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15 décembre 2014

Petite sélection de cadeaux de Noël pour amoureux du théâtre

Comme vous le savez, mes sorties théâtrales s'espacent de plus en plus ... et cela ne va pas s'arranger. Et oui, "fabriquer" un nouveau spectateur nécessite quelques concessions ! Depuis mon canapé, je me débrouille autrement pour assouvir ma passion du théâtre. Livres, DVD ... mes dernières trouvailles vous serviront peut-être d'idées-cadeaux pour Noël. La sélection est loin d'être exhaustive et j'attends vous suggestions en commentaire.

9782081329881_cm.jpg450ème anniversaire de sa naissance oblige, on commence par Shakespeare. Dans Will le magnifique, Stephen Greenblatt, universitaire américain et lauréat du prix Pulitzer, nous raconte la vie du grand William. En s'appuyant sur de nombreux documents administratifs, Greenblatt reconstitue le parcours du dramaturge, depuis sa naissance à Stratford-upon-Avon en avril 1564. Le tour de force de l'écrivain : parvenir, en partant de cette masse d'archives très bureaucratiques, à narrer le quotidien pour mieux expliquer l'oeuvre. Un texte très vivant donc, qui se lit comme un roman.
Will le magnifique de Stephen Greenblatt, éditions Flammarion, 22,90 euros.

couv Theatre du soleil.jpgLe 450e anniversaire de la naissance de Shakespeare fut cette année l'occasion pour le Théâtre du Soleil de présenter Macbeth. Je vous ai parlé de la pièce ici même, il y a quelques mois (les représentations se poursuivent jusqu'au 29 mars 2015). Mais la troupe d'Ariane Mnouchkine fête aussi son anniversaire cette année, le 50e. Un bel ouvrage revient sur ces 50 années de création. Sous la plume de Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherche au CNRS, on (re)découvre cette formidable épopée visant à "réinventer un théâtre populaire, proche du public et ouvert sur le monde". Égalité des salaires, décisions prises à l'unanimité et participation de chacun aux tâches du quotidien : le Théâtre du Soleil n'est pas une troupe comme les autres ! Le recueil de plus de 350 pages est enrichi de 300 photos.
Le Théâtre du Soleil, les 50 premières années de Béatrice Picon-Vallin, éditions Actes Sud, 45 euros

Côté DVD, les éditions Montparnasse poursuivent leurs publications de captations de pièces de la Comédie-Française. Et en cette fin d'année, il y en a pour tous les goûts : des grands succès de ces dernières années et des captations beaucoup plus anciennes à la valeur quasi patrimoniale. Le Système Ribadier pour commencer, mis en scène par Zabou Breitman avec - entre autres- Laurent Lafitte, Laurent Stocker et Julie Sicard. La pièce, proposée la saison dernière au Vieux-Colombier, est hilarante. L'assurance de passer une bonne soirée en famille pour 15 euros !
Visuel 3D DVD La Grande Magie d'Eduardo de Filippo - Comédie-Française.jpgLa Grande Magie du dramaturge italien Eduardo De Filippo, mise en scène par Dan Jemmett en 2010, est aussi une des grandes réussites de ces dernières années à la Comédie-Française. On y découvre Denis Podalydès, alias Calogero Di Spelta, prêt à croire que sa femme est enfermée dans une petite boite suite à un tour de magie. L'épouse volage s'est en réalité enfuie avec son amant mais le mari cocu préfère adhérer à cette illusion plutôt que de perdre la face. Drôle et émouvant à la fois.

Trois autres DVD nous plongent dans l'histoire de la Maison de Molière :
- Le Pain de ménage de Jules Renard, mise en scène d’Yves Gasc, réalisation de Pierre Badel. Avec Claude Winter et Jacques Toja (1980)
- Sertorius de Corneille, mise en scène de Jean-Pierre Miquel, réalisation de Michel Subiela. Avec Michel Etcheverry, Jacques Destoop, Bérengère Dautun (1981)
- Port-Royal de Montherlant, mise et réalisation de Jean Vernier. Avec Denise Gence, Renée Faure, Lise Delamare (1960).
Prix de vente : 13 euros chacun.

Bonnes fêtes et Joyeux Noël à tous !

03 décembre 2014

"Le Marchand de Venise" de Shakespeare / Pascal Faber / Le Lucernaire

"Un théâtre où chacun doit jouer son rôle."

Pascal Faber nous avait enchanté avec sa mise en scène de Marie Tudor, en 2012 dans le cadre du festival Off d'Avignon. Cette fois-ci, c'est à Shakespeare qu'il s'attaque avec Le Marchand de Venise, à découvrir à Paris au théâtre du Lucernaire.

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Photo © Julien Bielher

Pour sortir de la gêne son ami Bassanio et lui permettre de courtiser la femme qu'il aime, Antonio, marchand à Venise, contracte un prêt auprès de Shylock, un usurier juif. Mais Shylock exige une clause étrange pour ce contrat : en cas de non paiement de l'emprunt dans les délais, il prélèvera une livre de chair d'Antonio. Le marchand est confiant : ses bateaux seront bientôt au port, chargés de marchandises. C'est sans compter sur les naufrages ... Ruiné, Antonio ne peut régler la créance dans les délais. Pour le sauver, Bassanio qui a obtenu entre-temps la main de la belle et riche Portia, se présente devant le tribunal avec le double de la somme prêtée. Mais Shylock reste inflexible : le contrat doit être honoré.

