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31 mai 2011

Ce que nous réserve la Comédie-Française pour la saison 2011-2012

Depuis quelques semaines, les programmes de la prochaine saison théatrale arrivent dans ma boite aux lettres. Et c'est mon petit plaisir que de découvrir, en rentrant fourbue du boulot, des courriers de la sorte. Aussi palpitant à mes yeux que des lettres d'amours émanant d'un mystérieux inconnu (là vous vous dîtes probablement "cette fille est bonne pour l'asile"). Et aujourd'hui était vraiment jour de fête car c'est LE programme le plus attendu de l'année que ma gentille factrice m'a apporté : celui de la Comédie-Française. Un superbe livret rouge que  je me suis empressée de décortiquer.

Cette année, entre les pages présentant les spectacles, point de photos des sociétaires et des pensionnaires mais des plans, des vieilles gravures et des rappels historiques. Car cette saison, la Comédie-Française écrit une nouvelle page de son histoire : sa salle principale, la Salle Richelieu, située place Colette, va devoir subir une rénovation pendant plusieurs mois. Impossible de faire une programmation uniquement au Vieux Colombier et au Studio Théâtre : Richelieu, c'est le bateau amiral de la flotte avec 880 places (contre 300 places au Vieux-Colombier et 136 au Studio-Théâtre). Alors, l'administration du Français a opté pour une structure temporaire, installée dans les jardins du Palais-Royal, d'une capacité de 716 places.

Que sait-on déjà sur cette structure qui devrait accueillir des spectacles dès janvier 2012 ? Que la scène serait aussi grande que celle de Richelieu mais apparemment sans un structure technique (cintres et dessous) aussi performante. Que la structure sera entièrement démontable et réutilisable. On peut voir les plans sur le site du concepteur. La billetterie devrait rester à son emplacement actuel, les comédiens continueront à utiliser leurs loges.

La troupe profite aussi de l'occasion pour sortir de ses murs : des représentations au 104 et au Grand Palais sont prévues. Ainsi que, grande première, une tournée en Chine.

Muriel Mayette, l'administratrice générale de la Comédie-française (et il parait qu'elle approuve à présent l'usage du féminin pour son tître) se veut rassurante dans l'édito de la brochure :

"Sans relâche, sans rien abandonner de nos valeurs, sans interrompre notre pratique de l'alternance, nous allons vivre ce temps d'errance comme un temps de voyage, de tréteaux, chaque soir tendus vers l'excellence, pour un moment de grâce attendu, nécessaire et incontestable. Nous allons continuer à jouer ailleurs en prenant le risque de tout recommencer au début. (...) Provisoirement nous allons déménager ensemble pour que vive notre théâtre."

Et côté programmation ?
Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux (au 104 puis Salle Richelieu) mis en scène par Galin Stoev (L'Illusion comique il y a deux saisons au Français c'était lui) pour ouvrir la saison. J'attends avec impatience L'école des femmes, avec Jacques Lassalle à la mise en scène. Reprise de L'Avare, Bérénice (vu à Versailles cette année) et Andromaque ainsi que d' Un fil à la patte (pour les fêtes de fin d'année puis à nouveau en juillet).
Le Théâtre Ephémère, puisque c'est son nom, sera inauguré par La Trilogie de la Villégiature de Goldoni, mise en scène signée Alain Françon. Sans vous citer tous les spectacles pour cette grande salle, notons aussi Une Puce, épargnez-la de Naomi Wallace, mis en scène par Anne-Laure Liégeois (dont j'avais adoré La duchesse de Malfi au Théâtre 71 à Malakoff cette année)et la reprise de On ne badine pas avec l'amour, un peu à l'étroit cette saison au Vieux Colombier.
Au Vieux Colombier, justement, la saison s'ouvrira par Pluie d'été de Marguerite Duras (M.E.S Emmanuel Daumas). Autres créations :
La Noce de Bertold Brecht, Erzuli Dahomey, déesse de l'amour de Jean-René Lemoine et Amphitryon de Molière.
Spectacle musical, comme cela est à présent la coutume, pour ouvrir la saison au Studio Théâtre. Après Chansons des jours avec et chansons des jours sans, cette année, cela sera au tour des Chansons déconseillées, toujours avec Philippe Meyer à la baguette. Aurélien Recoing mettra en scène Le Petit prince de Saint-Exupéry ; Alain Françon et Gilles David se lanceront dans Le cercle des castagnettes, série de monologues signés Feydeau. Et puis il y aura aussi
Le Jubilé d'Agathe de Pascal Lainé, lecture par Gisèle Casadesus, la plus ancienne des sociétaires honoraires. Un moment à ne pas manquer (en décembre).

