23 avril 2014

Le Legs de Marivaux / Marion Bierry / Théâtre de Poche Montparnasse

 "Vous ne savez pas seulement que vous êtes aimable ;
mais d'autres le savent pour vous."

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Au Théâtre de Poche-Montparnasse, la comédienne et metteuse en scène Marion Bierry propose Le Legs, pièce en un acte de Marivaux à laquelle elle adjoint des sonnets de Ronsard, chantés sur des airs de Schubert. Un spectacle réjouissant, avec dans les rôles principaux Bernard Menez et Valérie Vogt

Pour qui a grandi dans les années 80, Bernard Menez se résume souvent - à tort - à son tube un brin kitsch Jolie poupée. C'est oublier un peu vite son parcours théâtral : une formation au CNSAD, un passage à la Comédie-Française dans les années 90 mais surtout une cinquantaine de pièces et une soixantaine de films. On avait entendu beaucoup de bien de son spectacle Le gros, la vache et le mainate il y a deux ans, sans avoir pu trouver le temps de voir cela. On le découvre donc avec plaisir sur scène dans ce rôle de Marquis empêtré entre amour et considération financière. 

Héritier de 600 000 francs, le Marquis doit, s'il veut disposer de la totalité de la somme, épouser Hortense (Marion Bierry). S'il refuse, il devra céder à la dame un tiers de ce legs. Or, le marquis n'a d'yeux que pour la Comtesse (Valérie Vogt) et Hortense est éprise du Chevalier (Gilles Vincent Kapps) ... mais aucun des deux ne veut renoncer à ces 200 000 francs et compte sur le refus de l'autre. La carte du tendre devient alors une partie de poker menteur où tous les coups de bluff sont permis.

Le texte de Marivaux est magnifique, plein de préciosités et de galanterie. L'art de la litote y est poussé à son paroxysme pour parler d'amour au risque pour ce Marquis pataud et cette Comtesse peu portée sur les déclarations de tomber dans l'incompréhension. Un dialogue de sourds auquel Lépine, valet du Marquis, et Lisette, la bonne de la Comtesse, mettront bon ordre.

Tout est fait pour nous mettre dans l'ambiance du siècle de Marivaux. Des costumes d'époque, un décor champêtre peint sur des toiles en fond de scène mais surtout des lumières chaudes qui, sur cette toute petite scène, nous donne l'impression d'un éclairage à la chandelle. Les chansons ponctuent parfaitement le texte de Marivaux et les belles voix de Sinan Bertrand (Lépine) et Estelle Andréa (Lisette) soutiennent celle des autres comédiens. Tout cela combiné fait de la pièce un délicieux moment.  On ne saurait donc que trop vous conseiller ce Legs !

Le Legs de Marivaux, sonnets, chansons de Ronsard, mise en scène de Marion Bierry. Avec Bernard Menez, Valérie Vogt, Marion Bierry ou Marie Réache, Gilles Vincent Kapps, Estelle Andrea, Sinan Bertrand. Au Théâtre de Poche Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h (Relâches exceptionnelles du 12 au 15 juin). Réservations au 01 45 44 50 21. Durée : 1h30 environ 

20 avril 2014

Rencontre avec Olivier Py, directeur du festival d'Avignon

Olivier Py, nouveau directeur du festival d'Avignon, avait convié il y a quelques jours une quinzaine de blogueurs à Paris pour nous présenter l'avant-programme de la 68e édition. Un signe des temps nouveaux alors qu'il y a deux ans, on avait plutôt senti les organisateurs du In dédaigneux des blogs ...

A notre arrivée au Théâtre de la Ville, lieu de la rencontre, on retrouve Oliver Py en pleine discussion avec une partie de son équipe. Un directeur au travail, un dimanche soir à 20h30, comme si aucune seconde ne devait être perdue pour mener à bien cette 68e édition. D'entrée de jeu, la discussion s'ouvre cordialement, Olivier Py nous encourageant à nous présenter individuellement avant que ne débute l'échange. On en gardera l'image d'un homme abordable. Plutôt encourageant pour la suite.

festival d'avignon 2014,olivier py,programmation,théâtreCette 68e édition du festival d'Avignon, sera placée sous le signe de la jeunesse. Olivier Py l'avait largement annoncé dans les médias, il réitère ici cette volonté. Aujourd'hui, les moins de 26 ans représentent moins de 12% des spectateurs.  C'est trop peu. Pour remédier à cela, un gros effort va être consenti sur la billetterie : une formule "quatre spectacles pour quarante euros" sera proposée aux jeunes. Des actions de communication envers les lycées de la région et l'Université d'Avignon sont également menées.

La jeunesse sera aussi présente dans la programmation. Des spectacles jeune public d'une part mais aussi une plus large place laissée aux jeunes metteurs en scène. Sur les 25 nouveaux venus dans la programmation, la moitié à moins de trente ans. 

Le directeur du festival est également revenu sur "l'épisode d'il y a trois semaines" façon pudique de nommer sa  - courageuse - prise de position face à l'éventuel victoire du FN à Avignon. Il y a "une force symbolique du festival qui me dépasse moi-même" a-t-il souligné. Cette présence du Front National, il ne s'y résout pas. Si le parti d'extrême droite n'a pas remporté la mairie, il reste présent sur le plan local. Pour étayer son propos, Olivier Py raconte le climat pesant, les interventions malveillantes des partisans du FN lors de réunions publiques sur le Festival. Comme un pied de nez à tout cela, il précise que le spectacle itinérant Othello Variation de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano fera étape au Pontet, ville devenue frontiste aux municipales. 

