Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 novembre 2011

Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare / Clément Poirée / Théâtre de la Tempête

"Il y avait alors dans le ciel une étoile qui dansait,
et c’est sous elle que je suis née"

beaucoup de fruit pour rien,shakespeare,clément poirée,théâtre de la tempête,jude lucas,alix poisson
Manon Combes, Alix Poisson et Suzanne Aubert
Photo : Antonia Bozzi

Encore du Shakespeare. Mais on aurait tort de s'en priver. Surtout lorsque c'est une aussi belle réussite que ce Beaucoup de bruit pour rien, proposé par Clément Poirée au Théâtre de la Tempête.

L'histoire pour commencer : de retour de la guerre, Don Pedro trouve l'hospitalité chez le vieux Leonato. Dans sa suite, ses deux amis, Claudio et Benedict, mais aussi son demi-frère, le sombre Don Juan. Au premier regard, Claudio tombe amoureux de la belle et fragile Héro, fille de Leonato. Un coup de foudre réciproque et un mariage vite plannifié. Mais Don Juan, prêt à tout pour nuire, jette le discrédit sur la demoiselle, compremettant ainsi l'union. Parallèlement, chacun s'emploie à réunir la piquante Béatrice, nièce de Leonato, à l'excentrique Benedict.

Béatrice, c'est un peu la jumelle de Catharina dans La Mégère apprivoisée : pleine d'esprit, elle est tout autant indomptable  et opposée au mariage. Elle manie également les mots comme des lames, au détriment de la gent masculine en général et de Benedict  (Bruno Blairet) en particulier. Un personnage merveilleusement incarné par Alix Poisson, déjà remarquable et remarquée dans Le Dindon. La comédienne passe sans difficulté des passages légers, pleins de badinage et de moquerie, à des  scènes où elle nous montre ses talents de tragédienne.

beaucoup de fruit pour rien,shakespeare,clément poirée,théâtre de la tempête,jude lucas,alix poissonBruno Blairet et Alix Poisson
Photo : Antonia Bozzi


Car cette pièce est pleine de ce que Clément Poirée décrit comme "des revirements difficiles à assumer pour les acteurs"*. Une pièce assez gaie mais dont le point de départ est "un constat mélancolique sur le monde". "Shakespeare nous montre comment les sentiments les plus hauts sont manipulables (...) tout est volatile. Malgré tout, à la fin, Béatrice et Benedict font le choix de l'amour, mais pas d'un amour idéaliste, simplement celui de l'instant" nous explique le metteur en scène. Pour lui, la pièce met ainsi en avant "une force de vie qui ne peut être que le présent." Mais pour cela, il faut accepter, comme il l'a fait, "les détours, les voyages de la pièce", car comme souvent chez Shakespeare, les intrigues sont multiples. Poirée décide de n'en privilégier aucune, de ne pas faire le choix d'un fil directeur.  

Les personnages secondaires prennent ainsi toute leur ampleur. Telle Margaret (Manon Combes), la suivante de Héro (Suzanne Aubert). Doté d'un accent du Sud, elle manie admirablement les effets de jupe et aguiche son monde apportant ainsi comique et fraîcheur. La scène où les deux comédiennes font mine de ne pas voir Béatrice et évoque les qualités de Benedict est irrésistible. Et que dire de ces watchmen, voisins de Leonato surveillant les environs (Eddie Chignara et Julien Villa), qui prennent un mot pour un autre ? Hilarants ...

Notons qu'il s'agit (encore une fois) d'une nouvelle traduction de l'oeuvre, signée Jude Lucas. Résultat plutôt concluant.

La pièce sera présentée à Londres en juin, dans le cadre du Globe to Globe Festival : Shakespeare dans toutes les langues avant le début des J.O. (on en reparlera). Et l'on peut déjà dire que la France n'aura pas à rougir de la prestation de ces athlètes-là !

*Les propos de Clément Poirée ont été recueillis lors du débat à l'issue de la représentation du 15 novembre.

Beaucoup de Bruit pour rien de William Shakespeare (texte français de Jude Lucas), mise en scène par Clément Poirée. Avec Suzanne Aubert, Bruno Blairet,  Eddie Chignara, Manon Combes, François de Brauer, Jean-Claude Jay, Matthieu Marie, Laurent Ménoret, Alix Poisson et Julien Villa.  Au Théâtre de la tempête, jusqu'au 11 décembre 2011. Réservations au 01 43 28 36 36.

Les commentaires sont fermés.