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29 avril 2016

Le Vide - Essai de cirque / Monfort Théâtre (reprise)

"C'est quelqu'un qui ne fait que monter et descendre."

Spectacle fascinant vu au Monfort Théâtre en octobre 2014, Le Vide - essai de cirque y est repris en ce mois de mai 2016. Voici la critique écrite lors de sa création. 

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Photo : Perrine Cado

Prenez huit cordes, suspendez- les au plafond. Cela ne fait pas un spectacle ? Si, si vous faites appel à Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke. Le trio présente Le Vide, essai de cirque, un spectacle fascinant, à découvrir au Monfort.

Fragan Gehlker est cordeliste. Entendez par là qu'il monte à la corde et en redescend de mille et une façon qui vous font froid dans le dos et vous soulèvent l'estomac de peur. La prouesse technique est au rendez-vous mais la réussite de ce spectacle va bien au delà.

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Photo : Perrine Cado

La dramaturgie, signée Maroussia Diaz Verbèke (co-fondatrice du collectif Ivan Mosjoukine, déjà admiré au Monfort), fait largement référence au mythe de Sisyphe. Alors Fragan reprend son ascension, inlassablement, faisant face à des événements inattendus (mais chut ! Trop en dire serait vous gâcher le plaisir ...) avec fatalité mais sans jamais baisser les bras. A ses côtés, Alexis Auffray joue du violon et manipule des radio-cassettes délivrant des maximes qui font mouche.

On est fascinés par cette maîtrise du vide et les risques pris, séduits par l'humour de la situation. Au milieu du Monfort transformé en piste aux étoiles, on s'amuse aussi des bouches grandes ouvertes des spectateurs en face (mais on fait probablement la même tête). 50 minutes intenses dont on ressort totalement charmés.

Le Vide, essai de cirque, un spectacle écrit par Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbèke. Avec Fragan Gehlker et Alexis Auffray. Au Monfort, du 2 au 21 mai 2016. Réservation au 01 56 08 33 88. Durée : 50 mn

01 mars 2016

Valises d'enfance : les dates de la tournée

C'est un des plus beaux spectacles pour enfants qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années. Valises d'enfance nous parle à mots sensibles et pudiques de la Shoah et de ce qu'il advint des enfants restés orphelins. Le spectacle est actuellement en tournée à travers la France. Vous trouverez ci-dessous le billet publié lors des représentations au Lucernaire ainsi que les dates de cette tournée.

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Photo  © Lionel Pages

Comment parler de la Shoah aux enfants ? Sans tomber dans la peur, l'angoisse, sans faire pleurer, juste informer pour que ce pan de l'histoire ne tombe pas dans l'oubli ? C'est à cette question que tente de répondre la Compagnie Pipa Sol avec son spectacle Valises d'enfance.

Point de départ de cette création : le lieu dans lequel la troupe s'installe en 2009, le manoir de Denouval à Andresy dans les Yvelines. Après guerre, la bâtisse fut une "maison d'enfants", structure accueillant les enfants juifs orphelins. Un passé enfoui et oublié que la compagnie fait renaître par ce spectacle de marionnettes, inspiré des témoignages des anciens pensionnaires des lieux.

Il y a d'abord ces valises en lévitation. Symboles de la fuite, bien sûr, mais aussi du passé que nous trainons tous. Celui d'André est un peu plus lourd que d'autres. Son enfance, il n'en a jamais parlé. Questionné par sa petit-fille, il va se replonger dans cette période douloureuse de sa vie et nous raconter son quotidien d'enfant juif pendant l'occupation et après. Des parents aimants qui disparaissent brutalement puis un exil à la campagne chez des fermiers. Après guerre, André est accueilli dans une maison d'enfants. Un lieu de joie et de partage, certes, mais un maigre réconfort face à l'absence de ses parents.

