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09 juillet 2011

Festival d'Avignon : Arthur Nauzyciel et "Jan Karski (Mon nom est une fiction)"

"Cela ébranlera peut-être
la conscience du monde"

Je ne vais pas tourner autour du pot et attendre le 4eme paragraphe de ce billet pour vous dire que j'ai été fort déçue par ce spectacle. Contrairement à mon credo habituel (je ne parle que de ce que j'ai aimé), je m'exprime tout de même sur cette pièce pour vous expliquer pourquoi ma déception est si grande.

D'abord, il y a dans le sujet initial, une formidable histoire à raconter : Jan Karski était un résistant polonais qui, ayant eu connaissance de ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie et dans les camps de concentration, tenta de convaincre l'occident, dès 1942, de la réalité du génocide. Mais ce fut en vain : ni les Britanniques ni les Américains ne prirent, à ce moment-là, la mesure de ce qui se passait là-bas ...

Le texte ensuite, tiré du roman de Yannick Haenel, est magnifique, bouleversant. Mais alors, me direz-vous, qu'est ce qui cloche dans cette pièce ? La forme.

La pièce reprend le même découpage que le roman de Yannick Haenel : trois parties. La première est la description du récit que Jan Karski fit devant la caméra de Claude Lanzmann dans Shoah. C'est Arthur Nauzyciel lui-même qui nous relate cette interview. La seconde, un résumé du livre écrit par Jan Karski - où il relate à peu près les évènements de la même manière - est présentée sous forme d'une vidéo sur laquelle défile une carte du ghetto de Varsovie tandis que résonne la voix de Marthe Keller dans les hauts-parleurs. La troisième partie enfin, où Jan Karski (interprêté par Laurent Poitrenaux) apparaît. Il est seul, dans un corridor qui pourrait être celui d'une salle de concert (on entend de la musique et des applaudissements au loin). Un grand espace magnifique, tout en courbe. Jan Karski, tel un procureur, plein d'exaltation, nous raconte ses terreurs nocturnes, son indignation face à l'immobilisme des alliés, ses difficultés pour vivre normalement après cela ...

Pour être très concrête, cela nous donne un monologue de trois quarts d'heure d'Arthur Nauzyciel (jusque là, tout va bien, je suis restée suspendue à ses lèvres) se concluant par un numéro de claquettes (oui, oui des claquettes !) ; suivi d'une demi-heure de vidéo faisant vraiment très mal aux yeux, avec commentaire enregistré (pour moi, le théâtre c'est du spectacle VIVANT donc là, j'ai commencé à me sentir un peu flouée) et enfin le monologue de Laurent Poitrenaux poignant certes, mais durant 1h30 !!! Puis, en guise de final, l'arrivée d'une danseuse (Alexandra Gilbert), poupée desarticulée aux spasmes d'agonie (techniquement impressionnant). Deux heures quarante au total (alors que le programme annonçait deux heures).

Je pose donc la question : à qui s'adresse un tel spectacle ? Que celui qui peut me jurer qu'il n'a décroché à aucun moment lève la main ! J'ai perdu le fil à plusieurs reprises, contemplé mes voisins : autour de moi, beaucoup de personnes se sont assoupies voire carrément endormies. Un beau gâchis à mon sens : car le récit de Jan Karski, en étant plus condensé, n'aurait eu que plus de force je crois ! Il y avait là de quoi faire un magnifique spectacle grand public (mais je suis peut-être en train de dire un gros mot !) Les applaudissements furent cependant nourris, certains crièrent même "Bravo". Moi je suis restée dubitative : est-ce que je ne comprends rien au théâtre ou bien est-ce du "chiqué" que de crier au génie devant un tel spectacle ?

Commentaires

Bonjour,
Je suis en désaccord avec votre analyse. Ds la 1ère partie, Arthur Nauzyciel ns donne les clefs qui permettent aux spectateurs de suivre la trame du spectacle. Assis de profil, visage impassible, Arthur Nauzyciel ns parle sur le devant de la scène, comme à un ami, ns faisant d'emblée partager cette intimité. Son récit est ponctué par des déplacements corporels minimaux mais très forts. Par exemple, la 1ère fois qu'il se lève et reste de trois-quarts, il tend son bras droit en avant, paume de main ouverte vers le public ds un geste de partage et de don, la parole court le long de son bras jusqu'au creux de sa paume, jaillit et se propulse jusqu'à ns. Notre écoute est relancée par ce simple geste qui renforce la transmission. A ce moment précis, Arthur Nauzyciel est Le Messager. Chaque mouvement de son corps réactive notre vigilance. Deuxième partie : très forte et difficilement supportable, ns sommes enfermés, je n'ai pu m'échapper de cet enfer qu'en fermant les yeux. Troisième partie : Laurent Poitrenaux bouleversant. La caisse de résonance qu'est le théâtre est propre à éveiller la conscience du spectateur mieux encore qu'un livre ou un film : "au cinéma, le cinéaste contrôle l'image, au théâtre le spectateur construit l'image". C'est grâce à cette mise en scène que je suis sortie du théâtre transformée, il y a désormais un "avant Karski et un après Karski"

Écrit par : Régnier | 29 septembre 2011

Mais je suis très heureuse que nous soyons en désaccord et que vous nous présentiez votre point de vu de façon détaillée !
Au plaisir de vous lire à nouveau ici.

Écrit par : Audrey | 29 septembre 2011

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