22 septembre 2014

Tartuffe de Molière / Galin Stoev / Comédie-Française

 "Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange;
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange "

Sans titre.jpgC'est la pièce "la plus représentée au répertoire de la Comédie-Française" - plus de 3100 fois - et pourtant, c'est la première fois qu'un metteur en scène totalement étranger à la troupe se voit confier le soin de la monter : Galin Stoev s'attaque à Tartuffe pour ouvrir la saison 2014-2015 salle Richelieu.

Particulièrement fan du travail de ce metteur en scène d'origine bulgare - maintes fois cité ici - j'étais impatiente de découvrir sa version de l'œuvre. Au final, cela reste malheureusement assez conventionnel, loin de la fantaisie à laquelle Stoev nous avait habitué, que ce soit dans Le Jeu de l'amour et du hasard (à la Comédie-Française déjà) ou dans ce fabuleux Triomphe de l'amour avec Nicolas Maury au TGP à Saint-Denis. Petite déception donc mais entendons nous bien : le résultat reste plus que correct. Manquent seulement les quelques grains de folie que l'on pensait être la marque de fabrique de ce metteur en scène...

La distribution est impeccable, composée de piliers la troupe : Michel Vuillermoz (Tartuffe), Elsa Lepoivre (Elmire), Claude Mathieu (Madame Pernelle) et Serge Bagdassarian (Cleante) sans oublier Didier Sandre (Orgon) et Nâzim Boudjenah. Point d'orgue de ce casting : Cécile Brune. La sociétaire incarne Dorine, la domestique pleine de bon sens qui tente de sauver cette famille à la dérive. Les trois scènes où il est question du mariage à venir entre Marianne et Tartuffe occupent une place centrale où la comédienne met en valeur tout son talent comique.  À ses côtés, deux petits nouveaux : Anna Cervinka et Christophe Montenez, arrivés dans les bagages de Galin Stoev (tous deux jouaient dans son Liliom créé la saison dernière au Théâtre de la Colline) et nommés pensionnaires. Ils sont Marianne et Damis, les enfants sacrifiés au profit de Tartuffe. Et pour une première salle Richelieu, ils s'en sortent très, très bien !

La scénographie seule apporte un peu d'originalité et d'angoisse avec ses miroirs sans teints et les laquais qui, à chaque changement d'acte,  agissent tels des espions (à la solde de qui ?). Tartuffe est au final assez peu présent, loin du sinistre spectre qu'en faisait Micha Lescot dans la version de Luc Bondy à l'Odéon. On se dit ici qu'il n'est en fait qu'un des multiples éléments de ce chaos plutôt que l'artisan principal de la destruction de cette famille.

Une belle façon donc de découvrir ce grand classique du théâtre français, donc, mais pas un souvenir théâtral impérissable...

Tartuffe de Molière, mise en scène de Galin Stoev. Avec Claude Mathieu, Cécile Brune, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Nâzim Boudjenah, Didier Sandre, Anna Cervinka, Christophe Montenez et les élèves-comédiens : Claire Boust, Ewen Crovella, Thomas Guené, Valentin Rolland. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 17 février 2015 (en alternance). Réservation au 0 825 10 1680.
Durée :  2h15 sans entracte
   

18 septembre 2014

La Grande Nouvelle / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"C'est tout le système qui s'écroule"

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Photo : Antonia Bozzi

A tout seigneur tout honneur : au Théâtre de la Tempête, Philippe Adrien, directeur des lieux, ouvre la saison 2014-2015 avec La Grande Nouvelle, une pièce qu'il met en scène et qu'il a également co-écrite.

