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01 mars 2016

Valises d'enfance : les dates de la tournée

C'est un des plus beaux spectacles pour enfants qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années. Valises d'enfance nous parle à mots sensibles et pudiques de la Shoah et de ce qu'il advint des enfants restés orphelins. Le spectacle est actuellement en tournée à travers la France. Vous trouverez ci-dessous le billet publié lors des représentations au Lucernaire ainsi que les dates de cette tournée.

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Photo  © Lionel Pages

Comment parler de la Shoah aux enfants ? Sans tomber dans la peur, l'angoisse, sans faire pleurer, juste informer pour que ce pan de l'histoire ne tombe pas dans l'oubli ? C'est à cette question que tente de répondre la Compagnie Pipa Sol avec son spectacle Valises d'enfance.

Point de départ de cette création : le lieu dans lequel la troupe s'installe en 2009, le manoir de Denouval à Andresy dans les Yvelines. Après guerre, la bâtisse fut une "maison d'enfants", structure accueillant les enfants juifs orphelins. Un passé enfoui et oublié que la compagnie fait renaître par ce spectacle de marionnettes, inspiré des témoignages des anciens pensionnaires des lieux.

Il y a d'abord ces valises en lévitation. Symboles de la fuite, bien sûr, mais aussi du passé que nous trainons tous. Celui d'André est un peu plus lourd que d'autres. Son enfance, il n'en a jamais parlé. Questionné par sa petit-fille, il va se replonger dans cette période douloureuse de sa vie et nous raconter son quotidien d'enfant juif pendant l'occupation et après. Des parents aimants qui disparaissent brutalement puis un exil à la campagne chez des fermiers. Après guerre, André est accueilli dans une maison d'enfants. Un lieu de joie et de partage, certes, mais un maigre réconfort face à l'absence de ses parents.

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Photo  © Lionel Pages

Décrit ainsi, le propos peut paraître difficile pour les plus jeunes. Il n'en est rien. Tout est dit avec pudeur et délicatesse, les passages les plus difficiles sont seulement suggérés. Ainsi, l'arrestation des parents et la menace qui pèse plus tard sur André sont symbolisées par une main géante. Pas d'uniformes, pas de soldats ou de miliciens ... la guerre et les nazis n'apparaissent que très stylisés sur un mur d'images, réduits à des infographies. Et les poupées de chiffons aux yeux en boutons qui incarnent André et ses proches créent une mise à distance salvatrice.

Valises d'enfance parvient ainsi à rendre accessible aux enfants l'intolérable, à mettre des mots sur l'horreur. Un magnifique spectacle à découvrir en famille.

Valises d'enfance, mise en scène et scénographie Christine Delattre. Marionnettistes : Agnès Gaulin Hardy, Didier Welle, Christine Delattre. Tout public à partir de 8 ans.   Durée : 1h

En tournée : 
Lens (62) - Festival de la marionnette - Théâtre le Colisée : Mercredi 2 mars 2016 à 10h30 et 16h30
Monistrol-sur-Loire (43) - Espace culturel du Monteil : Dimanche 6 mars 2016 à 16h et Lundi 7 mars 2016 à 9h30
Saint Priez en Jarez (42) - La NEC : Mardi 8 mars 2016 à 10h et 14h30
La Ciotat (13) - Théâtre du Golfe : Vendredi 11 mars 2016 à 9h30 et 19h
Béziers (34) - Théâtre sortie Ouest : Lundi 21 mars 2016 à 10h et 14h et Mardi 22 mars 2016 à 10h et 19h

29 février 2016

[REPRISE] : "Ancien Malade des Hôpitaux de Paris" de Daniel Pennac / Théâtre de l'Atelier

"Il se peut que j'exagère"

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Au Théâtre de l'Atelier, Olivier Saladin, seul en scène, interprète la nouvelle de Daniel Pennac Ancien malade des Hôpitaux de Paris. Un long monologue plein de drôlerie mis en scène par Benjamin Guillard.La pièce, jouée au printemps 2015, est reprise jusqu'au 20 mars 2016. Voici la critique écrite l'année dernière :
 

Gérard Galvan, jeune interne ambitieux, est de garde pour le week-end. Venant à bout d'une journée éprouvante car surchargée en patients, il s'apprête à soigner le cas en apparence le plus bénin de cette journée : un monsieur discret qui "ne se sent pas très bien". Indication assez flou du mal qui ronge ce patient dont l'état va bizarrement se détériorer. Tout au long de la nuit, de nouveaux symptômes apparaissent, convoquant au chevet du patient tous les spécialistes de l'hôpital. Tous restent sans voix devant cette maladie mystérieuse.

