Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10 janvier 2012

Nouvelle grève à la Comédie-Française : les premières représentations de la Trilogie de la Villégiature annulées

Un petit message fort courtois sur ma messagerie téléphonique me demande de prendre contact avec la billetterie de la Comédie-Française ... j'avais acheté des places pour la première de La Trilogie de la Villégiature de Goldoni - qui marque aussi l'inauguration du Théâtre Ephémère - demain soir et j'attendais cela avec une telle impatience ! Oui mais voilà, la grève qui avait déjà touché l'institution pendant les vacances de Noël reprend et le préavis est, cette fois, illimité.

Un peu déçue donc mais, en guise de consolation, la Comédie-Française propose, en plus du remboursement ou du changement de date, une représentation gratuite du Malade Imaginaire. J'ai déjà vu cette pièce mais qu'importe, ce sera beaucoup mieux que de broyer du noir en regardant des navets à la télé !

Sur le site de la Comédie-Française, on trouve le communiqué suivant, signé par l'administratrice, Muriel Mayette :

" Aujourd'hui de grandes agitations sociales traversent la Comédie-Française et bouleversent son programme. Je veux donc m'adresser à l'ensemble des métiers de la maison, qui chaque jour en font la richesse et la diversité Simul et Singulis. En tant qu'administratrice générale de la Comédie-Française, mon devoir est de protéger vos métiers, notre public et la troupe. Je continuerai donc en conscience et avec les acteurs, à lever le rideau encore et toujours, quoi qu'il arrive. Le ministère de la Culture vient de doter notre institution, d'un Théâtre éphémère pour nous permettre de maintenir notre activité, notre savoir-faire et garantir le rayonnement de notre maison. Le Théâtre éphémère est la plus belle des réponses qui pouvaient nous être apportées, la certitude d'une saison pleine et entière au service de l'imaginaire et de tous les publics.
Le temps n'est pas venu de nous empêcher d’ouvrir un nouveau théâtre. Il est légitime de se battre pour la reconnaissance de son travail, de s'investir pour que la place de chacun soit reconnue, toute sa place. C'est un combat que j'entends et que dans l'absolu, d'ailleurs, je pourrais même porter avec vous. Mais pas maintenant, pas de cette manière et pas ici !

Nous avons la chance dans notre singulier fonctionnement d'abriter une troupe d'acteurs depuis plus de trois siècles. Il serait suicidaire de remettre en question leur légitimité en arguant d'un partage qui ne serait pas équitable. Ces soixante acteurs sont le garant même de notre place à tous, ils sont les seuls capables de faire lever le rideau quoi qu'il arrive. Leur rémunération reste bien raisonnable en regard de leur talent, de leur emploi du temps, car, je vous le rappelle, nous levons le rideau plus de huit cents fois au cours d'une saison.
Attention de ne pas heurter ces artistes qui portent notre institution, attention de ne pas lasser la patience de notre public et la bienveillance de notre tutelle, et, je vous le redemande, attention de ne pas diviser les différentes équipes de cette grande famille.

Enfin, puisque les propositions de prime exceptionnelle et d’ouverture de la négociation sur une nouvelle grille salariale ne suffisent pas à lever votre préavis de grève, je me dois de prendre les décisions suivantes : du 11 au 15 janvier nous jouerons Le Malade imaginaire de Molière en remplacement de La Trilogie de la villégiature qui démarrera à partir du lundi 16 janvier dans le Théâtre éphémère. Nous assurerons ainsi avec la troupe et le personnel non gréviste notre mission de service public."

 

Commentaires

Encore ! C'est dommage, d'autant que la Trilogie de la Villégiature bénéficie d'une distribution particulièrement prometteuse...
Je suis d'accord avec Muriel Mayette, cependant tous ceux qui s'activent pour mettre en place les décors, pour les fabriquer, pour faire les costumes, bref tous les métiers "annexes" participent eux aussi à l'excellence du Français...

Écrit par : Minyu | 10 janvier 2012

La trilogie, je l'ai vue en 1978 dans la mise en scène de Strehler !
Grand moment, grand souvenir.
Tellement grand... que je n'ai pas envie de voir cette nouvelle production.
Je préfère en rester sur ce souvenir, définitif.

Quant à la grève, ce que je ne comprends pas, c'est comment il peut y avoir discussion sur le partage des bénéfices. Je pensais que la Comédie Française était déficitaire et largement subventionnée par l'Etat.
Pouvez vous nous donner des précisions, et des chiffres, notamment sur les salaires des uns et des autres?

Écrit par : Christophe | 11 janvier 2012

Je n'ai malheureusement pas vu cette version de La Villégiature sur scène (mais j'ai une bonne excuse !) mais je me suis consolée avec le DVD de la captation, publié récemment par les Editions Montparnasse (mais une captation ne vaut pas une vraie représentation, il est vrai).

En ce qui concerne des précisions chiffrées sur les finances de l'institution, j'aimerais aussi en savoir plus.

