin, les coulisses. Assise au première rang, on se prend un peu pour Anna Wintour en front row mais on oublie vite cette originalité tant on se laisse emporter par le récit.

C'est une vraie saga que cette oeuvre écrite par Henrik Ibsen en 1867. Une épopée inspirée des légendes du grand Nord, qui tient autant du récit initiatique que du conte fantastique. Le héros, fuyant la Norvège, parcours l'Afrique avant de revenir sur sa terre natale. En l'écrivant, Ibsen s'est totalement exonéré des contraintes matérielles du théâtre.

Peer Gynt, c'est Hervé Pierre. Le comédien, déjà à son meilleur dans La Grande Magie, montre à nouveau tout son talent. Un rôle difficile : le récit court sur des décennies, il faut pouvoir interprêter le héros adolescent puis vieillard. Qu'importe, Hervé Pierre est tout à son aise  (même en caleçon).

Démesuré vous disais-je en préambule. Pas moins de 24 artistes sur scènes, comédiens et musiciens confondus. Il n'en fallait pas moins pour camper la centaine de personnages. On n'ose imaginer les changements de costumes en coulisses ! Des costumes tous très élaborés, du peuple de trolls en guenilles aux filles du désert recouvertes de dorures. Du grand art.

Impossible de citer tous les comédiens. Soulignons juste les belles prestations de Florence Viala et Serge Bagdassarian. Et quel plaisir de voir Catherine Samie sur scène ! Elle incarne Ase, la mère du héros. Le metteur en scène ne lui a rien épargné : à califourchon sur le dos d'Hervé Pierre, la voilà qui grimpe ensuite sur un poteau. Toujours alerte, la sociétaire honoraire ne rappelle à quel point elle est une grande comédienne.

Alors, bien sûr 4h40 cela effraie un peu ; bien sûr, le récit est dru, parfois un peu ardu tant il multiplie les décors, les lieux, les personnages mais c'est un vrai tour de force que de monter cette oeuvre. Un tour de force, réussi qui plus est, à côté duquel il serait dommage de passer.  

Peer Gynt de Henrik Ibsen (texte français de François Regnault), mise en scène et scénographie d’Éric Ruf. Avec Catherine Samie, Catherine Salviat, Claude Mathieu, Michel Favory, Éric Génovèse, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Gilles David, Suliane Brahim, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, les élèves-comédiens de la Comédie-Française (Romain Dutheil, Cécile Morelle, Émilie Prevosteau, Samuel Roger, Julien Romelard) et les musiciens Floriane Bonnani, Hervé Legeay, Vincent Leterme, Françoise Rivalland.
Un spectacle de la Comédie-Française, présenté au Grand-Palais, jusqu'au 14 juin.
Réservations : 0 825 10 1680.

Commentaires

J'ai aussi eu la chance d'assister à cette première de Peer Gynt.
Un vrai tour de force, comme vous le dites. J'ai passé un très agréable moment. On ne voit pas le temps passer. (À noter que les 4h40 tiennent compte des deux entractes.)
Quel moment intense en émotions que la fin de la première partie ! C'était du grand art, avec un chœur prenant et une mise en scène émouvante.

Hervé Pierre, fabuleux dans la Grande Magie, était aussi à son meilleur dans son rôle de Bois d'Enghien (Un fil à la patte). Une véritable performance à nouveau dans Peer Gynt !

Les comédiens étaient tous très bons.
Mention spéciale aux musiciens et musiciennes.

Écrit par : Julien ÉLIE | 14 mai 2012

En lisant tant d'éloges, j'ai pris des billets, mais il n'y avait plus de places centrées pour la date choisie.
Le dispositif "passerelle" est-il gênant quand on est placé à un bout de la passerelle?

Écrit par : anne | 17 mai 2012

Ayant lu votre billet, je suis donc allé voir Peer Gynt et j'ai passé une agréable soirée. Une seule critique dans la mise en scène : la plupart des scènes (voire la quasi totalité!) se passent à l'une des extrémités du ruban, et quand on est de l'autre côté, on est un peu frustré ! Il me semble qu'Eric Ruf aurait pu y penser et équilibrer tout ça (d'ailleurs je pense que cela peut assez facilement être rectifié si la remarque lui parvient), les contraintes techniques n'expliquent pas tout ! Voilà, c'est dit.
A part ça, on a droit à un spectacle de haut niveau, avec notamment d'excellents acteurs au jeu unifié. Catherine Samie est exceptionnelle et allie un jeu à la fois théâtral et cinématographique, Hervé Pierre réalise une grande performance et joue notamment très bien le vieillard Gynt (la transformation est impressionnante), et les autres acteurs et musiciens sont tous très bons. La scénographie est intéressante, et convient à l'aspect épique de la pièce, aux voyages et courses des personnages. Un autre bon point est que les spectateurs peuvent ainsi être assez proches des acteurs (j'aime beaucoup ça !). La mise en scène est bonne (c'est un gros boulot de coordonner tous ces acteurs sur une durée aussi longue !), avec de bonnes trouvailles. Les costumes enfin sont magnifiques. Bref, même si c'est un peu long, c'est une expérience à vivre !

Écrit par : Guillaume | 20 mai 2012

C'est délirant ( mais n'est-ce pas un délire ? ), très long comme toute saga, parfois incompréhensible dans le texte ( pas au niveau sonore très amplifié par des micros portés par les comédiens ).
Nous embarquons dans cette quête de soi : connais-toi, accepte-toi, ne te fuis pas comme Peer. Au fait : est-il réellement parti au loin vivre ces aventures où les a-t-il imaginées dans une caverne de la forêt environnante, pendant toutes ces années ?
Interprétation, mise en scène et costumes : FABULEUX !
Et quel délice de sortir dans le square pendant les longs entractes par une magnifique soirée de printemps !

Écrit par : OLIVIER | 27 mai 2012

Les commentaires sont fermés.