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Vu comme cela, ça pourrait paraître sinistre. Bien au contraire ! Qui a lu la prose de Pennac connaît sa truculence, ici à son apogée. Il y a quelque chose de gargantuesque dans ce texte. Tout y est démesuré. Le plus trivial est raconté par le menu détail, dans un élan épique et poétique.

Mais si l'on rit autant c'est aussi grâce à l'interprétation d'Olivier Saladin, ancien Deschiens que l'on avait récemment découvert en critique de cinéma. De la cardiologue à la voix sensuelle au médecin à l'accent belge en passant par le responsable du scanner qui marmonne au téléphone, il campe avec dérision une multitude de personnages. La pièce est un vrai régal jusqu'au rebondissement final (ou plutôt aux rebondissements finaux) qui remettent en cause la vocation du jeune interne ambitieux. Mais au fait de quoi souffrait exactement ce malade ?
 
Ancien malade des Hôpitaux de Paris de Daniel Pennac, mise en scène Benjamin Guillard. Avec Olivier Saladin. Au Théâtre de l'Atelier, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h,  Reprise jusqu'au 20 mars 2016. Réservations au 01 46 06 49 24. Durée : 1h15.

14 février 2016

L'art de la Comédie d'Eduardo de Filippo / Patrick Pineau / Théâtre 71 et tournée

"2000 ans de théâtre sur trois planches"

On avait beaucoup aimé son Suicidé lors du festival In d'Avignon en 2011. C'est donc avec grand plaisir que l'on retrouve Patrick Pineau à la mise en scène. Cette fois, c'est à L'Art de la Comédie d'Eduardo De Filippo qu'il s'attelle. La pièce est à découvrir au Théâtre 71 de Malakoff jusqu'au 18 février puis en tournée.

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Photo : Philippe Delacroix

Oreste Campese est le chef d'une troupe familiale itinérante. Ses tréteaux, décors et roulottes ayant pris feu, il vient solliciter le tout nouveau préfet, son excellence De Caro. Non pas pour faire l'aumône, simplement pour le convier à une représentation au théâtre municipal qu'il occupe provisoirement. La présence du représentant de l'Etat lui assurerait une salle comble et le remettrait ainsi à flots. De Caro, dont l'opinion sur le théâtre est à l'opposé de celle de Campese, renvoie prestement le saltimbanque et sa demande, lui proposant plus simplement de payer les frais du voyage qu'il souhaite entreprendre. Mais ce n'est pas de l'argent que Campese veut ! Qu'à cela ne tienne ... Si le Préfet refuse de venir voir les comédiens, ce sont eux qui viendront à lui. D'ailleurs, le nouvel édile ne doit-il pas rencontrer cet après-midi les notables de la ville ? Campese laisse entendre que sa troupe pourrait se glisser dans ces rôles là et défie le préfet de démêler le vrai du faux. Face aux habitants de la région venus conter leur malheur, le doute saisi De Caro.

Dans l'Italie des années 60, la Préfecture n'est qu'une ruine soumise au courants d'air. Patrick Pineau nous figure cela par un décor minimaliste, plus proche d'une usine avec ses passerelles en fer que d'un palais de la République. Le mobilier est sommaire, encore emballé dans du papier bulle. On ressent l'instabilité du pouvoir, la fébrilité de ce représentant de l'Etat ne sachant pas vraiment quelles seront les dispositions de la population à son égard.l'Art de la come¦üdie@Philippe Delacroix ok (48).JPG

Photo : Philippe Delacroix

La pièce comporte clairement deux partie. La première, longue discussion entre le Préfet et le comédien, voit deux visions de l'art en général et du théâtre en particulier s'opposer. Pour De Caro, le théâtre ne doit être que divertissement. Il ne doit véhiculer aucun message politique ou refléter les problèmes de société. Campese au contraire prône un art qui  reflète le réel, pointe du doigt les problèmes sociaux, montre par "le trou de la serrure" des scènes de la vie quotidienne, qu'elles soient drôles ou tragiques.