Il n'est pas évident de monter aujourd'hui ce Marchand de Venise. Principalement parce qu'il y est question des relations entre juifs et chrétiens telles qu'on les concevait au 16e siècle. Des mots dont l'antisémitisme pourrait choquer aujourd'hui. Par l'habileté de sa mise en scène, Pascal Faber évite cet écueil. D'abord parce qu'il pose le contexte en préambule : l'action se situe à une époque où les juifs ne peuvent posséder des terres et sont obligés pour subsister de se livrer à l'usure. Une  pratique réprouvée par les chrétiens. Ils sont cantonnés dans un quartier et doivent porter un bonnet rouge lorsqu'ils se mêlent à la population. Par ces quelques mots, on comprend immédiatement la stigmatisation dont ils sont victimes. Mais Pascal Faber va encore plus loin : une première scène silencieuse dans laquelle on voit Antonio cracher sur Shylock. Dès lors, l'entêtement du juif à faire honorer le contrat s'explique par cette blessure et la rancune qu'elle engendre plus que par une propension à la haine inhérente à une quelconque appartenance religieuse. 

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Photo © Julien Bielher

Style épuré et intrigue resserrée : voilà la marque de fabrique de Pascal Faber. Par manque de moyens, certes, mais les pièces ainsi présentées se révèlent sous un autre jour. Le décor se résume à quelques accessoires - des caisses en bois - et plusieurs personnages ont été supprimés. Six comédiens se partagent ainsi l'affiche. En tête Michel Papineschi, magistral dans le rôle de Shylock. Il insuffle au personnage une dignité qui renforce le propos.

La pièce oscille entre cette intrigue centrale - dans le registre dramatique - et des passages plus drôles, tirant vers la farce, où l'on voit se succéder les prétendants de Portia. De quoi conférer un peu de légèreté à la pièce, qui sans cela serait bien sombre. 

Le Marchand de Venise de William Shakespeare, mise en scène Pascal Faber, traduction Florence Le Corre-Person. Avec Michel Papineschi, Philippe Blondelle, Séverine Cojannot, Frédéric Jeannot, Régis Vlachos, Charlotte Zotto. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, dimanche à 17h, jusqu'au 4 janvier 2015. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée : 1h35

20 novembre 2014

"Yvonne, Princesse de Bourgogne" de Witold Gombrowicz / Jacques Vincey / Théâtre 71 - Malakoff

"Je tuerai la molichonne."

Au Théâtre 71 à Malakoff, Jacques Vincey met en scène Yvonne, Princesse de Bourgogne. Une création déjantée autour d'une princesse falote dont l'apathie provoque la démence de la cour. Drôle et dérangeant à la fois ... 

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Photo : Pierre Grosbois

Dès la scène de présentation, on comprend que le culte du corps et de l'apparence règne à la cour. Au milieu d'un intérieur chic, le roi, la reine, le chambellan, les dames de compagnies, le prince et son acolyte, tous vêtus de blanc, s'adonnent au sport ou à la danse avec classe et élégance. Petit monde feutré où l'étiquette semble avoir une grande importance. L'on sent très vite pourtant le désœuvrement du Prince et sa vacuité, deux éléments qui vont le conduire à jeter, par jeu, son dévolu sur Yvonne, jeune fille sans charme.

Yvonne a la mollesse d'une guimauve, l'élégance d'un sac de pommes de terre et la conversation d'une carpe. Autant d'attraits qui la rendent antipathique aux yeux de tous et qui font d'elle le grattoir venant retirer le vernis de cette société. L'antipathie se transforme en haine féroce et tous ne songent bientôt qu'à éliminer l'intruse.

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Photo : Pierre Grosbois

Il y a beaucoup de cruauté dans cette tragi-comédie. Yvonne est un bouc-émissaire dont on rit au départ. Mais sa présence étrange va rapidement révéler les névroses et perversions les plus sombres de chacun. Tout sombre alors dans le chaos ... l'intérieur chic se retrouve dévasté au grès des crises de démence traversées par les membres de la famille royale. La jungle alentours, visible par de larges baies vitrées, envahit l'espace, symbole de la sauvagerie faisant irruption dans ce mode si codifié.

Beaucoup de rire donc, notamment grâce à la force du jeu des comédiens : Hélène Alexandridis est magistrale dans le rôle de la reine Marguerite, aux cotés d'Alain Fromager (le roi Ignace) et Thomas Gonzalez (le Prince Philippe). Leurs "pétages de plombs" respectifs leur offrent à chacun l'occasion de développer tout leur talent comique. Quant à Marie Rémond, loin d'être moche, elle parvient à donner à Yvonne une insipidité et un physique des plus ingrats. On en vient nous aussi à trouver cet être falot, au regard morne, des plus désagréables et à ne plus être émus par son sort. C'est perturbant, très perturbant ...

Yvonne, Princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, mise en scène Jacques Vincey. Avec Hélène Alexandridis, Miglé Berekaité, Clément Bertonneau, Alain Fromager, Thomas Gonzalez, Delphine Meilland, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, Marie Rémond, Brice Trinel et Jacques Verzier.
Au Théâtre 71 à Malakoff, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h, jusqu'au 30 novembre 2014. Réservations au 01 55 48 91 00.
Durée : 2h15 sans entracte. 

En tournée :
Du 3 au 7 décembre 2014 au Théâtre National de Bordeaux.