27 septembre 2014

Le Vide, essai de cirque / Gehlker, Auffray, Diaz Verbèke / Le Monfort

"C'est quelqu'un qui ne fait que monter et descendre."

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Prenez huit cordes, suspendez- les au plafond. Cela ne fait pas un spectacle ? Si, si vous faites appel à Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke. Le trio présente Le Vide, essai de cirque, un spectacle fascinant, à découvrir au Monfort.

Fragan Gehlker est cordeliste. Entendez par là qu'il monte à la corde et en redescend de mille et une façon qui vous font froid dans le dos et vous soulèvent l'estomac de peur. La prouesse technique est au rendez-vous mais la réussite de ce spectacle va bien au delà.

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La dramaturgie, signée Maroussia Diaz Verbèke (co-fondatrice du collectif Ivan Mosjoukine, déjà admiré au Monfort), fait largement référence au mythe de Sisyphe. Alors Fragan reprend son ascension, inlassablement, faisant face à des événements inattendus (mais chut ! Trop en dire serait vous gâcher le plaisir ...) avec fatalité mais sans jamais baisser les bras. A ses côtés, Alexis Auffray joue du violon et manipule des radio-cassettes délivrant des maximes qui font mouche.

On est fascinés par cette maîtrise du vide et les risques pris, séduits par l'humour de la situation. Au milieu du Monfort transformé en piste aux étoiles, on s'amuse aussi des bouches grandes ouvertes des spectateurs en face (mais on fait probablement la même tête). 50 minutes intenses dont on ressort totalement charmés.

Le Vide, essai de cirque, un spectacle écrit par Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke. Avec Fragan Gehlker et Alexis Auffray. Au Monfort, jusqu'au 11 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h30. Réservation au 01 56 08 33 88. Durée : 50 mn

26 septembre 2014

Valises d'enfance / Compagnie Pipa Sol / Théâtre du Lucernaire

"Personne ne parlait ..."

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Photo  © Lionel Pages

Comment parler de la Shoah aux enfants ? Sans tomber dans la peur, l'angoisse, sans faire pleurer, juste informer pour que ce pan de l'histoire ne tombe pas dans l'oubli ? C'est à cette question que tente de répondre la Compagnie Pipa Sol avec son spectacle Valises d'enfance, actuellement présenté au Théâtre du Lucernaire.

Point de départ de cette création : le lieu dans lequel la troupe s'installe en 2009, le manoir de Denouval à Andresy dans les Yvelines. Après guerre, la bâtisse fut une "maison d'enfants", structure accueillant les enfants juifs orphelins. Un passé enfoui et oublié que la compagnie fait renaître par ce spectacle de marionnettes, inspiré des témoignages des anciens pensionnaires des lieux.

Il y a d'abord ces valises en lévitation. Symboles de la fuite, bien sûr, mais aussi du passé que nous trainons tous. Celui d'André est un peu plus lourd que d'autres. Son enfance, il n'en a jamais parlé. Questionné par sa petit-fille, il va se replonger dans cette période douloureuse de sa vie et nous raconter son quotidien d'enfant juif pendant l'occupation et après. Des parents aimants qui disparaissent brutalement puis un exil à la campagne chez des fermiers. Après guerre, André est accueilli dans une maison d'enfants. Un lieu de joie et de partage, certes, mais un maigre réconfort face à l'absence de ses parents.

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Photo  © Lionel Pages

Décrit ainsi, le propos peut paraître difficile pour les plus jeunes. Il n'en est rien. Tout est dit avec pudeur et délicatesse, les passages les plus difficiles sont seulement suggérés. Ainsi, l'arrestation des parents et la menace qui pèse plus tard sur André sont symbolisées par une main géante. Pas d'uniformes, pas de soldats ou de miliciens ... la guerre et les nazis n'apparaissent que très stylisés sur un mur d'images, réduits à des infographies. Et les poupées de chiffons aux yeux en boutons qui incarnent André et ses proches créent une mise à distance salvatrice.

Valises d'enfance parvient ainsi à rendre accessible aux enfants l'intolérable, à mettre des mots sur l'horreur. Un magnifique spectacle à découvrir en famille.

Valises d'enfance, mise en scène et scénographie Christine Delattre. Marionnettistes : Agnès Gaulin Hardy, Didier Welle, Christine Delattre. Tout public à partir de 8 ans.  Au Théâtre du Lucernaire, mercredi et samedi à 15h (du mardi au samedi à 15h pendant les vacances scolaires). Réservations au 01 45 44 57 34. Durée : 1h

23 septembre 2014

Le Prince d'après Machiavel / Laurent Gutmann / Théâtre Paris-Villette (reprise)

"Tout se remplit de désordre et de confusion"

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Photo : Pierre Grosbois

Et si Machiavel vivait de nos jours, à qui dispenserait-il ses conseils ? Laurent Gutmann imagine l'auteur du Prince au cœur d'un stage de formation en entreprise. La pièce, que nous avions vue en début d'année au Théâtre 71 à Malakoff, est reprise au Théâtre Paris-Villette (19e).

Nous voici donc dans une salle impersonnelle, aux cloisons vitrées avec chaises pliantes et machine à café ... très, très loin de la cour des Médicis à Florence au XVIe siècle. L'organisatrice, au look de working girl, accueille trois stagiaires. On partage une galette des rois pour bien débuter la journée et l'un des participants se voit couronner. "Vous êtes notre prince, à vous de jouer !" Oui mais voilà, gouverner même au cours d'un exercice dans un séminaire ce n'est pas si aisé ! Le peuple c'est le public à qui l'on distribue des bonbons pour assurer sa place sur le trône (ou plutôt à l'arrière d'une berline, symbole moderne du pouvoir). Le moindre faux pas est fatal : une erreur de gouvernance et la couronne passe sur la tête d'un autre candidat.

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Photo : Pierre Grosbois

Au coin de la scène, le formateur en costume Renaissance alias Nicolas (comme Machiavel) énonce des maximes et des conseils ... extraits tout droit du Prince. Un langage châtié qui tranche avec le reste des dialogues mais, sur le fond, ces stratagèmes pour conquérir et conserver le pouvoir semblent toujours valables. 

Entre quizz et mise en situation, la pratique illustre la théorie façon "philo pour les nuls" . L'interactivité est au cœur de la mise en scène. On rit beaucoup - plus qu'en lisant le livre - mais on retient tout de même les théories de Machiavel. 

Le Prince d'après Nicolas Machiavel, adaptation, mise en scène et scénographie Laurent Gutmann. Avec Thomas Blanchard, Luc-Antoine Diquéro, Maud le Grévellec, Shady Nafar, Pitt Simon. Au Théâtre Paris-Villette, jusqu'au 8 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 40 03 72 23.