La seconde partie de la pièce, penchant plus vers la farce, multiplie les scènes délirantes. Voici le Préfet qui accorde audience à chacun. Un médecin rendu fou par les ex Voto que ses patients déploient à chaque guérison, oubliant son mérite propre. Un curé, aux poches remplies de marrons chauds qu'il sème aux quatre coins de la pièce tout en livrant son angoisse de voir une de ses fidèles, fille mère, accoucher au lieu de l'église. Une institutrice hystérique révélant une histoire alambiquée de disparition d'enfant. Un pharmacien au bord du suicide. Chaque scène, par son intensité et son excessivité, fait la part belle à cet art de la comédie désigné dans le titre. Nous mêmes spectateurs ne savons pas - et ne saurons pas à l'issu de la pièce - s'il s'agit de vrais citoyens ou des comédiens de Campese.

A quoi sert le théâtre ? Voilà donc le cœur de la pièce de De Filippo. Si l'on regrette un peu la longueur du débat très théorique entre Campese et De Caro, les scènes de vie jubilatoires proposées ensuite nous emportent pleinement. Et ne plus pouvoir nous mêmes distinguer le vrai du faux n'est pas cela justement L'art de la comédie

L'Art de la Comédie d'Eduardo de Filippo, mise en scène Patrick Pineau. Avec Nicolas Bonnefoy, Marc Jeancourt, Aline Le Berre, Manuel Le Lièvre, Fabien Orcier, Sylvie Orcier, Mohamed Rouabhi et Christophe Vandevelde. Au Théâtre 71 à Malkoff, jusqu'au 18 février 2016. Réservations au 01 55 48 91 00.

En tournée :
Le 26 février 2016 au Théâtre de l'Arsenal à Val de Reuil
Du 1er au 5 mars 2016 au Théâtre de Dijon Bourgogne
Le 8 mars 2016 au Salmanazar à Epernay.

26 janvier 2016

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand / Dominique Pitoiset / Théâtre de la Porte-Saint-Martin

Transposer Cyrano de Bergerac dans un hôpital psychiatrique : c'est le pari audacieux du metteur en scène Dominique Pitoiset. Jouée au printemps 2014 à l'Odéon - Théâtre de l'Europe, la pièce est reprise à la Porte Saint-Martin, à partir du 2 février 2016.

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Je vous propose ci-dessous la critique que j'avais écrite alors. 

Cyrano chez les fous : est-ce à dire que le comportement de chacun des personnages apparaîtrait aujourd'hui comme une névrose ? Le panache de Cyrano, le goût de Roxane pour les beaux mots d'amour sont, il est vrai, d'un autre âge... Nous voici donc dans la salle commune d'un asile. Eclairage au néon, fauteuil en sky, carrelage blanc... et des pensionnaires vêtus de survêtements, les cheveux souvent gras et hirsutes. Tout y est fort laid. Roxane a les jambes pleines de bleus et son comportement silencieux au premier acte - regard en coin et gestes provocants - nous fait froid dans le dos.

On résista pendant quelques minutes à cette transposition, se demandant à quoi rimait tout cela ... Jusqu'à la fameuse tirade du nez et le duel qui s'en suit ("à la fin de l'envoi je touche"entre Cyrano (Philippe Torreton) et Valvert. Le fer à repasser a remplacé l'épée mais l'interprétation sert au mieux le texte. On se plonge alors pleinement dans l'histoire, celle de ce héros plein d'esprit mais au physique disgracieux qui, par amour pour sa cousine Roxane, va prêter ses mots au beau - mais stupide - Christian dont Roxane est éprise.

Quelques passages frôlent même le sublime, habilement mis en valeur par la musique débitée par un juke box. On est ému lorsque Roxane découvre les lettres d'amour suspendues à de fils au dessus de la scène sur fond de Your song d'Elton John. Magnifique aussi la traditionnelle scène du balcon, au cours de laquelle Cyrano joue au souffleur dans la pénombre, et qui devient ici une conversation sur Skype. Cyrano masque la webcam et s'adresse directement à Roxane que nous voyons, nous public, sur écran géant.  L'émotion du dialogue se retrouve alors décuplée. Philippe Torreton, méconnaissable, incarne superbement le héros d'Edmond Rostand. 

