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29 mars 2012

Au Théâtre de la Tempête, "Les Papotins" : un spectacle plein de poésie pour voir le monde autrement.

"Le champ de vision humain
comporte des failles."

Un papier avec une croix au milieu. De chaque côté de la croix, un point. Si vous fermez un oeil et fixez intensément cette croix, en  plaçant la feuille à une trentaine de centimètres de votre visage, un des deux points disparaît (si ça ne marche pas, avancez ou reculez le papier). Une expérience qui n'a rien de magique : cette disparition est liée à une zone aveugle de notre oeil appelée "tache de Mariotte", du nom du savant qui l'a mise en évidence. Lorsque les deux yeux sont ouverts, chacun compense la zone aveugle de l'autre et nous ne nous apercevons pas de cette lacune.

Voir le monde autrement : c'est un peu le but du spectacle que propose en ce moment le Théâtre de la Tempête. Les papotins ou la tache de Mariotte nous emmène dans l'univers de jeunes adultes "atypiques". C'est comme ça qu'ils se décrivent eux-mêmes, réfutant le terme "autistes". Depuis 20 ans, le journal Le Papotin est leur moyen d'expression. Aujourd'hui, leurs écrits prennent vie sur scène, leurs bons mots prennent voix au travers de comédiens.

 

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Photo : Antonia Bozzi

Sur scène, ils sont quatre. Il y a Arnaud (Philippe Frécon), capable de vous préciser dans quel sens s'ouvre le capot de n'importe quelle voiture, Carole (Silvia Cordonnier) qui voudrait faire un film regroupant tous les contes de fée en une seule histoire, Thomas (Philippe Richard), génie des maths qui vous démontre à quel point il est facile de calculer le carré d'un nombre à trois chiffres, et Nathanael (Christian Mazzuchini), le théoricien, qui classe par catégorie à peu près tout ce qui nous entoure (y compris les différentes formes d'attachement, de l'affection à la passion). Leurs raisonnements surprennent,  dérangent parfois mais un bon sens désarmant pointe souvent derrière ces discours décalés. A laisser sans voix les politiciens qu'ils ont rencontré et dont les interviews sont reconstituées ici.

Rappelons-le : sur scène, ce ne sont pas les vrais jeunes auteurs du Papotin mais des acteurs qui les incarnent. Et c'est là le tour de force de l'adaptation et la mise en scène de Eric Petitjean. Quatre acteurs formidables qui rentrent vraiment dans la peau de personnages pas faciles à incarner. Le spectacle est découpé en six journées. A chaque fois, le rituel d'arrivée est le même: chacun a ses tics, ses mimiques, ses gestes inattendus. Nathanael, les mains sur les hanches nous scrute avec angoisse et méfiance. Une posture qu'il conserve lorsqu'il nous déclame à toute vitesse ses théories. Les comédiens nous interpellent comme le feraient les personnages qu'ils incarnent : un peu abruptement, jamais méchament. "Comment tu t'appelles ? Est-ce que tu aimes qu'on te chatouille les pieds ?"

Le spectacle nous fait sourire de bout en bout  mais  nous fait aussi réfléchir aussi sur le regard que l'on aurait porté sur Carole, Thomas, Nathanael et Arnaud si on les avait croisé dans la vraie vie, dans le bus, le métro ou dans la rue : aurions-nous eu autant de bienveillance à leur égard ? Probablement pas. Une question de regard porté sur le monde : une tache de Mariotte que le deuxième oeil ne compense pas en somme ...

Les papotins ou la tache de Mariotte d'après le journal Le Papotin, mise en scène Eric Petitjean. Avec Silvia Cordonnier, Philippe Frécon, Christian Mazzuchini et Philippe Richard. Au Théâtre de la Tempête (salle Copi) du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30, jusqu'au 7 avril 2012. Réservations : 01 43 28 36 36. 

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