22 mai 2012

Sur la scène du Théâtre Ephémère, cinq comédiens nous content "Une Histoire de la Comédie-Française" écrite par Christophe Barbier

afiche histoire comédie française.jpg" Un tout petit Singulis
au milieu d'un grand Simul "
 
Cinq comédiens pour cinq siècles d'Histoire. A charge à chacun d'eux de narrer ce qu'il advint de la maison de Molière au cours de ce siècle, en donnant corps à une multitude de personnages. Les textes sont signés Christophe Barbier. Le journaliste politique, directeur de la rédaction de L'Express, est un passionné de théâtre. Comédien amateur, il est également membre du comité de lecture de la Comédie-Française.
 
Cela commence - forcément - par la mort de Molière. Un XVIIe siècle majestueux interprêté par Bruno Raffaelli, tour à tour La Grange, Racine, Louis XIV... 1680 : la Comédie-Française nait. Simul et Singulis, devient la devise. "Réunis mais chacun pour soi" raille l'un des personnages incarné par Raffaelli. Le siècle s'achève et laisse sa place au suivant. Un XVIIIe où les auteurs rivalisent pour s'imposer au Français : Voltaire, Diderot, Beaumarchais... Loic Corbery passe de l'un à l'autre, incarnant aussi au passage quelques comédiennes, avant de devenir Napoléon (en toute objectivité, j'ai un peu des doutes sur l'accent corse ...) signant le décrêt régissant le fonctionnement de l'institution.

Les deux passages les plus attrayants de la pièce - à mes yeux - sont les XIXe et XXe siècles. Elsa Lepoivre fait revivre les grandes comédiennes du Dix-Neuvième. Mademoiselle Georges puis Mademoiselle Mars - qui râle parce que les becs de gaz nouvellement installés font ressortir ses rides - ou l'incontournable Sarah Bernhardt. C'est en Rachel qu'Elsa Lepoivre nous impressionne le plus. La posture, le regard : tout y est. Si vous avez déjà vu le tableau représentant Rachel en Phèdre, cela ne pourra que vous frapper. Avec un débit de mitraillette, la sociétaire se glisse dans la peau de sa prédécesseuse. Ton froid et  lucidité cruelle : "j'ai l'administrateur dans ma poche parce que j'ai le ministre dans mon lit".

Le XXe  siècle, lui,  s'ouvre par l'incendie de la salle Richelieu. En quelques phrases, nous voilà en 1944. Le texte de Barbier devient alors assez critique - en évoquant même l'épuration - tout en restant dans l'humour. Le Vingtième se raconte comme un siècle où la Comédie-Française aurait tout raté. "On aime bien les nouveautés confirmées" explique Pierre Niney. Son personnage, pourtant, essaie de raccrocher les wagons, à la poursuite de Gérard Philipe à Avignon, de Jean-Louis Barrault, de Patrice Chéreau aux Amandiers ... Le texte est à mourir de rire : Peer Gynt à la Comédie-Française ? Impossible à cause de l'alternance : comment retirer 3 tonnes de sable entre matinée et soirée ? "Sinon, on fait Phèdre  la plage" explique Niney à un Patrice Chéreau imaginaire. La réussite de ce récit passe aussi par les énormes qualités de mimes du jeune pensionnaire, emporté par le Mistral à Avignon ou balayant la scène à la demande d'Ariane Mnouchkine.


Pourquoi ne pas s'être arrêté là ? D'autant que la réplique finale de Pierre Niney est pleine de panache ! Christophe Barbier s'est pourtant lancé dans la science-fiction avec un Vingt-et-unième siècle incarné par Elliot Jénicot. Je découvre pour la première fois le comédien sur scène. Fort potentiel comique, visage en caoutchouc. Un peu trop clownesque à mon goût cependant. Côté texte, quelques idées qui font sourire : des implants mémoriels raccordés à la Pléiade et à l'Ina, des  coupures pub au milieu des pièces, des représentations en 3D ... Oui mais voilà, cinq minutes de Phèdre en martien c'est beaucoup, beaucoup trop long et l'on s'en agace. Dommage de conclure ainsi un si enthousiasmant spectacle !
 