Enfin, Peer Gynt d'Ibsen pour 35 représentations au Grand Palais dans une mise en scène d'Eric Ruf, un des sociétaires de la troupe.

Voilà, vous savez à présent non pas tout mais l'essentiel, pour le reste, allez directement sur le site de la Comédie-française. Les abonnements seront ouverts dès le 3 juin.

 

23 mai 2011

Agamemnon de Sénèque à la Comédie-Française

 "L'obscurité du Styx"

L'histoire est vieille comme le monde - du moins aussi vieille que notre civilisation : c'est celle des Atrides, une famille qu'on qualifierait aujourd'hui de dégénérée mais qui a inspiré des dizaines de dramaturges au fil des siècles. Pour son Agamemnon, Sénèque prend comme point de départ le retour du roi éponyme chez lui, à Mycène, après dix ans d'absence*. Dix années au cours desquelles sa femme, Clytemnestre, s'est consolée dans les bras d'Egisthe. Et comme nous sommes chez les Atrides, forcément, les scènes de ménage ne se soldent pas par des jets d'assiettes mais par des assassinats.

Que mon ton assez irrévérencieux ne vous trompe pas : cette histoire n'est pas du tout légère. De la vraie tragédie, très noire, très angoissante, sans même un élan amoureux pour apporter un peu de douceur. Tout n'est que douleur du début à la fin.
Douleur de Clytemnestre d'abord. Agamemenon ne revient pas seul : il a ramené de Troie une captive, Cassandre. Et à l'affront que lui fait son époux, il faut aussi ajouter l'infanticide qu'il a commis au moment du départ*. Elsa Lepoivre ne livre ainsi une reine toute en haine, magistrale dans la scène où elle laisse échapper son chagrin devant la Nourrice (Cécile Brune), révélant pleinement ses talents de tragédienne.
Douleur de Cassandre : la prophétesse captive a vu mourir tous les siens à Troie et elle sait déjà ce qui va advenir: la mort d'Agamemnon et la sienne. Cassandre, c'est Françoise Gillard. La comédienne, perchée sur des chaussures hallucinantes, joue à merveille la transe de la prophétesse, ses spasmes et ses déplacements arachnéens. On est bluffés par cette gestuelle parfaitement maitrisée, presque de la danse.
Douleur d'Electre enfin. Le rôle est assez court mais intense pour Julie Sicard, avec une scène où la comédienne, munie de deux marionnettes, nous fait le récit à trois voix de la fuite d'Oreste.
Trois femmes bouleversantes qui nous collent un noeud à l'estomac ...

Et la mise-en-scène du Canadien Denis Marleau renforce encore plus cela. Côté scénographie : un éclairage bleuté, très sombre ; des panneaux de feutres légèrement ajourés qui occultent une partie de la scène et se meuvent pour  laisser apparaitre les personnages ; un mur de scène imposant sur lequel apparaissent des faces de pierres (des masques mortuaires?) sur lesquelles viennent se projeter les visages des comédiens interprétant le Choeur. On y voit le poids du destin, de la prophétie, de la volonté des dieux. On retiendra aussi cette excellente idée pour débuter la pièce : le fantôme de Thyeste, père d'Egisthe, exhorte son fils à tuer Agamemnon. C'est la voix d'Hervé Pierre que l'on entend résonner, avec ses accents autoritaires et rocailleux, mais il n'y a personne sur scène. On lève alors les yeux, attirés par une lumière spectrale, pour se rendre compte que ce sont les Atlantes qui soutiennent les corbeilles qui s'adressent à nous grâce à la magie de la vidéo.