Autre volonté du nouveau directeur : multiplier les ponts entre le In et le Off. Lui même a joué l'année dernière dans le Off son Miss Knife. Premier pas : les dates des deux festivals seront cette année alignées. D'autres "passerelles" devraient être mises en place.

Parmi les questions multiples ce jour-là, on souleva la difficulté d'obtenir des places pour certains spectacles, la billetterie prise d'assaut à son ouverture et injoignable. Une question qu'Olivier Py n'esquiva pas. Il est conscient de ce problème. Un service d'alerte lorsque des places sont remises en vente va être mis en place. On attend de voir avec impatience si cela fonctionne... d'autant que la programmation de cette 68e édition est fort alléchante. 

Quelques pièces repérées dans l'Avant-programme  

On attend avec impatience de découvrir Le Prince de Hombourg, mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti (dont on avait adoré Un chapeau de paille d'Italie à la Comédie-Française). La pièce apparait un peu comme la tête d'affiche de ce festival. Présentée dans la Cour d'honneur du Palais des Papes (du 4 au 13 juillet 2014), elle sera retransmise à la télévision mais aussi sur grand écran en plein air, à Avignon, à Marseille et à Paris !

Olivier Py ne se contente pas de diriger le festival : il proposera trois pièces dans cette 68e édition. Une création (Orlando ou l'impatience, du 5 au 16 juillet 2014 à La Fabrica) et deux reprises (Vitrioli de Yannis Mavritsakis, du 10 au 19 juillet 2014 au Gymnase Paul Giéra ; La Jeune fille, le diable et le moulin d'après les frères Grimm, du 23 au 27 juillet 2014, chapelle des Pénitents blancs).

Othello Variation de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, d'après l'oeuvre de Shakespeare, sera présenté dans plusieurs villes et villages autour d'Avignon, du 9 au 25 juillet 2014. Christian Schiaretti se plongera dans l'année 68 avec Mai, juin, juillet de Denis Guénoun (à l'Opéra-Théâtre du 14 au 19 juillet 2014) tandis que Thomas Jolly présentera pour la première fois dans son intégralité sa mise en scène d'Henri VI de Shakespeare. 

Enfin, on gardera un œil attentif sur Falstafe de Valère Novarina, mis en scène par Lazare Herson-Macarel (Chapelle des pénitents blancs, du 6 au 11 juillet 2014). Le jeune comédien, fils d'Eric Herson-Macarel, semble être un metteur en scène des plus prometteurs.

Ouverture de la billetterie le 16 juin 2014

14 avril 2014

Le Misanthrope de Molière / Clément Hervieu-Léger / Comédie-Française

"En vérité, les gens d'un mérite sublime
Entraînent de chacun et l'amour et l'estime ;
Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets
Qui font entrer mon coeur dans tous vos intérêts."

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Voilà LA pièce que j'attendais avec impatience depuis la présentation de la saison en juin dernier : Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française

Comme pour ses précédentes mises en scène - La Critique de l'Ecole des femmes et L'Epreuve - Hervieu-Léger a confié le rôle principal à Loïc Corbery, son acteur "fétiche" comme il le dit lui-même.

Son Alceste est un homme portant sur ses épaules tout le malheur du monde. Un misanthrope mélancolique dont les tortures intérieures se lisent sur le visage et qui erre d'un bout à l'autre du plateau, pianotant quelques notes, ne sachant où trouver sa place. Un être rongé d'angoisses, tentant en vain de lutter contre ses démons intérieurs. Exactement le type de rôle dans lequel Corbery excelle. A ses côtés, Eric Ruf campe un Philinthe emplie de bienveillance, ne sachant que faire pour mettre fin aux tourments de son ami. La pièce se joue sur un rythme très lent, nous faisant sentir au mieux la douleur d'Alceste. Célimène (Georgia Scalliet) a aussi sa part de souffrance, sous ses faux airs joyeux, affrontant les larmes aux yeux les reproches de cet homme qu'elle semble tant aimer. Un amour qu'Hervieu-Léger exacerbe : la scène finale est en cela bouleversante. 

Tout n'est pourtant pas sombre et sinistre, bien au contraire ! Les scènes plus légères sont aussi fort réussies : ainsi en est-il de la lecture du sonnet par Oronte (Serge Bagdassarian) venu chercher un avis éclairé. Face à lui, l'embarras d'Alceste, incapable de feindre et faisant mille circonvolutions pour dire la vérité sans être trop vexant. 

Ajoutons aux comédiens précédemment cités, Adeline d'Hermy toute en douceur dans le rôle d'Eliante, Benjamin Lavernhe et Louis Arene, composant un duo Acaste / Clitandre pédants et agaçants à souhait, sans oublier Florence Viala, parfaite Arsinoé. Aucune fausse note dans cette distribution.

La scénographie - signée Eric Ruf - est aussi très belle : de hautes fenêtres, des murs blancs et un grand escalier en bois menant aux appartements privés de Célimène. Les costumes sont contemporains (on a du mal à les dater plus précisément) mais l'opulence saute aux yeux, respectant ainsi la notion de classe sociale de l'oeuvre.

Avec cette mise en scène des plus élégantes, Clément Hervieu-Léger (dont on avait tant aimé L'Epreuve), confirme son talent.  Encore une magnifique soirée dans la maison de Molière. 

Le Misanthrope de Molière, mise en scène Clément Hervieu-Léger. Avec Yves Gasc, Eric Ruf, Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David, Georgia Scalliet, Adeline d'Hermy, Louis Arene, Benjamin Lavernhe et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Pauline Tricot, Gabriel Tur, Matĕj Hofmann, Paul Mc Aleer. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 17 juillet 2014. Réservations au 0 825 10 1680