Une histoire de la Comédie-Française, textes de Christophe Barbier, mise en scène Muriel Mayette. Avec Bruno Raffaelli, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Pierre Niney et Elliot Jenicot. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, jusqu'au 25 juin 2012. Réservations : 0825101680

21 mai 2012

"Le Dindon" de Feydeau au Théâtre Edouard VII : du sur-mesure pour la télé

"Mon Dieu, monsieur le Major,
c'est que je vais vous dire,
si c'est par curiosité, ça va bien ..."

le didon,feydeau,théâtre edouard vii,france 2,françois berléand,florence pernelle,françois vincentelli,lorànt deutschLa distribution est prestigieuse et les comédiens tous connus du grand public. En découvrant ce spectacle au Théâtre Edouard VII samedi soir, on comprend vite que tout a été conçu en vue d'une retransmission télévisuelle.

Six représentations seulement avant le grand soir du direct mais aussi - outre la distribution - une mise en scène et des costumes aux couleurs vives   parfaitement adaptés au petit écran.. On sent même que les apartés ont été soigneusement travaillés - regard vers la caméra - et l'on devine à quel moment sont prévus les gros plans.

Au delà de cet aspect que dire de la pièce ? On avait déjà trouvé un peu classique, voire trop conventionnelle, la mise en scène de Bernard Murat pour Quadrille, dans ce même Théâtre Edouard VII. On pourrait faire la même critique pour cette version du Dindon. Idem pour les décors, tout autant empesés (encore des dorures !).

Un peu déçue donc par cette soirée ... d'autant qu'il y a quelques mois je fus éblouie par un autre Dindon : celui proposé par Philippe Adrien au Théâtre de la Tempête. Plus rythmé, plus enlevé, plus créatif ... Des comédiens, certes, moins "bankable" mais quel brio dans l'interprétation !

Il y a quelques bonnes surprises tout de même dans la pièce que les téléspectateurs de France 2 pourront découvrir demain, mardi 22 mai. Alex Lutz, notamment, dans le (petit) rôle du garçon d'étage nous livre un numéro comique fabuleux. Et puis il y a Lorànt Deutsch, toujours génial sur scène, campant ici un Rédillon au brushing démentiel.

La soirée proposée par France 2 vaudra tout de même le coup d'oeil à mon avis. Du théâtre à la télé c'est toujours louable et financièrement très abordable pour le spectateur. Et pour la chaîne aussi ! Au fil d'un article, j'ai découvert qu'une telle opération, malgré les comédiens retenus, revient beaucoup moins cher que la production d'un téléfilm. Reste à savoir si l'audience sera au rendez-vous.

Le Dindon de Feydeau, mise en scène de Bernard Murat, réalisation d'Emmanuel Murat. Avec François Berléand, Valérie Benguigui, Philippe Brigaud, Urbain Candelier, Fabienne Chaudat, Audrey Dana, Lorànt Deutsch, Constance Dollé, Julie Farenc, Laurent Gamelon, Alex Lutz, Florence Pernel, Michaël Rozen, Laurent Spielvogel et François Vincentelli. Au Théâtre Edouard VII (jusqu'au 22 mai 2012) et sur France 2, le 22 mai 2012 à 21h.
La pièce pourrait être reprise pour une centaine de représentation la saison prochaine.

17 mai 2012

Une BD pour découvrir la vie d'Olympe de Gouges, révolutionnaire mais aussi dramaturge

olympes de gouges, catel, bocquet, casterman, bande dessinéeD'Olympe de Gouges nous connaissons pour la plupart le destin révolutionnaire. Féministe de la première heure, elle rédigea notamment la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Mais saviez-vous vous que cette femme de lettres - à qui l'ont doit de nombreux essais et pamphlet - fut aussi une dramaturge ?

L'ouvrage que lui consacrent Catel Muller et José-Louis Bocquet - a qui l'on doit aussi celui consacré à Kiki de Montparnasse - fait la part belle à cet aspect de sa vie.

Une bande dessinée où l'on suit notamment Olympe dans son combat pour faire jouer ses pièces à la Comédie-Française, de déjeuners au Procope en compagnie de Talma, alors jeune sociétaire, à la première de Zamore et Mirza, pièce très critique à l'égard de l'esclavage.

Bien sûr, au coeur des événements révolutionnaires, le parcours théâtral d'Olympe de Gouges n'occupe qu'une partie du récit mais nous permet de découvrir avec précision ce milieu impitoyable où l'entregent est nécessaire pour imposer ses oeuvres. Passionnant !

Olympe de Gouges de Catel et Bocquet, Casterman écritures, 400 pages, 24 euros.