Tout cela aurait pu faire de ce Cyrano un spectacle parfait... n'eussent été les coupes appliquées au texte ! Exit l'arrivée du religieux envoyé par De Guiche que Roxane détourne pour épouser Christian. Dès lors, pourquoi retenir De Guiche sur un faux prétexte? Le récit des voyages lunaires - d'ailleurs réduit à la portion congrue - n'a alors plus de raisons d'être et l'on perd un des passages les plus drôles de la pièce. Ultime omission : Roxane débarque au siège d'Arras sans Ragueneau et sans victuaille. Quel dommage de nous priver de tout cela ! On a pour ainsi dire l'impression d'avoir dégusté un repas de Noël auquel on aurait retiré quelques uns des 13 desserts ... et pour une gourmande comme moi, c'est une énorme frustration !

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, mise en scène Dominique Pitoiset. Avec Philippe Torreton, Hervé Briaux, Adrien Cauchetier, Antoine Cholet, Tristan Robin Patrice Costa, Gilles Fisseau, Yveline Hamon, Jean-François Lapalus, Bruno Ouzeau, Julie-Anne Roth, Luc Tremblais, Martine Vandeville. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à partir du 2 février 2016,  du mardi au vendredi à 20h, samedi 20h30, dimanche 17h, relâche un mardi sur deux.
Réservations au 01 42 08 00 32.

18 novembre 2015

Eugénie de Côme de Bellescize / Théâtre du Rond-Point

 [...]

Les lecteurs de ce blog connaissent mon habitude de commencer mes billets par une citation de la pièce ... Les circonstances m'en empêchent : en sortant du théâtre ce soir-là, j' apprenais les événements tragiques qui avaient ensanglanté la capitale. L'émotion, le stress des minutes qui ont suivi m'ont fait oublier cette phrase mémorisée au cours du spectacle. Ils ont un peu aussi émoussé mes impressions de spectatrice devant cette - pourtant si magnifique - pièce de Côme de Bellescize : Eugénie, présentée au Théâtre du Rond-Point est une réussite de bout en bout. Texte, mise en scène et interprétation en font une création d'une qualité rare. 

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Photo : Antoine Melchior

Sarah (Eléonore Joncquez) et Sam (Jonathan Cohen) tentent désespérément d'avoir un enfant. Leurs échecs répétés les conduisent à faire appel à la médecine. Moment de plénitude que cette grossesse qui arrive enfin ... Jusqu'à ce qu'un examen révèle que l'enfant attendu pourrait naître handicapé. Sarah et Sam doivent alors prendre rapidement une décision. 

Ce cruel dilemme est traité sur le mode fantasmagorique : toutes les pensées du couple se retrouvent matérialisées sur scène, du dialogue de Sarah avec un premier embryon qui ne parvient pas à s'accrocher au procès intérieur que le couple s'inflige, imaginant par avance ce que sera la vie d'Eugénie, cette petite fille pas encore née mais déjà nommée. Les scènes extrêmement drôles - le couple tentant de procréer dans une arrière boutique (le moment opportun n'attend pas) tandis que Sam continue à renseigner un client ou encore Sam en prise avec un flacon en plastique en vue d'une insémination artificielle - alternent avec des dialogues bouleversants, confidences d'une femme en mal d'enfant.
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Photo : Antoine Melchior

Les quatre comédiens sont fabuleux ! Philippe Berodot et Estelle Meyer incarne tous les autres personnages autour de ce couple à la dérive : un médecin à la voix si rassurante mais aux propos qui le sont bien moins ou un inspecteur de police sirupeux, la mère de Sarah, féministe extrémiste et totalement centrée sur elle-même, ou la future Eugénie.

Côme de Bellescize livre un texte admirable. Il réussit le tour de force de révéler les tourments intérieurs de ce couple avec beaucoup de justesse. Les tergiversations et les états d'âmes de Sarah notamment sont criants de vérité, la trentenaire est coincée entre son envie de bébé, des employeurs qui présentent cette grossesse à venir et la mettent sur la touche, la pression d'une société qui impose sa norme, une mère au féminisme poussé à son paroxysme, la culpabilité de ne pas y arriver puis d'avoir "fabriqué" un enfant imparfait (la faute au téléphone portable dans sa poche ???). Enfanter est un sujet complexe mais Côme de Bellescize aborde les multiples facettes du problème sans jamais tomber dans la caricature. Bravo ! 