La pièce est assez courte (1h25 seulement) mais dense et on en ressort un peu K.O. On ne saurait donc trop vous conseiller d'aller boire un verre entre amis ensuite, pour éviter de s'endormir sur les derniers mots de Cassandre, terrifiants ...

*Petit rappel pour ceux qui auraient raté les "épisodes" précédents : Agamemenon était parti combattre les Troyens pour récupérer Hélène, la femme de son frère Menelas, enlevée par Pâris. Chef de l'expédition, Agamemenon a dû sacrifier sa fille Iphigénie aux dieux pour que le vent se lève et que les bateaux puissent partir. S'en suivirent dix années de guerre beaucoup trop longues à vous raconter ici. Donc si vous voulez connaître toute l'histoire au mieux, lisez L'Iliade, au pire, louez Troie en DVD.

Agamemnon de Sénèque, mise en scène de Denis Marleau avec Michel Favory, Cécile Brune, François Gillard, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Julie Sicard.
Jusqu'au 23 juillet, Salle Richelieu.

20 mai 2011

Mille francs de récompense de Victor Hugo à l'Odéon - Théâtre de l'Europe

"Paris est grand, Paris est bon ; je viens m'y perdre et m'y retrouver"

 Laurent Pelly, victor Hugo, theatre de l'odeon, mille francs de recompenseJ'avoue : de Victor Hugo dramaturge je connaissais Hernani, Ruy Blas, Angelo tyran de Padoue, Lucrèce Borgia... mais Mille francs de récompense, jusqu'à la semaine dernière, je n'en avais jamais entendu parler. Jusqu'à ce que je vois une affiche. C'est surtout le nom de Laurent Pelly à la mise en scène qui m'a donné envie d'y aller. Et c'est tant mieux car cette pièce est un petit joyaux.

L'histoire, c'est un peu celle des Misérables. Un récit à tiroir avec des situations qui s'entrecroisent et se recoupent. L'histoire débute dans une famille démunie devenue la proie des huissiers. Témoin de cela, un cambrioleur à qui la jeune fille de la maison, Cyprienne, a permis de traverser l'appartement pour s'enfuir par les toits. Le voleur, Glapieu, décide alors de faire une bonne action.  A mi-chemin entre Jean Valjean et Gavroche, il tente de rétablir une certaine forme de justice sociale face aux banquiers et aux bourgeois et devient, un peu malgré lui, le deus ex machina de l'intrigue. 

La pièce a été créée l'année dernière au Théâtre national de Toulouse que Laurent Pelly co-dirige. Le metteur en scène (dont on peut également voir en ce moment L'Opéra de quat'sous à la Comédie-française) et son équipe ont opté pour un décor assez épuré, laissant une grande place à l'imagination du spectateur : des armatures en fer dessinant tour à tour un appartement ou un tribunal et permettant à Glapieu de se transformer en passe-muraille pour venir nous interpeller. La distribution est irréprochable à mes yeux : Jérôme Huguet parvient à rendre Glapieu vraiment attachant, Emmanuel Daumas campe avec humour un fêtard devenu substitut du procureur contre son gré (avec une scène où, déguisé en chevalier, il vient en aide à la jeune fille éplorée tel Don Quichotte) mais surtout Christine Brücher et Emile Vaudou réussissent à jouer une mère et une fille au comble du désespoir sans tomber dans le pathos.

Car tel était le risque avec cette pièce, véritable mélodrame avec une happy end comme on en fait plus. Laurent Pelly évite avec brio de plonger dans le côté "gnangnan" et met superbement en valeur les longues tirades humanistes, permettant ainsi à Victor Hugo de nous interpeller par delà les années.

Mille francs de récompense de Victor Hugo, mise en scène de Laurent Pelly avec Vincent Bramoullé, Christine Brücher, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Jérôme Huguet, Pascal Lambert, Eddy Letexier, Laurent Meininger, Jean-Benoît Terral, Émilie Vaudou et avec la participation de François Bombaglia. Au Théâtre de l’Odéon jusqu'au 5 juin 2011. Réservation :  01 44 85 40 40 ou www.theatre-odeon.eu