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30 janvier 2012

Pierre Niney nous dévoile ses talents d'auteur et de metteur en scène avec "Si près de Ceùta"

" Tonitruant comme un chacal. "

Pierre Niney, tout jeune pensionnaire de la Comédie-Française,  vient d'être nommé pour les césars 2012, catégorie Meilleur espoir masculin, pour son rôle dans le film de Frédéric Louf J'aime regarder les filles. Qu'il soit reconnu comme un brillant jeune acteur n'a rien d'étonnant, on en a déjà parler sur ce blog. Pour sa prestation dans Le jeu de l'amour et du hasard, bien sûr, et pour une lecture dans le cadre du Bureau des lecteurs. Mais c'est une autre facette de son talent que l'on a pu admirer la semaine dernière, au Théâtre de Vanves.

Ce soir-là, quatre jeunes comédiens, dont Pierre Niney, présentaient la pièce Si près de Ceuta. Une pièce écrite et mise en scène par Niney lui même. Je vous épargnerai la citation classique dans ces cas-là, "aux âmes bien nées ...", et n'irai pas jusqu'à vous dire que le texte est un véritable chef-d'oeuvre. Mais on peut tout de même saluer le travail (un texte écrit 2009, précisons-le).  

Une frontière comme tant d'autres - ne serait-ce le titre, nous ne pourrions précisément la situer - gardée par deux soldats. Voilà l'essentiel de l'intrigue. Au milieu de la nuit naissent des interrogations sur ce qu'ils font là, leur rôle exact. Et ce sont les mêmes interrogations qui taraudent le "camp d'en face", deux sans papiers qui veulent passer de l'autre côté de la ligne. Deux binômes en miroir.

Sur ce sujet grave, Niney parvient à nous faire rire. Le garde-frontière qu'il incarne est un doux rêveur, on pourrait même le trouver un peu idiot. Mais il nous fait aussi réfléchir sur cette notion de frontière. Une construction humaine qui finit par rendre fou, ceux qui la garde comme ceux qui veulent la passer.

Côté mise-en-scène, c'est pas mal non plus : scénographie minimaliste, on est perdu au milieu de nulle part. Dans l'obscurité, seules les lampes de poches viennent éclairer les visages des clandestins. Les soldats, tout en parlant, ont le regard perdu au loin, vers l'horizon, guettant un mouvement, une ombre. Et lorsqu'ils épaulent leurs armes vers un cible lointaine, c'est vers nous public, que sont pointés ces canons. Étrange sensation que de se retrouver ainsi dans la peau de celui qui est traqué

Rassurez-vous : si vous avez raté cette représentation, d'autres sont prévues, en juin. Mais à votre place, je ne tarderais pas à réserver, avant que les groupies du jeune homme - qui en plus d'être talentueux est plutôt charmant - ne s'emparent de tous les billets !

Si près de Ceuta, texte et mise-en-scène de Pierre Niney. Avec Pierre Niney, Assane Timbo, Ali Marhyar et Jean-Christophe Legendre. Du 8 au 13 juin 2012 au Théâtre de Vanves. Réservations au 01.41.33.92.91.

22 janvier 2012

Au Théâtre Mouffetard, Ophélia Teillaud et Marc Zammit mettent en scène "Phèdre" sans artifice

  "Ciel ! Que lui vais-je dire
et par où commencer?"

phèdre,racine,ophélia teillaud,marc zammit,ayouba ali,mona el yafi,véronique boutonnet,camille metzger,théâtre mouffetardConceptuelle et depouillée : voilà les deux adjectifs qui pourraient le mieux qualifier cette version de Phèdre présentée au Théatre Mouffetard. Un plateau entièrement nu, un drapé noir en fond de scène ... Pas de décor et pas d'accessoires, les comédiens évoluent d'un halo lumineux à l'autre et le reste de la scène est plongé dans la pénombre.

Ophélia Teillaud et Marc Zammit, les deux metteurs en scène, (également présents sur scène, elle dans le rôle titre, lui interprétant Thésée et Théramène) évoquent dans une note d'intention une volonté de "plonger à corps perdu dans l'expérience du langage". Et cela se traduit par un véritable engagement physique de la part des comédiens lorsqu'ils déclament leur texte. On en arrive ainnsi parfois à la danse : dans le rôle d'Hippolyte, Ayouba Ali va même jusqu'à faire des figures de capoeira entre deux alexandrins. Belle maitrise technique du souffle et de la diction pour arriver à cela !

Reste que le résultat peu sembler un peu aride et difficile d'accés. Le spectateur doit, lui aussi, adhérer à cette plongée dans le texte, accepter ce jeu d'ombre et de lumière qui masque parfois un peu le visage des comédiens. Cette version de Phèdre, très recherchée dans sa forme, pourrait déconcerter un public non averti.

Phèdre de Racine, mise en scène Ophélia Teillaud et Marc Zammit. Avec Ayouba Ali, Mona El Yafi, Véronique Boutonnet, Camille Metzger, Ophélia Teillaud et Marc Zammit. Au Théâtre Mouffetard, jusqu'au 25 février. 2012.  Réservations au 01 43 31 11 99.

20 janvier 2012

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, François Morel se glisse dans les habits du Bourgeois gentilhomme

"Voilà qui n'est point sot,
et ces gens-là se trémoussent bien."

 

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François Morel dans le rôle de Monsieur Jourdain, Catherine Hiegel à la mise en scène. Je vous avais annoncé cela il y a quelques temps. La pièce se joue depuis la semaine dernière au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Et c'est une réussite. Certaines critiques évoquent une mise en scène un peu plate, j'ai trouvé, au contraire, le tout bien rythmé et enlevé.

Hiegel, ancienne doyen du Français rappelons-le, a opté pour la version intégrale de l'oeuvre, ballet compris. L'ensemble dure donc 3 heures mais on ne s'y ennuie pas un instant. D'abord parce que les moyens sont au rendez-vous : un orchestre de chambre sur scène, en permanence, et des danseurs qui évoluent aux côtés des comédiens. Retour aux origines donc, et mise en valeur, à part égale, de l'oeuvre de Molière et de celle de Lully. Avec en apothéose, la "turquerie" finale, soigneusement chorégraphiée dans un  jeu de lumière des plus élaborés.

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Mais la pièce, il faut être sincère, repose pour beaucoup sur le talent de François Morel. Il campe un Monsieur Jourdain illuminé et doux réveur. On le découvre hypnotisé par la musique et la danse dans la première partie ; on le quitte suspendu au dessus de la scène, Mamamouchi au visage extatique.

Pour le reste, on appréciera plus ou moins les accents précieux conférés à certains personnages (le maitre de danse, le Comte et la Marquise) pour accentuer leur côté snob. Cela m'a beaucoup fait rire mais n'a pas convaincu ceux qui m'accompagnaient.

Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet de Molière et Jean-Baptiste Lully, mise en scène de Catherine Hiegel. Avec François Morel, Alain Pralon, Marie-Armelle Deguy, Olivier Bioret, Anicet Castel, Stephen Collardelle, Joss Costalat, Eugénie Lefebvre, David Migeot, Emmanuel Noblet, Romain Panassie, Camille Pelicier, Gilian Petrovski, Géraldine Roguez, Frédéric Verschoore, Héloïse Wagner et cinq musiciens. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, jusqu'au 27 mai 2012. Réservations au 01 42 08 00 32.