Eugénie, texte et mise en scène de Côme de Bellescize. Avec Philippe Bérodot, Jonathan Cohen, Eléonore Joncquez et Estelle Meyer. Au Théatre du Rond-Point, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h30, jusqu'au 13 décembre 2015. 

Puis en tournée
4 NOVEMBRE 2015 LE THÉÂTRE DE RUNGIS (94) – CRÉATION
6 NOVEMBRE 2015 THÉÂTRE PAUL ÉLUARD / CHOISY-LE-ROI (94)
26 ET 27 JANVIER 2016 THÉÂTRE DE L'EPHÉMÈRE / LE MANS (72)
29 ET 30 JANVIER 2016 THÉÂTRE GÉRARD PHILIPE / CHAMPIGNY-SUR-MARNE (94)
13 FÉVRIER 2016 ECAM / LE KREMLIN-BICÊTRE (94)
16 FÉVRIER 2016 THÉÂTRE JEAN VILAR / SURESNES (92)

13 novembre 2015

Benjamin Walter de Frédéric Sonntag / Théâtre de Vanves et tournée

"Vous googlerez Benjamin Walter !"

Après son intrigant George Kaplan, Frédéric Sonntag se lance sur la piste d'un personnage tout aussi mystérieux pour cette nouvelle pièce : Benjamin Walter est à découvrir jusqu'à demain, samedi 14 novembre, au Théâtre de Vanves puis en tournée.

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Mais qui est Benjamin Walter ? Un auteur trentenaire, dramaturge et parolier. Vous n'en avez jamais entendu parler ? Pourtant il semble bel et bien exister tant les détails apportés sur sa vie, sur son œuvre sont précis et circonstanciés ... Ce fameux Benjamin Walter s'est évanoui dans la nature, laissant ses proches sans nouvelles. Frédéric Sonntag entreprend de partir à sa recherche à travers l'Europe et décide de faire de son enquête un documentaire de théâtre. D'Helsinki à Bilbao en passant par Prague, Sonntag suit les traces laissés par Benjamin Walter tandis qu'à Paris, sa troupe commence à créer un spectacle sur la fuite de cet auteur à partir des éléments trouvés.

La mise en abîme est bien trouvée : créer un spectacle à partir de la création d'un spectacle sur un auteur imaginaire disparu alors qu'il s'était lancé sur la piste d'auteurs réels, en vrac : Brecht, Kafka, Baudelaire. On est troublé : les comédiens jouent leur propre rôle (et incarnent à tour de rôle celui de Frédéric Sonntag), la réalité se mêle à la fiction sans que l'on ne sache plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Dans son enquête, Frédéric Sonntag interroge ceux qui ont croisé Benjamin Walter au travers de l'Europe. Leurs interviews projetées en vidéo et en langue originale renforcent l'impression de véracité, tout comme ces photos prises au long du périple.

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On retrouve aussi ce qui nous avait séduit dans George Kaplan : le don de Frédéric Sonntag pour restituer avec un grand réalisme les discussions au sein d'un groupe en train d'élaborer un projet. Comment les voix dissonantes se font entendre dans un collectif, comment des idées farfelues peuvent s'exprimer, comment naît et évolue la discussion. Cet aspect-là de son œuvre me fascine.

La construction de la pièce n'est pas sans rappeler celle du Porteur d'histoire ou du Cercle des illusionnistes d'Alexis Michalik : on est sur la piste de quelqu'un, lui même sur la piste de personnages historiques, les scènes sont comme des poupées gigognes. Mais là où Michalik faisait appel à des notions grand public, Sonntag cite des références extrêmement littéraires, Brecht et Kafka, nous le disions plus haut, mais aussi Deleuze, cité à tout va jusqu'à l'autodérision.

Cette quête mènera-t-elle quelque part ? Est-il au final important de retrouver Benjamin Walter ou bien s'agit-il simplement de se perdre soi-même sur sa piste pour mieux se retrouver ? On est pris comme dans un tourbillon. On perd même un peu pied, d'autant que le spectacle est très (trop ?) long ? L'effort demandé aux spectateurs pour suivre ce fil d'Ariane est important, tous ne pourront à mon avis pas s'y plier ... Benjamin Walter est ainsi une construction intellectuelle formidable, mais une pièce qui ravira plutôt un public averti.