J'ai trouvé un article, publié en 2008 par Nathalie Simon dans Le Figaro, qui précise que :
" le sociétaire le plus récent est payé environ 3 160 euros par mois (chiffres donnés en brut), tandis qu'un sociétaire situé en haut de l'échelle peut recevoir jusqu'à 3 800 euros. Ils touchent en outre un « feu » (un cachet) à chaque représentation. À Paris, il varie de 115 à 169 euros, mais en tournée, il atteint de 206 à 275 euros. Il peut s'y ajouter ce que l'on appelle les « partages », soit un intéressement sur l'excédent des recettes sur les dépenses de la Comédie-Française. Ce dernier est déterminé par le comité d'administration présidé par l'administrateur ­général. « Ce n'est pas un dividende, mais une rémunération complémentaire variable », précise ­Jérôme Lamy, directeur financier.
Du côté des comédiens pensionnaires, il y a cinq échelons. Celui qui est situé au bas de l'échelle touche un salaire de 1 830 euros, celui situé au plus haut en perçoit 3 290. Leurs « feux » vont de 55 à 74 euros à Paris et de 288 à 292 euros en tournée.
Les membres de la troupe n'ont pas le droit de prêter leur image « à des entreprises de publicité commerciale » et ils ne peuvent exercer une activité extérieure quelconque sauf s'ils obtiennent un congé en bonne et due forme auprès de leur administrateur général."

Les chiffres ont du évoluer en 3 ans, mais l'ordre de grandeur ne doit pas être radicalement différent.
Précision : les "partages" entre sociétaires s'effectuent en fonction des "douzièmes", sorte de grades qui dépendent de l'ancienneté (les sociétaires les plus anciens ont ainsi 12 douzièmes soit une part entière)

Écrit par : Audrey | 11 janvier 2012

"A l'attention des comédiens, du personnel technique et administratif, et de la Direction de la Comédie-Française

Les adhérents du SAPECF et les cadres non-syndiqués tiennent à faire la mise au point suivante :

Depuis le protocole d’accord sur la grille unique de classification et de rémunération et les parcours professionnels des salaires du 4 mars 1992 signé par l’ensemble des syndicats représentatifs de la Comédie-Française et la Direction, aucune révision n’est intervenue.

L’article 2.1 du Protocole d’accord sur les mesures d’accompagnement de la réforme du statut de la Caisse des Retraites de la Comédie-Française du 7 mai 2008 signé par l’ensemble des syndicats, la Direction et le Ministre de tutelle prévoyait une révision du protocole du 4 mars 1992.

Si comme Le « Monde » daté du 12 janvier 2012 l’indique, la négociation de la grille de classification et de rémunération et des parcours professionnels a été retardée par la carence de la Direction des Ressources Humaines, cette excuse ne vaut pas pour les 3 années et demi écoulées depuis lors. Depuis mai 2008, d’autres négociations ont été menées (mutuelle, égalité homme-femme, protocole sur la Structure Ephémère, etc.) mais la négociation salariale, elle, n’a pas été même ouverte.

Il ne fait pas de doute pour les cadres que la situation actuelle est la conséquence directe de cette absence de négociation de la grille des salaires laquelle, depuis 1992, est non seulement devenue complètement obsolète mais encore créatrice de situations confuses notamment en termes d’évolution de carrière.

Début janvier 2012, les cadres ont décidé de porter leurs propres demandes auprès de la Direction. A cette fin et comme le prévoit le protocole du 7 mai 2008, ils ont demandé une ouverture des négociations salariales qui leur a été accordée par courrier du 11 janvier 2012 sans qu’aucune date d’ouverture des négociations ne leur soit fixée, de telle sorte qu’ils considèrent cette réponse comme non avenue.

A ce jour, et bien que la revendication contenue dans le préavis de grève déposé par les syndicats du collège ouvrier soit générale, les cadres n’ont été associés à aucune des réunions se déroulant depuis quelques jours entre la Direction, le Ministre de Tutelle et le collège ouvrier.

La voie choisie, consistant à maintenir des catégories à l’écart des négociations, au-delà des aspects purement procéduraux, est contre-productive pour sortir de la crise créée par une attente déçue des personnels techniques et administratifs.

La Direction doit savoir que, jusqu’à présent, le personnel n’a jamais envisagé de bloquer le fonctionnement du Théâtre éphémère et encore moins de pénaliser le public. Elle doit aussi savoir que comme elle, le personnel a à cœur de voir jouer la troupe pour laquelle elle travaille chaque jour à la Comédie-Française, conscient de la singularité de celles-ci et de la passion que leur voue le public.

Il nous semble donc vain et stérile de tenter de mettre fin à ce conflit en créant des scissions de circonstance. De la même manière qu’il n’existe pas de division entre les personnels cadres et les personnels ouvriers, il n’en existe pas entre les personnels techniques et administratifs, les pensionnaires et les sociétaires, chacun étant nécessaire avec ses compétences, ses qualifications et son talent. La présence de tous est primordiale au lever de rideau.

Pour autant si les cadres souhaitent que les représentations reprennent leur cours normal ils ne se laisseront pas utiliser pour « diviser les différentes équipes de cette grande famille ».

Le 4 mars 2012, le protocole régissant la grille des salaires aura 20 ans.
Ne fêtons pas ce 20e anniversaire ! Ne le fêtons pas sans revoir ses fondements…

Le S.A.P.E.C.F et les cadres non-syndiqués préconisent une ouverture immédiate des négociations salariales et la mise en place d’un véritable dialogue entre les différentes catégories de personnel et la Direction et ce, sur la base d’un calendrier acceptable.

Le SAPECF"

Écrit par : LibertéEgalitéFraternité | 15 janvier 2012

Les commentaires sont fermés.