26 janvier 2012
Naples millionnaire ! de Eduardo de Filippo, mise-en-scène par Anne Coutureau, à voir ABSOLUMENT au Théâtre de La Tempête.
"Au fond, il suffit d'une histoire napolitaine
pour toucher à l'universel !"
Ça commence par une projection sur un drap tendu, la distribution de la pièce, avec un arrière fond musical. Un générique pendant lequel la scène commence à s'animer. Les comédiens circulent dans le décor, on rammasse le linge qui séchait là. Hommage appuyé au cinéma, au mouvement néoréaliste italien. La pièce date à peu près de la même époque. Naples millionnaire ! a été écrite en 1945. Et chose assez surprenante, c'est la première fois qu'elle est présentée en France !
Eduardo de Filippo (dont on a pu voir La Grande Magie à la Comédie-Française il y a peu) est un personnage majeur en Italie. Dramaturge, mais aussi comédien, il a même été nommé sénateur à vie. Son décés, en 1984, a donné lieu à un hommage national. Mais pourquoi De Filippo est-il aussi méconnu en France ? Probablement parce que, échaudé par une mauvaise critique, il a refusé pendant 20 ans que ses oeuvres soient jouées ici. C'est en tout cas la théorie de sa traductrice, Huguette Hatem.

Sacha Petronijevic. Photo : CLL
L'intrigue de Naples millionnaire ! se déroule pendant la guerre, à Naples vous l'aurez déviné, dans un quartier populaire où l'on tente de survivre. Pour nourrir les siens, Amalia Jovine (Perrine Sonnet) s'adonne au marché noir. Son mari, Gennaro (Sacha Petronijevic) ne cautionne pas cela. Mais il faut bien vivre ... et puis, depuis son retour de la guerre, la précédente, il n'est plus tout à fait le même, perdu dans ses chimères, ses théories. Alors, à dire vrai, tout le monde se fiche un peu de son avis. Gennaro disparait deux ans. Deux années au cours desquelles le business d'Amalia prospère. C'est maintenant l'opulence pour la famille Jovine. Mais à quel prix ! L'inflexible Amalia est désormais une vraie usurière, elle a saigné tout le quartier mais a aussi délaissé ses enfants. C'est là que Gennaro réapparait, de retour des camps.

Francesco Calabrese et Eloïse Auria. Photo : CLL
Gennaro, figure du père aimant, mais aussi homme honnête, c'est la voix de De Filippo, homme engagé, humaniste, proche du parti communiste italien. Formidable scène où il tente de raconter ce qu'il a vécu, ce qu'il a vu dans les camps. Les autres, sa famille, ses proches, sont en train de s'empiffrer autour de la table et n'ont de cesse que de l'interrompre, de le faire taire. "La guerre est finie Gennaro, mange !". Tous les rescapés des camps ont mis en avant cette impossibilité de parler, Jorge Semprun en tête, c'est un fait communément admis aujourd'hui : les autres ne voulaient pas entendre, ne voulaient pas savoir ... mais De Filippo écrit cela en 1945, rappelons le ! Le dénouement fera sourire les cyniques, peut-être, mais il vient pudiquement rappeler ce que c'est qu'être un homme honnête.
Un texte émouvant donc auquel vient s'ajouter une superbe mise en scène. Décors et costumes nous montrent habilement l'évolution de la famille Jovine. Une table usée et des chaises en bois déparaillées au début, lourde table massive et fauteuils cossus ensuite. Le changement se fait à vue, dans une chorégraphie millimétrée, nous donnant ainsi à voir le temps qui passe. Et que dire de l'interprétation ? Rien justement car elle est parfaite. Aucun comédien ne faillit à son rôle, tous sont poignants tant ils sont vrais.
Un magnifique spectacle que je vous recommande vivement. Et gageons que cette oeuvre soient enfin connue du plus grand nombre. Merci en tout cas à Anne Coutureau d'avoir si bien su la mettre en lumière.
Naples millionnaire ! de Eduardo De Filippo (texte français Huguette Hatem), mise en scène Anne Coutureau. Avec Eloïse Auria, Pierre Benoist,Francesco Calabrese, Patrick Courteix, Cécile Descamps, Emmanuel Gayet, Pascal Guignard, Gaëtan Guilmin, David Mallet, Pauline Mandroux, Sacha Petronijevic, Sophie Raynaud et Perrine Sonnet. Au Théâtre de la Tempête (salle Copi) jusqu'au 19 février 2012.
Réservations au 01 43 28 36 36.
A noter : Eduardo De Filippo a lui-même adapté sa pièce au cinéma, en 1950, avec le célèbre comédien italien Toto.
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Commentaires
J'espère que la pièce continuera après les dates prévues dans un autre théâtre, "intra muros". Est-ce que cela s'est déjà vu pour une création de la Cartoucherie?
Écrit par : anne | 29 janvier 2012
Répondre à ce commentaireJe suis bien désolé de ne pas revenir à Paris avant le 19 février !
Savez vous si une tournée est prévue en province?
Je reviens justement de la capitale où j'ai vu 3 spectacles sur lesquels j'aimerais bien lire votre avis, et débattre avec vous et vos lecteurs:
- les liaisons dangereuses (mise en scène Malkovitch)à l'Atelier
- Rose (Judith Magre) à la Pepinière
- L'importance d'être Wilde au Lucernaire.
Écrit par : Christophe | 30 janvier 2012
Répondre à ce commentaireEt moi, je serais très curieuse de connaître l'avis de Christophe sur "Les Liaisons", pour lesquelles j'hésite encore à prendre des places.
Écrit par : anne | 30 janvier 2012
Répondre à ce commentaireJe ne sais pas si la pièce sera jouée ailleurs mais sachez que c'est complet ! Des matinées ont été rajoutées le samedi.
Sinon, Christophe, je ne suis encore allée voir aucun de ces trois spectacles. mais n'hésitez pas à nous livrer votre avis détaillé ici !
Écrit par : Audrey | 30 janvier 2012
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