Point de départ de cette œuvre : Le Malade imaginaire. Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer ont imaginé une version contemporaine de la pièce de Molière. Que serait Argan aujourd'hui ? Plus qu'un hypocondriaque, un vieillard en lutte contre la décrépitude de son corps, à la recherche d'une jeunesse éternelle à grand renfort de pilules magiques. Au beau milieu d'une maison où la domotique a pris le dessus, il dilapide la fortune de sa fille pour financer la recherche en NBIC (comprenez "nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives) visant à faire vivre l'homme "mille ans". Les charlatans sont devenus financiers mais Argan (Patrick Paroux) est toujours le dindon de la farce ... Ajoutons à cela une épouse transsexuelle multipliant les opérations (Nathalie Mann) et une fille (Lison Pennec) fascinée par un cinéaste aux tendances sado-maso (Arno Chevrier).

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Photo : Antonia Bozzi  

Disons le ouvertement : de l'œuvre originale ne subsiste qu'un cadre, support de la toile tissée par Adrien et Bauer. Et en matière de tissage, il en est de plus ou moins fin ... On est au final déçus part ce texte qui parvient difficilement à nous arracher quelques sourires. La farce flirte parfois avec la pochade, à notre plus grand regret.

La mise en scène et l'interprétation sauvent un peu la mise. Il faut souligner notamment l'excellente interprétation de Pierre Lefebvre dans le rôle d'Antoine (double masculin de la Toinette originelle). Le jeune comédien, déjà remarqué dans L'Ecole des femmes au même endroit, campe un touche-à-tout facétieux qui prend les commandes de la maison pour mieux mystifier Argan et, au final, lui ouvrir les yeux. La scène d'exorcisme vaudou, petite pépite, lui permet d'exprimer tout son talent comique.

Au final, ces deux heures semblent bien longues, une fois n'est pas coutume à La Tempête, théâtre où nous sommes habituellement rarement déçus ... Dommage !

La Grande Nouvelle d'après Le Malade imaginaire de Molière, de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien, mise en scène Philippe Adrien. Avec Patrick Paroux, Lison Pennec, Nathalie Mann, Jean Charles Delaume, Jean-Marie Galey, Arno Chevrier, Pierre Lefebvre. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), jusqu'au 12 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36.
Durée : 2h.

 

15 septembre 2014

Cet Enfant / Joël Pommerat / Théâtre des Bouffes du Nord

"Ne me fais pas dire ce que j'ai sur le cœur,
s'il te plait !"

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Photo : Fredkhin

«Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon» expliquait Tolstoï en prélude à Anna Karenine ... Une maxime qui convient aussi à Cet enfant de Joël Pommerat actuellement présentée aux Bouffes du Nord.

La pièce est le produit d'une demande de la CAF du Calvados faite au dramaturge et metteur en scène : recueillir la parole de parents et présenter le fruit de cette collecte dans des centres sociaux. Mais Pommerat est allé au delà de ce simple travail pour créer, en 2006, une œuvre bouleversante sur la famille, la parentalité.

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Photo : RS

Dix courtes scènes, totalement indépendantes, se succèdent. Les personnages n'ont souvent pas de noms, aucune autre identité que leur filiation. Filiation difficile et conflictuelle la plupart du temps. Les mots sont violents, crachés sur le plateau. Profession de foi d'une femme enceinte, mal-aimée dans son enfance, qui tient dans ce nouveau rôle sa revanche sur la vie ; dialogue entre un père usé par le travail, la maladie et son fils, adolescent pré-délinquant ; angoisse d'un enfant face à une mère dépressive ... Autant de situations oppressantes que Pommerat et ses comédiens parviennent à sublimer.

Sur scène, tout se joue en clair obscur. Pas de décor, seuls les mots, les postures comptent. En arrière plan, comme une ombre derrière un drap, un orchestre rock ponctue les changement de scène. Dépouillement à son maximum pour saisir encore plus le spectateur. On est à bout de souffle, presque en souffrance, devant tant de malheur ...

Cet enfant de Joël Pommerat. Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Jean-Claude Perrin et Marie Piemontese. Au Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu'au 27 septembre 2014, du mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 16h.
Durée : 1h10. Réservations au 01 46 07 34 50