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Photo  © Lionel Pages

Décrit ainsi, le propos peut paraître difficile pour les plus jeunes. Il n'en est rien. Tout est dit avec pudeur et délicatesse, les passages les plus difficiles sont seulement suggérés. Ainsi, l'arrestation des parents et la menace qui pèse plus tard sur André sont symbolisées par une main géante. Pas d'uniformes, pas de soldats ou de miliciens ... la guerre et les nazis n'apparaissent que très stylisés sur un mur d'images, réduits à des infographies. Et les poupées de chiffons aux yeux en boutons qui incarnent André et ses proches créent une mise à distance salvatrice.

Valises d'enfance parvient ainsi à rendre accessible aux enfants l'intolérable, à mettre des mots sur l'horreur. Un magnifique spectacle à découvrir en famille.

Valises d'enfance, mise en scène et scénographie Christine Delattre. Marionnettistes : Agnès Gaulin Hardy, Didier Welle, Christine Delattre. Tout public à partir de 8 ans.   Durée : 1h

En tournée : 
Lens (62) - Festival de la marionnette - Théâtre le Colisée : Mercredi 2 mars 2016 à 10h30 et 16h30
Monistrol-sur-Loire (43) - Espace culturel du Monteil : Dimanche 6 mars 2016 à 16h et Lundi 7 mars 2016 à 9h30
Saint Priez en Jarez (42) - La NEC : Mardi 8 mars 2016 à 10h et 14h30
La Ciotat (13) - Théâtre du Golfe : Vendredi 11 mars 2016 à 9h30 et 19h
Béziers (34) - Théâtre sortie Ouest : Lundi 21 mars 2016 à 10h et 14h et Mardi 22 mars 2016 à 10h et 19h

29 février 2016

[REPRISE] : "Ancien Malade des Hôpitaux de Paris" de Daniel Pennac / Théâtre de l'Atelier

"Il se peut que j'exagère"

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Au Théâtre de l'Atelier, Olivier Saladin, seul en scène, interprète la nouvelle de Daniel Pennac Ancien malade des Hôpitaux de Paris. Un long monologue plein de drôlerie mis en scène par Benjamin Guillard.La pièce, jouée au printemps 2015, est reprise jusqu'au 20 mars 2016. Voici la critique écrite l'année dernière :
 

Gérard Galvan, jeune interne ambitieux, est de garde pour le week-end. Venant à bout d'une journée éprouvante car surchargée en patients, il s'apprête à soigner le cas en apparence le plus bénin de cette journée : un monsieur discret qui "ne se sent pas très bien". Indication assez flou du mal qui ronge ce patient dont l'état va bizarrement se détériorer. Tout au long de la nuit, de nouveaux symptômes apparaissent, convoquant au chevet du patient tous les spécialistes de l'hôpital. Tous restent sans voix devant cette maladie mystérieuse.

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Vu comme cela, ça pourrait paraître sinistre. Bien au contraire ! Qui a lu la prose de Pennac connaît sa truculence, ici à son apogée. Il y a quelque chose de gargantuesque dans ce texte. Tout y est démesuré. Le plus trivial est raconté par le menu détail, dans un élan épique et poétique.

Mais si l'on rit autant c'est aussi grâce à l'interprétation d'Olivier Saladin, ancien Deschiens que l'on avait récemment découvert en critique de cinéma. De la cardiologue à la voix sensuelle au médecin à l'accent belge en passant par le responsable du scanner qui marmonne au téléphone, il campe avec dérision une multitude de personnages. La pièce est un vrai régal jusqu'au rebondissement final (ou plutôt aux rebondissements finaux) qui remettent en cause la vocation du jeune interne ambitieux. Mais au fait de quoi souffrait exactement ce malade ?
 
Ancien malade des Hôpitaux de Paris de Daniel Pennac, mise en scène Benjamin Guillard. Avec Olivier Saladin. Au Théâtre de l'Atelier, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h,  Reprise jusqu'au 20 mars 2016. Réservations au 01 46 06 49 24. Durée : 1h15.