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20 mars 2011

"Othello" mis en scène par Ostermeier à Sceaux

"Was sagst du da? "

Quand je me suis aperçue de ma boulette, j'ai failli renoncer. Quelle boulette ? Acheter des places de théâtre et découvrir, après coup, que la pièce est en allemand, surtitrée en français... Certains rigolent encore après avoir vu ma tête lorsque je me suis rendue compte de la méprise !

Mais comme Thomas Ostermeier a la réputation d'être un grand metteur en scène et que l'histoire d'Othello est archi-connue, je me suis dit que j'arriverai bien à suivre l'intrigue, malgré le désagrément de lever les yeux vers les surtitres tout en continuant à regarder ce qui se passe sur le plateau.

Avant de vous décrire cette fabuleuse mise en scène, petit rappel pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler d'Othello. La pièce a été écrite par Shakespeare en 1604. L'histoire débute à Venise. Othello, chef militaire, est promu général. Il choisit alors comme lieutenant Cassio, au détriment de Iago, son fidèle serviteur. Celui-ci met alors tout en oeuvre pour se venger. Il parvient à convaincre Othello que sa jeune épouse, Desdémone, a succombé à Cassio.

Le personnage central de cette oeuvre, c'est la jalousie. La jalousie de Iago envers la promotion de Cassio, une jalousie que Iago réussit à instiller dans les veines d'Othello, jusqu'à l'autodestruction ... La pièce évoque aussi le racisme : Othello est un Maure et l'union de cet homme noir - fut-il un grand soldat - avec la blanche Desdémone secoue la société entière.

Thomas Ostermeier, co-directeur de la Schaubühne am Lehniner Platz, une des plus grande salle de théâtre de Berlin, a déjà réalisé plusieurs mise en scène pour le festival d'Avignon, notamment Hamlet en 2008. Et Shakespeare sied à merveille à ce metteur en scène.

En pénétrant dans la salle, j'ai immédiatement remarqué le sol de la scène : une surface noire à l'effet miroir. J'ai d'abord pensé que le plateau avait été recouvert d'une sorte de résine voire d'une plaque de verre... Mais lorsque les comédiens - et les musiciens, car la bande-son du spectacle est jouée en live - sont entrés en  scène, un murmure a parcouru la salle : c'est de l'eau qui recouvre le sol !!! De l'eau noire dans laquelle les comédiens pataugent jusqu'aux chevilles, n'hésitant pas à se jeter au sol et finir ainsi tremper des pieds à la tête. Au bord de la scène, une fosse où se noyer, plonger ... Et des éclaboussures de cette eau noire qui semble si lourde, qui pèse sur les âmes comme les vêtements trempés pèsent sur les épaules des interprètes. Au gré de l'intrigue, cette eau s'éloigne et revient, en flux et reflux, telle une marée.

Et l'interprétation dans tout ça ? Les comédiens semblent vraiment jouer avec leurs tripes, parviennent à nous émouvoir mais la barrière de la langue ne permet tout de même pas de saisir les nuances, les intonations sur tel ou tel mot.

J'ai finalement bien fait de ne pas renoncer : même si cela fut un peu fastidieux de lire les dialogues pendant 2h40, cette mise en scène là méritait bien cet effort.

 

Othello de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier. Les Gémeaux, Scène nationale, à Sceaux (92) jusqu'au 27 mars 2011. Réservations : 01 46 61 36 67

 

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