Benjamin Walter, texte et mise en scène Frédéric Sonntag. Avec Simon Bellouard, Marc Berman, Amandine Dewasmes, Clovis Guerrin, Paul Levis, Lisa Sans, Jérémie Sonntag, Fleur Sulmont, Emmanuel Vérité. Jusqu'au 14 novembre 2015 au Théâtre de Vanves (92)

Puis en tournée :
Les 21 et 22 novembre 2015 : La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée Noisiel (77)
Les 09 et 10 décembre 2015 : le Grand R - Scène nationale de la Roche-sur-Yon (85)
Le 12 janvier 2016 : Le Prisme - Saint-Quentin-en-Yvelines, Élancourt (78)
Le 15 janvier 2016 : Théâtre Paul Eluard - Scène conventionnée de Choisy-le-Roi - Scène conventionnée (94)

22 octobre 2015

Espace vital d'Israel Horovitz / Compagnie Hercub' / Théâtre du Lucernaire

"L'art n'apporte pas de réponse"

Espace Vital : l'expression rappelle les heures les plus sombres de l'histoire de l'Allemagne. C'est aussi le titre d'une pièce d'Israël Horovitz que la  Compagnie Hercub met en scène et interprète avec brio au Théâtre du Lucernaire.

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Photo DR

Le dramaturge américain imagine un chancelier allemand lançant un appel aux juifs du monde entier. L'idée : que tous viennent se réinstaller dans son pays. Une politique volontariste visant à laver définitivement la honte collective supportée par le peuple allemand depuis la Shoah. L'initiative est saugrenue mais son appel reçoit une réponse massive et se heurte rapidement à la réalité : comment accueillir six millions de nouveaux habitants dans un pays occidental rongé par le chômage et les difficultés de logement?

A partir d'une multitude de scènes et tout autant de personnages, la pièce évoque les réactions en chaîne, les conséquences de cette décision politique. La stupeur des intellectuels d'abord, la réaction des médias, les premiers heurts au sein de la population ensuite. Elle décrit aussi les avis divergents au sein de la communauté juive : de la famille américaine qui voit dans ce déménagement un nouveau départ, aux juifs israéliens qui craignent que cela cache autre chose en passant par le survivant des camps, réfugié en Australie, qui veut revenir sur les traces de son enfance. Elle montre aussi les réactions diverses des Allemands, entre ceux qui veulent accueillir et ceux qui plonge dans l'antisemitisme.

La mise en scène est fort habile : les trois comédiens incarnent une cinquantaine de personnages, chacun caractérisé par un accessoire, un vêtement mais surtout un phrasé, un accent. Certains ne font que passer, d'autres sont les personnages récurrents de ce récit à épisodes. On finit par s'attacher à eux. Même si l'on rit un peu au cours de ce récit, la fin ne sera pas vraiment heureuse, on le pressent dès les premières minutes. Cette fable trouve en outre un écho particulier, à l'heure où l'Europe tente d'accueillir au mieux des réfugiés. Beaucoup de dialogues de cette pièce semblent ainsi désagréablement familiers à nos oreilles, des discours de haine qui dépassent la fiction. En cela Espace Vital  nous apprend beaucoup la société telle qu'elle est et telle que nous la souhaiterions.  

Espace vital (Lebensraum) d'Israël Horovitz, adaptation, mise en scène et interprétation Compagnie Hercub' : Michel Burstin, Bruno Rochette et Sylvie Rolland. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h, jusqu'au 29 novembre 2015. Réservations 01 45 44 57 34
Durée : 1h30

19 octobre 2015

De l'autre côté de la route de Clément Koch / Didier Caron / Théâtre Michel

"Scientifiquement c'est spectaculaire"

Au Théâtre Michel, Didier Caron met en scène De l'autre côté de la route de Clément Koch. Avoir entendu dire tant de bien de Sunderland - que j'avais malheureusement raté - m'a largement motivée à aller découvrir la nouvelle pièce de ce jeune dramaturge.

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Photo © Franck Harscouët

Dans une maison de retraite cossue en Suisse, Eva Makovski, brillante scientifique, n'a désormais aucune autre occupation que d'attendre la mort - parfois de façon très théâtrale - avec la complicité de sa voisine de chambre, vieille dame esseulée qui perd un peu la boule. L'arrivée d'une journaliste aux motivations quelques peu suspectes va bousculer ce petit monde bien tranquille.

