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03 décembre 2011

"Dommage qu'elle soit une putain" au Théâtre des Gémeaux (Sceaux) : quand Donnellan dépoussière le théâtre élisabéthain.

 "I would not change this minute for Elysium"

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Dommage qu'elle soit une putain est une histoire d'amour impossible mais  beaucoup plus trash que Roméo et Juliette : ici pas de familles rivales pour la bonne raison que nos deux amoureux, Annabella et Giovanni, sont ... frère et soeur. Une histoire d'inceste qui finira dans un bain de sang. Beaucoup de metteurs en scène se sont déjà intéressés à cette pièce sulfureuse : Luchino Visconti en donna une version avec Romy Schneider et Alain Delon.

Le metteur en scène britannique Declan Donnellan, lui,  nous propose une version plutôt rock de cette pièce écrite au 17ème siècle (ne pas confondre John Ford l'auteur élisabéthain avec le réalisateur américain ). La scénographie, signée Nick Ormerod, est des plus modernes. L'ambiance est rougeoyante, comme si cela laissait déjà présager la fin sanglante de l'histoire.

Sur le plateau, une chambre d'ado avec affiches de films au mur - True Blood et Breakfast at Tiffany's - et CD en vrac au sol. Pendant que le public s'installe, la résidente des lieux, affalée sur son lit,  casque sur les oreilles et ordinateur portable négligemment posé près d'elle, semble s'ennuyer mortellement. Et puis elle se lève, se met à danser et tous les autres comédiens la rejoignent pour une chorégraphie ... Entrée en matière surprenante mais qui nous donne immédiatement le tempo.

La mise en scène de Donnellan est époustouflante. Dans ce lieu unique, il place l'ensemble des protagonistes et les laisse presque en permanence sur le plateau, spectateurs de la scène en cours et parfois acteurs muets. La scène où Soranzo , amoureux d'Annabella, dépeint la jeune fille d'une façon angélique, par exemple : en arrière plan, les autres comédiens la pare d'un voile et se presse à ses pieds, dressant sous nous yeux une image de Sainte-Vierge adulée. Plus loin dans l'histoire, lorsque Soranzo, finalement marié à Annabella, découvre la perversion de sa belle (qui plus est, engrossée par ce frère incestueux), c'est une vision des enfers qui se compose en fond de scène. Fascinant.

Ajoutez à cela une intrigue menée tambour battant. Les scènes se succèdent sur un rythme effreiné : la première réplique d'une scène venant parfois presque interrompre la dernière réplique de la scène précédente. Dit comme cela, ça peut paraître un peu étrange mais, croyez moi, cela fonctionne parfaitement. On a l'impression de tomber dans un abîme. La pièce, ainsi ramassée, ne dure plus qu'une heure quarante-cinq (plutôt court pour une pièce en 5 actes), laissant le spectateur un peu haletant, essoufflé par ce sprint mais n'ayant jamais relâché son attention.

Côté comédiens, rien à redire. Lydia Wilson est très touchante dans le rôle d'Annabella, Jack Gordon campe un Giovanni au charme latin et l'on partage la souffrance de Soranzo sous les traits de Jack Hawkins. Mais c'est à Suzanne Burden qu'il faut rendre hommage : dans le rôle d'Hippolita, maîtresse éconduite de Soranzo, la comédienne incarne une femme à poigne, caractère bien trempé, un rien effrayante et castratrice. Bravo !

Une pièce que l'on ne saurait que trop vous conseiller en vous disant : surtout ne vous laissez pas rebuter par les sur-titrages, cela serait bien dommage !!

Dommage qu'elle soit une putain (’Tis Pity She’s a Whore) de John Ford, mise en scène de Declan Donnellan. Avec Suzanne Burden, David Collings, Ryan Ellsworth, Jimmy Fairhurst, Jack Gordon, Nyasha Hatendi, Jack Hawkins, Lizzie Hopley, Peter Moreton, David Mumeni, Laurence Spellman, Lydia Wilson. Au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 17h, jusqu'au 18 décembre 2011. Réservations : 01 46 61 36 67 Durée : 1h45. En anglais avec sur-titrages en direct de Gilles Charmant.

Commentaires

Ce n'est pas vraiment mon genre de pièce d'habitude, mais là, je crois que cela me plairait...

Une remarque : il n'y a pas que le Théâtre des Gémeaux qui donne des pièces en langue étrangère surtitrées... Ainsi, j'irai peut-être voir cette saison Lorenzaccio, en russe, aux Célestins...

Écrit par : Minyu | 03 décembre 2011

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