En reprenant certains des codes du théâtre de boulevard, Clément Koch aborde de grands thèmes d'actualité. On comprend très vite que le laboratoire pharmaceutique pour lequel travaillait Eva Makovski a privilégié ses profits à la santé des patients. La question de la fin de vie est elle aussi présente au cœur de ce récit : ce que l'on trouve de l'autre côté de la route, en face de cette maison de retraite, c'est au choix, le fabricant de pâtes de fruit - dernières douceurs dans lesquelles se réfugient les pensionnaires - ou le cimetière.

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Photo © Franck Harscouët

Maaike Jansen est fabuleuse dans ce rôle de femme forte et vive d'esprit. Elle forme un épatant duo avec Dany Laurent, la voisine de chambre. Le côté bourru de l'une répond merveilleusement à la naïveté et la douceur de l'autre. A leurs côtés, Laurence Pierre incarne une jeune femme sur le fil du rasoir, venue chercher des réponses pour apaiser le mal qui la ronge. Gérard Maro est lui aussi impeccable dans le rôle du directeur d'entreprise sans scrupule.

De l'autre côté de la route est une pièce bien moins légère qu'elle ne le laisse paraitre de prime abord. Si l'on douta un peu du succès de l’œuvre dans les premières minutes (le personnage de l'aide-soignante semblant si caricatural et joué avec tant d'emphase par Maïmouna Gueye), la pièce su nous séduire au final, réussissant parfaitement à aborder dans l'humour des questions de société.

De l'autre côté de la route de Clément Koch, mise en scène Didier Caron. Avec Maaike Jansen, Laurence Pierre, Gérard Maro, Dany Laurent et Maïmouna Gueye. Au Théâtre Michel, du mercredi au samedi à 21h, samedi à 16h30, dimanche à 16h45. Réservations au 01 42 65 35 02. Durée : 1h40.

14 octobre 2015

La 432 / Les Chiche Capon / Apollo Théâtre

"Et c'est ainsi que naquit l'harmonie"

Voila plusieurs années déjà que j'ai découvert, avec stupeur et délice, le travail des Chiche Capon, bande de clowns totalement déjantés à l'humour plutôt trash. Leur spectacle La 432 est de retour, à l'affiche de l'Apollo Théâtre (à partir du 22 octobre 2015) et c'est le genre de nouvelle qui me fait bondir de joie. Pour la peine, revoici le billet que j'avais écrit après avoir vu ce spectacle. 

Le La 432, si j'ai bien compris, c'est la fréquence de résonance de l'univers, fréquence qui sert de référence en musique. "Réaliser un spectacle musical multiculturel universel seul à même de réaliser la mutualisation de tous les publics", c'est, sur le papier, l'intention affichée des Chiche Capon. Sur scène, cela ne se passe pas forcément comme prévu ... mais avec ces zozos tout droit échappés de l'asile, il faut s'attendre à tout!

 chiche capon,la 432,théâtre de belleville

Une annulation du spectacle dès les premières minutes, des disputes et des mandales sur scène, un comédien à moitié nu qui s'échappe dans le public, un incendie en coulisses ... et, quand même, quelques notes de musique pour accompagner le tout. C'est la recette des Chiche Capon  alias Fred Blin, physique de crooner et voix de fausset, Patrick de Valette, grimaces et mimiques hors catégorie, Ricardo Lo Guidice et sa voix d'or, sans oublier le géant Matthieu Pillard, souffre-douleur des trois autres. Un humour un peu particulier, parfois trash, mais qui fonctionne pleinement: on reste hilare pendant une heure quinze, à bout de souffle à force de rire.

A aucun moment les comédiens ne sortent de leur personnage, même au moment des saluts - tirage de lacets et hésitation à se relever - au point que l'on vient à se demander s'ils ne sont pas comme cela dans la "vraie vie".

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Ces quatre-là maitrisent leur art : avec une solide formation de clowns, au Samovar de Bagnolet, pour trois d'entre eux (et une collaboration avec le Cirque du Soleil pour Patrick de Vallette) et une longue expérience de musicien pour Ricardo Lo Giudice, les Chiche Capon n'en sont pas à leur coup d'essai. Leur spectacle Le Oliver Saint John Gogerty a cartonné à la Pépinière Théâtre avant d'être repris dans le Off à Avignon en 2012.

La 432, un spectacle des Chiche Capon. Avec Fred Blin, Patrick de la Valette, Ricardo Lo Giudice et Matthieu Pillard. A l'Apollo Théâtre, à partir du 22 octobre 2015, les jeudis et vendredis à 21h30. 

27 septembre 2015

Celui qui tombe de Yoann Bourgeois / Le Monfort théâtre

"I planned each charted course
Each careful step along the byway"

Il y a, parfois, dans les corps en mouvement tout autant de poésie que dans les mots. En cela, Yoann Bourgeois excelle : son Art de la fugue m'avait mis les larmes aux yeux en 2012 au Monfort Théâtre. Le chorégraphe récidive, au même endroit, avec Celui qui tombe, à découvrir absolument jusqu'au 10 octobre 2015. 

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Le spectacle est un travail sur la pesanteur. Cette fois, Yoann Bourgeois place six danseurs-acrobates sur un plateau de bois suspendu dans les airs. Tel des pions sur un échiquier, ils subissent les mouvements de cette structure à leur corps défendant. Ça tourbillonne, ça oscille, ça se balance. On en perd la tête mais pas eux : tous les six continuent à se mouvoir avec une grâce prodigieuse.

Trois tableaux se succèdent. Le premier nous donnera des frissons de plaisir tant il est empli de poésie. Les corps sont penchés à 45° sous l'effet de la force centrifuge mais parviennent à se regrouper, à s'enlacer, au son de My way interprété par Sinatra. Au fil du spectacle, on appréciera aussi la force physique de ces interprètes, suspendus un long moment à bout de bras ; leur précision aussi lorsqu'ils esquivent de la tête, tels des trompe-la-mort, le lourd plateau en train de se balancer .

34-20140918_0881.jpg"Une petite humanité qui essaie simplement de tenir debout malgré toutes les contraintes qui sont exercées sur elle." Voilà les mots qu'utilise Yoann Bourgeois pour décrire sa création. Il y a quelques choses de magnifique dans ces six êtres en équilibre, en apparence si fragiles, qui résistent à toutes ces épreuves. Sans parole mais avec une solide trame narrative, Celui qui tombe séduit par son inventivité et la virtuosité de ses interprètes. Un travail abouti et millimétré ne laissant rien transparaître de la difficulté d'exécution : c'est souvent là que se trouve la marque des chefs-d'oeuvre.

Celui qui tombe de Yoann Bourgeois. Avec Jean-Baptiste André, Mathieu Bleton, Julien Cramillet, Marie Fonte, Elise Legros et Vania Vaneau, en alternance avec Francesca Ziviani. Au Monfort théâtre, jusqu'au 10 octobre 2015. Réservations au  01 56 08 33 88. Durée : 1h05.

En tournée : 
du 22 au 24 octobre 2015 MC2: Grenoble / Grenoble
du 6 au 7 novembre 2015 Scène Nationale de Sénart / Sénart
du 13 au 14 novembre 2015 Le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées / Tarbes
du 17 au 19 novembre 2015 Le Grand R Scène Nationale / La Roche-sur-Yon
du 24 au 25 novembre 2015 La Coursive Scène Nationale / La Rochelle
du 14 au 15 décembre 2015 Maison de la Culture d’Amiens / Amiens
du 18 au 19 décembre 2015 L’Apostrophe / Cergy-Pontoise
du 19 au 23 janvier 2016 Théâtre National de Bretagne / Rennes
du 27 au 28 janvier 2016 Montpellier Danse / Montpellier
du 4 au 5 mars 2016 La Passerelle Scène Nationale / Gap
du 10 au 12 mars 2016 Cirque-Théâtre / Elbeuf
du 17 au 19 mars 2016 Lieu Unique / Nantes
du 23 au 24 mars 2016 Théâtre d’Angoulême / Angoulême
du 30 mars au 1er avril 2016 Théâtre de Caen - Spring Festival / Caen
du 7 au 9 et du 11 au 13 avril 2016 Le Centquatre / Paris
du 26 au 27 avril 2016 Anthéa Théâtre d’Antibes / Antibes